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Vendredi dernier, dans l’amphithéatre flambant neuf du vaisseau Station F, nous avons assisté à la présentation d’une étude [.pdf] réalisée par la filiale états-unienne de l’Atelier BNP Paribas : “la civic tech peut-elle sauver la démocratie ?

Pour une raison que l’auditoire (assez clairsemé malgré l’affiche, alléchante) n’a pas réussi à entendre, la présentation a finalement choisi de s’intituler “la civic tech peut-elle changer la démocratie ?”. Au-delà du chipotage sémantique — qui laisse toutefois à penser que la démocratie ne souffre pas du même mal aux Etats-Unis, où on voudrait la sauver, et en France, où on préfèrerait la changer — le sujet a été maîtrisé de bout en bout. Le discours était limpide, la méthodologie employée pour récolter les informations plutôt claire : la “keynote” de Ramy Ghorayeb était parfaite.

Ou plutôt : quasi parfaite, car une question est restée suspendue à la communication autour du lancement de cette étude :

Poudre de perlimpinpin

Nous passons rapidement sur l’association rapide « civic tech » = « ces technologies », car nous avons déjà eu l’occasion de dire le danger réel consistant à réduire la civic tech à un ustensile politique au service d’un hypothétique mouvement citoyen.

Mais quand même : « Comment ces technologies redonnent-elles le pouvoir au citoyen ? ». Il y a là un postulat discret qui pose implicitement un vrai débat de fond. D’un côté nous avons une étude qui tente de répondre à une problématique : il faut sauver la démocratie. De l’autre côté nous avons une communication qui questionne de façon rhétorique une solution : il suffit de redonner le pouvoir aux citoyens.

On a donc décidé par syllogisme d’insinuer une vision : le problème de la démocratie, c’est juste un problème de citoyens qui auraient perdu le pouvoir et à qui il suffirait de « redonner » ce pouvoir. Par ruissellement, ce fameux empowerment qui fait rêver la ménagère serait donc LA solution à la crise de confiance qui plombe gentiment nos institutions. Une autre manière de dédouaner ces dernières en faisant miroiter un nouvel âge au peuple.

En bref, une vision hyper « bottom-up » qui participe au fantasme de l’outil miracle (comme contestation de l’ordre gestionnaire, dirait Michael Vicente), de la combinaison spatiale qu’il nous suffirait d’enfiler pour vaincre la méchante crise de la démocratie.

Outiller les innovateurs démocratiques

Ce que nous proposons repose sur l’observation d’une réalité beaucoup plus concrète à nos yeux : il n’existe pas d’outil qui puisse délivrer le moindre résultat sans une implication forte du politique dans sa mise en oeuvre. Plutôt que de draguer le citoyen en lui promettant le pouvoir à partir d’un outil, nous préférons identifier les décideurs qui partagent la vision d’une société basée sur la collaboration des individus qui la composent, et nous attacher à les outiller pour qu’ils appliquent concrètement cette vision.

La question n’est donc pas de « redonner le pouvoir au citoyen » à travers la technologie. Mais plutôt de mettre à niveau la société pour qu’elle passe à l’échelle et rentre pleinement dans une époque où les attentes des citoyens en matière de volonté de participer à la décision — par l’augmentation sensible des moyens (techniques, culturels, intellectuels) — sont démontrées par les enquêtes et par l’expérimentation.

Ce n’est pas la civic tech qui sauvera la démocratie : c’est la démocratie qui se sauvera elle-même. Notre travail est de la poursuivre, de la convaincre et de la former à se transformer.

 

Thibaut Dernoncourt, directeur conseil chez Cap Collectif, a eu le plaisir de répondre à l’invitation de l’Assemblée nationale pour participer à la table ronde sur le thème Évaluation des politiques publiques et innovations démocratiques, organisée par la Mission d’évaluation des dispositifs d’évaluation des politiques publiques et ouverte à la presse. Les autres participants à cette table ronde étaient Ilaria Casillo, vice-présidente de la Commission nationale du débat public, Béatrice Plottu, directrice de recherche à la Faculté de droit, d’économie et de gestion de l’université d’Angers, Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, Henri Jacot, membre de la Société française d’évaluation et Valentin Chaput, gérant de l’entreprise Open Source Politics.

 

 

En résumé

Saucisson — J’ai du mal à adhérer à la vision du citoyen qu’on arriverait à saucissonner en tranches — qui serait parfois « pur citoyen », le lendemain usager, un autre jour dans une association, dans une entreprise, ou simple contribuable. Cela me paraît assez contestable.

Dr Michu — « Madame Michu » ou le « Citoyen Lambda » ce sont toutes ces personnes dont on rêverait qu’elles arrivent sur les dispositifs de participation, mais d’une part on sait qu’ils sont très durs à atteindre et d’autre part on va finir par avoir des gens qui seront des professionnels de Madame Michu et dont l’activité principale sera de répondre aux consultations qu’on aurait organisées pour eux.

Casser les briques — Ce saucissonnage aboutit à créer des dispositifs parallèles. On va avoir des briques pour les experts, une brique pour les parlementaires, une brique pour la société civile, une brique pour les syndicats… C’est l’inverse de ce que nous [Cap Collectif] essayons de faire : nous n’essayons pas de créer un dispositif dédié auprès des citoyens qui seraient les exclus d’un autre dispositif — nous essayons d’ouvrir un dispositif existant.

Rigueur et droit — Un élément qu’il paraît important de rappeler, notamment à l’Assemblée nationale, c’est que la participation est un droit. Ce n’est pas parce que c’est compliqué qu’on ne peut pas le faire. Que ce soit compliqué n’est pas un problème, notamment si l’on souhaite que l’évaluation présente une certaine rigueur méthodologique.

Regard critique — Si on considère que l’évaluation c’est tout regard critique sur une politique publique, alors nous [Cap Collectif] en faisons puisque nous invitons les citoyens à critiquer des politiques publiques, actuelles et passées.

Objectif — Là où ça bloque, ce n’est pas forcément sur l’évaluation en soi, mais c’est souvent pour se rappeler de ce qu’était l’objectif initial. Il existe un risque d’évaluer un dispositif dont on est tenté de réécrire l’objectif a posteriori.

Volume — Il existe déjà des choses permettant d’associer les citoyens dans l’évaluation, comme les jurys ou les panels. Ces dispositifs ont l’avantage de permettre de travailler en profondeur et en qualité avec les citoyens. Notre parti-pris, à l’inverse, c’est la question du volume, car l’inconvénient des dispositifs de panels et de jurys c’est qu’ils n’ont d’impact qu’auprès de ceux qui participent.

Impact et numérique — Pour nous [Cap Collectif], la question de l’impact passe nécessaire par la question du volume. Une évaluation qu’on expérimente aujourd’hui à 20 personnes, est-ce qu’on est capables de le faire à 20 000 ? Ce n’est pas un chiffre délirant au regard des moyens de communication et des outils numériques dont nous disposons.

Dans le cadre de son programme hebdomadaire Soft Power, Frédéric Martel recevait ce dimanche 3 décembre Henri Verdier, directeur interministériel du numérique de l’Etat français, pour une émission sur « le numérique de l’Etat ». Ils ont été rejoints en seconde partie par Paula Forteza, députée La République en Marche, et Nicolas Princen, ancien conseiller au numérique de Nicolas Sarkozy, pour un débat : « Où en sont les civic techs en France ? ». Nous avons relevé et annoté quelques passages.

La révolution numérique

Ces révolutions-là, qui sont des révolutions industrielles totales, ne réussissent jamais si on n’a pas les institutions adaptées. — Henri Verdier

Nous rejoignons complètement Henri Verdier. C’est le sens de la mission première de Parlement & Citoyens (le projet fondateur de Capco) que d’outiller le Parlement français pour lui permettre de s’adapter aux besoins et aux moyens de l’époque. Nous ne nous sommes jamais posés en contradicteur du système mais en accompagnateur de sa transformation, en travaillant de l’intérieur avec celles et ceux — quelle que soit leur sensibilité politique — qui veulent et peuvent le changer, et tendre vers davantage de transparence et de participation.

J’espère que l’Etat redeviendra ce coeur d’intelligence collective qui permettra à la société française toute entière de réussir sa révolution numérique. — Henri Verdier

Nous espérons que cette réussite passera effectivement par un énorme élan d’intelligence collective. Reste une condition : que la révolution numérique ne soit pas une fin en soi, mais un formidable moyen pour un Etat-plateforme de transformer les institutions pour les rendre plus efficaces, plus ouvertes à la participation des citoyens à la co-construction des décisions qui les concernent.

La « civic tech »

On décrit sous civic tech un certain nombre d’entreprises enthousiasmantes menées par des gens qui veulent changer le monde et qui utilisent pour cela les données ou les missions de l’Etat, des missions d’intérêt général. […] Cela recouvre des univers extraordinairement divers. — Nicolas Princen

C’est un monde très hétérogène. Il existe deux grandes familles de civic tech : d’abord, plutôt celle des start-ups, des entreprises, qui cherchent à développer un business model autour, par exemple, de la vente de logiciels, de services, ou de l’exploitation de données personnelles, et qui cherchent à nouer des contrats avec le secteur privé ou le secteur public. D’un autre côté, les acteurs qui proviennent plutôt des associations, des mouvements sociaux, et qui travaillent plutôt sur des briques de logiciels libres, qui contribuent de façon un peu plus bénévole à ce qu’ils appellent des « communs numériques », des outils qui peuvent être partagés, réutilisés par tout le monde, auquel tout le monde peut contribuer. — Paula Forteza

Si ces deux spécialistes du numérique sont d’accord sur l’hétérogénéité des propositions faites par la civic tech aujourd’hui, la description des « entreprises enthousiasmantes », « qui veulent changer le monde », nous convient mieux que la classification un poil manichéenne suggérée par la députée en marche. Cette représentation d’une réalité ressentie et son vocabulaire très étudié  — d’un côté les « start-ups », « entreprises », « business model », « vente », « contrats » et d’un autre côté les « associations », « mouvements sociaux » (sic), « logiciels libres », « bénévole », « communs », « partagés » — est relativement surprenante venant d’une députée issue d’un mouvement politique qui veut dépasser le clivage gauche-droite, ici maladroitement reconstitué à travers le prisme de la technologie.

On passera aussi sur la naïveté de l’expression « un peu plus bénévole » : aujourd’hui, le marché de la civic tech, que nous connaissons bien car Cap Collectif en fait partie, est partagé par deux ou trois dizaines d’acteurs, dont certains font effectivement la promotion de logiciels open source. Or, à notre connaissance, ces acteurs ne travaillent ni de manière « bénévole », ni « un peu plus bénévole » : ils ont eux aussi à vivre de leur activité, qui passe souvent par des prestations de services autour du logiciel qu’ils promeuvent, comme le développement de fonctionnalités spécifiques ou l’accompagnement intellectuel de la démarche. Récemment, la SARL Open Source Politics a ainsi été choisie par l’Assemblée nationale pour mener une consultation numérique sur la réforme de l’institution, au terme d’un appel d’offres commercial mené à la régulière.

La grande problématique étant : est-ce qu’elles [les civic techs] développent un savoir-faire, une technologie ou un angle suffisant pour pouvoir durer et accompagner le débat démocratique qu’elles souhaitent contribuer à structurer, après une élection ? C’est ce qui reste à vérifier. — Nicolas Princen

Cet excellent point permet de rebondir sur une question plus large, débroussaillée par Henri Verdier dans son propos introductif. Que voulons-nous faire avec la civic tech ? Créer, dans le meilleur des cas, une force de proposition ou un contre-poids citoyen, voire un contre-pouvoir ? Nous parions sur une troisième voie que n’aborde même pas l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy : celle qui considère la civic tech comme un accompagnateur de la transformation politique, et non la matérialisation d’un courant citoyen qui aurait pour mission de « faire (bonne ou mauvaise) pression » sur le politique pour parvenir à ses fins.

Réduire la civic tech à un mouvement citoyen (civic) est le piège dans lequel de nombreux observateurs sont tombés par ignorance, naïveté ou calcul. Car il réduit la technologie (tech) à un ustensile politique qu’il conviendrait de sortir lorsque l’actualité et/ou l’agenda du pouvoir décideraient qu’il est temps de « mettre les citoyens » en avant — notamment au moment des élections, où il est de bon ton (électoraliste) de glorifier la citoyenneté qui sommeille en nous.

Chez Capco nous pensons (comme l’excellent programme Datagueule) que la démocratie n’est pas un rendez-vous. Et la civic tech n’est pas une finalité citoyenne qu’il suffit d’agiter au bon moment pour obtenir des résultats, simplement parce que, comme insistera Verdier en conclusion, « le simple fait de venir de la société civile vous rend[r]ait compétent ». Intégrer la machine grâce à une connaissance pointue de ses rouages, dénicher les innovateurs, les outiller et les accompagner dans la transformation : c’est le parti-pris que nous avons adopté dès 2013 avec Parlement & Citoyens puis à partir de 2014 avec Cap Collectif. Il s’agit d’un travail de chaque jour, éprouvant mais gratifiant, qui répond à une vision — celle d’une société fondée sur la collaboration des individus qui la composent — et non à une dérisoire logique d’agenda.

L’impact

Les civic techs sont rentrées dans une espèce d’impasse par rapport à la promesse initiale : il y a un manque d’impact politique, un manque d’impact social, d’impact économique. En termes politiques les citoyens sont de plus en plus exigeants donc ils ne vont plus participer à des initiatives sans être certains que leurs contributions va avoir un impact dans la décision politique. Donc il faut coordonner de façon plus proche avec les acteurs politiques. Du point de vue économique on se disait que tous les VC (capitaux-risqueurs – NDLR) de la Silicon Valley recherchaient des investissements et que les civic techs étaient le pari d’avenir. Là maintenant elles sont toutes en train de devenir des fondations plutôt que des entreprises. Et pour l’impact social, il y a une espèce d’élite numérique qui est en train de monter, qui arrive à avoir un impact majeur dans ses consultations et à pouvoir faire ressortir leurs contributions. — Paula Forteza

Nous saluons ici la grande clairvoyance de la députée, malgré notre scepticisme concernant « la promesse initiale » dont nous n’avons pas réussi à retrouver la trace.

Nous partageons évidemment le constat qu’il existe un risque important de fracture d’usage des plateformes participatives, concrétisé par « une espèce d’élite » doublement acculturée au numérique et à la politique. Mais s’il est difficile aujourd’hui de percevoir cette population déconnectée (que cette fracture numérique et/ou de la chose publique soit volontaire ou pas), nous notons que cette difficulté à générer de la représentativité n’est pas propre à la civic tech : il suffit de comparer le nombre d’ouvriers et d’employés à l’Assemblée nationale (3% des 577 élu.e.s) avec leur nombre effectif dans la population (grosso modo 50%).

Sur le regret exprimé par la députée que la civic tech n’ait pas été largement investie par les capitaux, nous sommes plus perplexes : en effet, plusieurs entreprises actives du secteur, comme Make.org, bluenove, Fluicity ou encore Cap Collectif, ont eu recours depuis 2014 à des levées de fonds leur permettant de prolonger leur développement et de poursuivre leur mission d’essaimage de cette culture de la participation. Mais la règle de ces apports capitalistiques est relativement simple : on ne prête qu’à ceux dont le modèle est viable, documenté et compréhensible. C’est apparemment le cas pour ceux cités plus haut, qui rassemblent à eux quatre un très grand nombre de projets participatifs, dont certains d’envergure, ayant permis à plusieurs centaines de milliers de citoyens (pas forcément des espèces d’élites, d’ailleurs) de co-construire de la décision publique.

On en vient donc à la question de l’impact. Et si les entreprises qui proposent des solutions générant directement ou indirectement de l’impact avaient davantage de chance de réussir leur développement que celles qui théorisent sans pratiquer ou qui cherchent finalement à remplacer plutôt qu’à renforcer ? Paula Forteza a raison : les citoyens sont de plus en plus exigeants. C’est en partie le fruit de notre travail collectif. Et s’ils sont prêts à participer à la condition que cette participation aura un impact sur la décision publique, il s’agit bien de la responsabilité de celui ou celle qui est responsable de la décision publique. Tout l’enjeu repose donc sur l’investissement réel du politique, sur ses engagements et sur l’action concrète qu’il ou elle engage après la phase de participation citoyenne.

Ce qui implique de cesser de faire reposer le succès de la participation sur un outil ou sur un peuple et de se décharger sur eux lorsqu’une « impasse » surgit. L’outil et le peuple donneront le meilleur d’eux-mêmes si le décideur politique fait sa part 😉

D’ailleurs Paula Forteza reste lucide, et Nicolas Princen ne dit pas mieux  :

Il y a une grosse défiance vis-à-vis des responsables politiques, mais les civic techs peuvent aider à répondre à cette défiance. Mais ça va se faire uniquement si les civic techs travaillent main dans la main avec les responsables politiques, ce n’est que de cette façon qu’on aura un vrai impact. — Paula Forteza

L’impact, on le constate déjà : il vient des gens qui ne se disent pas nécessairement qu’il faut contester ce qui existe, qu’il faut une solution de remplacement, mais ceux qui créent de vrais outils qui ont de la valeur pour l’Etat, pour prolonger son effort. — Nicolas Princen

Demain

« Main dans la main », « prolonger l’effort ». La conclusion de l’émission est donnée à Henri Verdier, chargé de faire cohérence dans un système complexe et qui tente d’envoyer un peu de rêve à la multitude :

D’un côté il y a des gens qui font des outils, c’est formidable : il faut des budgets participatifs, des concertations ouvertes, transparentes, auditables et vérifiables, etc. Ensuite il y a des civic techs qui se posent en contre-pouvoir — mais dans ce cas-là qu’ils le fassent, qu’ils ne demandent pas à l’Etat de les aider à être des contre-pouvoirs. […] Et puis au milieu il y a cette zone : est-ce qu’on peut penser une action publique plus distribuée, mieux assise ? […] Il y a des zones de co-construction où, si l’Etat fait un bout de chemin et la société civile structurée et réfléchie fait un bout de chemin, on peut faire des choses magnifiques. — Henri Verdier

Faire des choses magnifiques : et si, au-delà des « business models », il restait à disséminer une simple et véritable vision du monde ?

 

Cyril a été invité par l’UGAP pour intervenir à Radio Village Innovation durant le Salon des Maires, sur la thématique : « la civic tech, l’innovation au bénéfice de la participation citoyenne ». Il a pu y échanger avec Amélie Banzet (Etalab), Anne-Gaël Chiche (ville de Nanterre) et Tatiana de Feraudy (Iddri).

Capco était présent au Salon des Maires 2017 sur le stand de la Caisse des Dépôts et a pu y expliquer son offre et sa méthode aux nombreuses collectivités présentes durant ces trois jours.

L’union des groupements d’achat public (UGAP) est la centrale d’achat publique française. Cap Collectif est désormais référencé dans son catalogue et permet ainsi de répondre simplement aux besoins de plateforme collaborative.

 

Dans le cadre de la Semaine de l’Innovation Publique, Cap Collectif a été invité à participer à une expérimentation originale : une mise en réseau rapide, « pour liaisons utiles », des acteurs de l’innovation politique. Une rencontre en mode « speed dating« , durant laquelle les députés rencontreront les organisations invitées, par créneaux de 5 minutes.

L’association Créa-france, l’agence de design des politiques publiques Vraiment Vraiment, et Stephen Boucher, auteur du « Petit manuel de créativité politique« , ont décidé de créer cet évènement pour apporter des références d’initiatives, d’acteurs, de savoir-faire et d’analyses susceptibles de nourrir d’une façon ou d’une autre l’approche et l’action des députés dans les prochaines années.

Un évènement « inédit et transpartisan » qui permettra à Cap Collectif de discuter avec les parlementaires à la recherche de nouvelles approches et de nouveaux outils « pour mieux répondre aux attentes des citoyens ».

Gageons que le format « speed » donnera de l’énergie positive à tout le monde 🙂

 

Quand : 21 novembre 2017 à 18h
: Assemblée Nationale (101 rue de l’université)

Capco a fait le voyage à Hazebrouck (Nord) jeudi dernier pour les deuxièmes Assises de la démocratie participative.

L’intérêt indéniable de ces Assises 2017 — après le succès de la première édition en 2015 — a été le parti-pris de créer une dynamique créative autour de la belle centaine de participants en leur proposant de contribuer à des ateliers de travail dénommés « ruches ». Chacune des 15 ruches a donné l’opportunité à la diversité des participants — techniciens et élus issus de collectivités de la région, habitants, étudiants,  public issu du tissu associatif ou d’entreprises — de s’exprimer et de participer à la création d’un nouvel « outil » qui permette aux citoyens de s’impliquer dans leur ville.

L’exercice d’intelligence collective a été mené avec rigueur et méthodologie et a offert une belle vision d’un projet participatif. Finalement, une douzaine « d’outils » démocratiques ont émergé, tels qu’une généralisation des chartes de participation, des élections sans candidat, un ambassadeur citoyen, une agora mobile… Personne n’est dupe : ce deuxième rendez-vous attendu en appellera un troisième à la condition sine qua non qu’une restitution concrète de ces échanges nourris et qu’une vision soient proposées à la communauté.

Aucun doute avec une équipe aussi motivée 🙂

 


Coline a la chance d’avoir été invitée à intervenir ce 24 octobre 2017 à Bratislava au Forum bilatéral « Ville intelligente, Inteligentné mesto » organisé par le ministère des Affaires européennes slovaque et l’ambassade de France en Slovaquie.

En tout, plus de 150 participants auront l’opportunité d’échanger sur les problématiques rencontrées en France et en Slovaquie et liées au développement de solutions intelligentes et innovantes au service des citoyens, ainsi que développement durable des territoires urbains. Et nous, le citoyen au centre de la smart city, on apprécie beaucoup.

Le maire d’Orléans, Olivier Carré, y tiendra pour sa part une conférence où il ne manquera sans doute pas de partager sa vision de la participation, notamment à travers le budget participatif d’Orléans qui se tient en ce moment même.

Le 11 octobre, nous étions présents à la conférence “Enjeux numériques et territoires” organisée par l’Ecole d’affaires publiques de Sciences po Paris, qui faisait témoigner quatre régions françaises sur les principaux défis numériques auxquels elles sont confrontées dans leur fonctionnement quotidien. Nous avons interrogé la directrice de l’Ecole, Sana de Courcelles, sur les problématiques soulevées par les intervenants lors de cette conférence et par les solutions qu’il est déjà possible d’entrevoir à travers ces échanges.

D’où vient cette idée de “conférence-défis” et quel est l’objectif d’un tel exercice pour l’Ecole d’affaires publiques ?

L’Ecole d’Affaires publiques existe dans sa version actuelle depuis septembre 2015. Ce nouvel élan est porté par deux axes principaux : 1° renforcer notre internationalisation avec l’Ecole européenne de référence en matière d’affaires publiques et 2° faire de notre Ecole le lieu de débat sur le Bien Commun, avec des étudiants qui vivent deux années de Master combinant savoirs fondamentaux et mise en action pour être confrontés aux grands enjeux contemporains et être en position de penser les solutions.

Sciences po a toujours accueilli des personnalités des affaires publiques issues du secteur public, privé ou associatif et des échelons local, national, européen et international ; cela ne nous suffisait pas ! Nous avons souhaité que ces personnalités viennent non seulement à la rencontre de nos étudiants, mais aussi qu’ils s’adressent à eux comme des vecteurs de transformation de notre société, et qu’ils viennent non pas seulement montrer tout ce qu’ils font de bien (c’est utile !), mais aussi partager concrètement leur « caillou dans la chaussure », et qu’ils lancent des défis à la future génération.

L’audace de cette initiative a payé avec une première rencontre sur la thématique « numérique et territoires » et une salle comble d’étudiants prêts à y répondre. Nos invités étaient également heureux du format, plus dynamique et constructif. L’étape suivante consistera en la proposition d’étudiants pour répondre à ses défis. Les modalités sont multiples : stage, apprentissage et même incubation via notre « incubateur des politiques publiques », qui permet à nos étudiants de remplacer leur stage obligatoire de fin d’études par une incubation de projet qui répond aux enjeux contemporains.

J’adorerais voir naître une plateforme ouverte à tous, où les acteurs locaux pourraient présenter « leurs pépites »

Quelles sont les premières mesures concrètes que les territoires pourraient mettre en oeuvre pour mieux prendre en compte la demande des citoyens à participer aux décisions publiques et pour mieux rendre compte de l’action publique locale ?

Elles sont multiples et elles existent déjà ! La multiplicité des actions et des acteurs engendre d’ailleurs une difficulté à les recenser toutes et à les analyser… finalement, la première mesure concrète que j’adorerais voir naître est une plateforme ouverte à tous, où les acteurs locaux pourraient présenter « leurs pépites », qui laisserait les citoyens de nous dire ce qui leur plait, s’il faut poursuivre et comment.

La question de la fracture de confiance avec une partie de la population, déconnectée du numérique et du politique en général, est souvent revenue sur le tapis durant la conférence. Quelles sont les solutions de Sciences po pour résoudre ce problème fondamental qui mine notre société ?

Nous n’avons pas de solution pré-établie, c’est toute la difficulté du sujet. Nous présidons depuis un an le Global Public Policy Network, qui réuni les plus grandes écoles d’affaires publiques mondiales. Nous parlons régulièrement de ce sujet avec nos collègues de Londres, Berlin, Singapour, Tokyo, Sao Paulo et New York… cette fracture est mondiale et nous avons constaté notre impuissance face à cela. Depuis un an, l’Ecole d’Affaires publiques de Sciences po a lancé dans le cadre de son laboratoire des politiques publiques (Policy Lab) un module d’innovation démocratique. Nos étudiants travaillent à l’établissement d’un dialogue renouvelé, y compris en sollicitant les nouveaux outils numériques, entre la société civile et le monde politique, mais aussi les pouvoirs économique et médiatique, sans oublier le monde académique. A chaque fois, il faut remettre l’ouvrage sur le métier, et avoir une attention particulière pour les populations les plus éloignées du débat, alors même qu’elles sont les premières concernées.

A ce stade, existe-t-il au sein de ce Policy Lab des pistes concrètes d’innovations démocratiques qui permettraient d’articuler le présentiel et le numérique pour une participation plus efficace de la population à la co-construction de la décision publique ?

Il y en a beaucoup ! Mais pour citer un exemple, nos étudiants ont travaillé sur le programme #Inventons2017 [.pdf], qui visait à formuler des propositions de réforme des moins de 30 ans aux candidats à l’élection présidentielle. Un groupe a travaillé sur la vie politique, et comptait faire des propositions sur le renouvellement de la vie démocratique… après trois mois de consultations d’experts et de citoyens, ils ont finalement proposé non pas une solution, mais une méthode : les assises citoyennes. Composées d’élus, d’experts et de citoyens tirés aux sorts, ces assises visaient à concevoir autrement les règles de la vie publique.

Se faire confiance les uns les autres

Quel est, finalement, notre plus grand défi collectif ?

Se faire confiance les uns les autres, pour oser se parler, se dire les choses et avancer ensemble. C’est ce que nous souhaitons initier avec nos conférences-défis ; lorsque les décideurs viennent soumettre leur défis à nos étudiants au cours de ces conférences, ils établissent une relation de confiance et offrent les conditions d’un engagement de nos étudiants à contribuer à la résolution de ces défis.

 

Des territoires et des défis :

  • Hauts-de-France : Comment développer la participation démocratique grâce aux outils numériques ?
  • Nouvelle Aquitaine : Comment mieux prendre en compte la demande des citoyens et rendre compte de l’action publique locale ?
  • Bourgogne-Franche-Comté : Comment réduire les inégalités d’accès aux services numériques ?
  • Auvergne-Rhône-Alpes : Comment favoriser le développement économique des territoires en renforçant l’accès, l’offre et la sensibilisation aux outils numériques ?

Dans le cadre des Rencontres des acteurs publics, organisées au Conseil d’État le 9 octobre, Cyril a été interviewé par Bastien Scordia, journaliste pour Acteurs Publics TV. Occasion d’aborder les questions de participation, d’Etat-plateforme et de politiques publiques.

Verbatim

Bastien Scordia — « Vous êtes le président de Cap Collectif et de Parlement & Citoyens. Ces deux structures ont pour ambition de contribuer à l’émergence d’une démocratie basée sur la transparence, la participation et la consultation : ces trois valeurs sont-elles les conditions préalables à la réussite du développement d’un Etat-plateforme ? »

Cyril Lage — « On le pense, mais avant nous c’est le président Obama qui a pensé cette vision de la démocratie puisque lors de son premier mandat, de son entrée à la Maison Blanche, il avait signé un memorendum pour la transparence et le gouvernement ouvert — l’open government pour les Anglo-saxons — qui vise à considérer qu’on doit effectivement transformer les modes de décision et de fonctionnement des démocraties représentatives en mettant au coeur de leur fonctionnement la transparence, la participation et la collaboration. Ce sont les trois piliers qui ont ensuite donné naissance à ce concept d’Etat-plateforme.

BS — « Comment la société civile peut contribuer au développement de cet Etat-plateforme ? »

CL — « Principalement par la place qui va lui être accordée par la puissance publique, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Soit — quand on parle de transparence on parle souvent d’open data — à travers la mise à disposition de ces données, c’est-à-dire la façon dont les citoyens peuvent s’en emparer pour mener des analyses voire des projets concrets, qui leur permettent d’avoir une compréhension du fonctionnement des institutions. Egalement à travers le levier de la participation, où on pourra, comme on l’a déjà fait pour de nombreux projets comme le projet de loi République Numérique, associer le citoyen à la fabrique de la loi. Il y a aussi la mécanique des budgets participatifs, où il ne s’agit pas de co-construire une décision mais de proposer des idées qui seront ensuite, par un système de sélection qui peut impliquer le citoyen, aboutir à la réalisation de projets financés par les collectivités locales. »

Les fonctionnaires et les agents ont une place essentielle

BS — « L’idée c’est de co-construire véritablement cet Etat-plateforme ? »

CL — « Oui absolument, et aussi de ne pas considérer que ce n’est qu’un jeu à deux, entre l’élu et les citoyens, puisque les fonctionnaires et les agents ont une place essentielle dans ce dispositif. La notion d’Etat-plateforme tend aussi à considérer qu’on doit casser les silos au sein des organisations et faire en sorte que l’information circule mieux au sein de l’organisation et qu’on développe les collaborations entre les différents services de l’Etat. C’est vraiment un troisième acteur à ne pas oublier. »

BS — « Un changement de paradigme qui est nécessaire sur cet Etat en silo que cite le Conseil d’Etat dans son rapport annuel. »

CL — « Absolument, c’est un changment de paradigme. C’est passer d’une logique dans laquelle l’Etat centralise des moyens pour servir les citoyens à une logique où il deviendrait le chef d’orchestre qui organise la transversalité et recherche à stimuler l’implication des citoyens et l’initiative des agents. »

BS — « L’Etat-plateforme peut-il être une composante essentielle de l’autonomie du citoyen et un accélérateur démocratique ? »

CL — « On ne peut pas avoir un plan de construction de l’Etat-plateforme, c’est quelque chose qui se fait par touches successives et par expérimentations. On peut avoir la perspective d’arriver à ça, mais c’est la multiplicité des expérimentations au niveau national et au niveau local qui peut nous aider à construire cette vision dans laquelle on est — on  parlait de changement de paradigme — dans une conduite du changement. Ce qui veut dire résistance. Donc faire un « switch » d’un système pyramidal et centralisé à un système plus horizontal d’un seul coup paraît peu opérant.

BS — « Une véritable diffusion de culture ? »

CL — « Oui. Plutôt être dans une logique expérimentale, de pouvoir se donner ce droit à l’erreur dans ces nouvelles façons de faire, et essayer de tirer des apprentissages et de casser les résistances en démontrant que ces nouvelles façons de faire génèrent du bénéfice par tout le monde. C’est aussi ça dont il est question : que chacun trouve son compte dans cette transformation. »

Nous allons tenter une expérimentation au niveau des écoles

BS — « La culture c’est aussi une question de formation. Y a-t-il un déficit en la matière ? »

CL — « N’ayant pas une connaissance de la formation des agents, je ne dirais pas forcément qu’il y a un déficit. Ce qu’on sait, culturellement, c’est que notre modèle d’éducation est basé sur l’apprentissage et la restitution de savoirs et pas franchement sur la collaboration. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous allons tenter une expérimentation au niveau des écoles parce qu’on pense, effectivement, qu’il y a matière — dès le début, pas en attendant des années de rentrer dans la fonction publique — dès le départ dans le parcours éducatif, d’avoir des temps collaboratifs dans lesquels on peut amener les enfants à devenir des citoyens demain, à pouvoir confronter leurs connaissances et leurs points de vue à la contradiction de l’autre. C’est comme ça qu’on peut développer cette culture, et pas simplement par des formations qui viendraient à l’issue d’un parcours académique avant de rentrer dans la fonction publique. »

BS — « C’est essentiel maintenant cette co-construction, cette collaboration ? »

CL — « Ça paraît assez indispensable quand on voit l’état de rupture des relations et de la confiance entre les citoyens et les élus, et avec les agents dans une moindre mesure. Le taux d’abstention, le rejet des citoyens pour tout ce qui a une coloration politique, plaide pour sortir du statu quo. On ne peut plus rester comme ça, comme on l’a fait pendant des décennies. Ce dont on parle — la participation, la transparence — ce concept d’open gov qui aurait 10 ans, en réalité il est inscrit dans la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen depuis 1789 : le droit à la participation, l’obligation pour un agent public de rendre compte de son administration. Aujourd’hui on a des populations qui sont matures, avec des niveaux d’éducation qui sont extrêmement élevés — 85% de bacheliers dans les classes d’âge aujourd’hui contre moins de 10% en 1958, date d’entrée en vigueur de la Constitution actuelle. Aujourd’hui les citoyens attendent ça, ils attendent véritablement qu’on leur rende des comptes et d’être impliqués dans l’élaboration des décisions. Ils ne veulent pas être des consommateurs passifs des politiques publiques. »

 

A l’approche de la deuxième édition de Mulhouse c’est Vous, nous nous sommes entretenus avec Cécile Sornin, adjointe au maire, en charge de la démocratie participative, de la vie associative et de l’économie sociale et solidaire. Mulhouse (Haut-Rhin) est la 4e agglomération de la région Grand Est en nombre d’habitants. De culture profondément industrielle, Mulhouse possède le plus grand musée ferroviaire d’Europe et le plus grand musée de l’automobile du monde.

Bonjour Cécile, samedi 7 octobre la ville de Mulhouse lance le deuxième acte de Mulhouse c’est Vous. Pouvez-vous nous détailler les festivités ?

Pour comprendre le 2ème acte, il faut que je vous dise un mot du 1er acte. Le maire, Jean Rottner, a placé ce mandat sous le signe de la démocratie participative, et dès octobre 2014, on a organisé avec Libération le forum MCV : 2 jours de conférences, débats, ateliers… Plus de 5 000 personnes (il y a 111 000 habitants à Mulhouse). Pour le 2ème acte, 3 ans plus tard, l’idée était de sortir du « dire » pour être davantage dans le « faire » avec des propositions concrètes, émanant de collectifs citoyens, d’associations ou de l’Agence de la Participation citoyenne, des offres concrètes de participation. On trouve donc des ateliers cuisine, des balades urbaines, du théâtre, de la musique, des diagnostics en marchant.. Au total, plus de 70 propositions, gratuites, pour tous, partout dans la Ville, avec un point de convergence à 18h, l’inauguration festive et participative des nouveaux locaux de l’Agence de la Participation Citoyenne.

« Nous avons depuis un an une personne spécialisée qui consacre le plus clair de son temps à la plateforme. »

Capco a une relation particulière avec Mulhouse puisque techniquement vous êtes notre premier client historique : lors de la fondation de la start-up en 2014, Jean Rottner nous avait vivement encouragé à nous lancer car il voulait s’équiper d’une plateforme de participation citoyenne telle que Parlement & Citoyens. Quel est son état d’esprit et le vôtre après trois ans d’expérimentations ?

Nous sommes toujours convaincus de la nécessité d’avoir une plateforme et nous avons appris à travailler avec celle de Capco. Mais nous avons découvert aussi la difficulté à l’animer en continu et à répondre au quotidien aux attentes des habitants, des services de la collectivité, et des élus. Ces difficultés réelles ne sont pas des freins mais nous encouragent, jour après jour, à expérimenter de nouvelles façons de faire, à communiquer de nouvelles informations, toujours dans un souci de transparence. Nous avons depuis un an une personne spécialisée qui consacre le plus clair de son temps à la plateforme mulhousecestvous.fr. C’est dire notre conviction d’avoir aux côtés d’une participation « réelle » une offre « virtuelle ». Dans notre objectif de permettre au plus grand nombre de participer, nous avons des conseils participatifs géographiques, et la plateforme représente aussi notre Conseil participatif, ouvert 24h/24 !

L’engouement actuel pour la “civic tech” ne nous fait pas oublier, chez Capco, que parmi les enjeux et défis majeurs de la démocratie numérique, sinon le plus important, est l’impact apporté par la technologie à la participation citoyenne. Votre recul sur le sujet vous permet-il de dresser un constat lucide sur cette question d’impact ?

Vaste sujet. Nous travaillons beaucoup pour que cet impact existe et soit positif. En clair depuis le début nous avons eu des jeunes qui sont allés au-devant des habitants pour expliquer le fonctionnement et l’intérêt de la plateforme. Nous venons de recruter une équipe en service civique qui vont tester de nouvelles formes de mobilisation, au plus près du terrain. Ils seront les ambassadeurs de l’Agence, sur le terrain pour tester des réunions et des concertations dans les cages d’escalier, les supermarchés, le marché… mais ils suivront aussi le programme D-Codeurs de la Ligue de l’enseignement pour favoriser le numérique dans les quartiers. Mulhouse est une ville jeune, avec 43% du territoire classé Politique de la Ville. On doit en tenir compte si on veut être une ville inclusive. Je pourrais aussi dire un mot sur notre budget participatif où son existence sur la plateforme aujourd’hui, clairement, ne suffit pas à le faire vivre ; nous articulons sans cesse le réel au virtuel. C’est à cette condition que nous pouvons garantir un impact, un impact positif.

« Nous semons pour l’avenir. »

Vous avez lancé ce budget participatif au milieu de l’été à travers votre plateforme Capco, et la participation est relativement… peu élevée. Avez-vous identifié des freins ou des obstacles qui vous auraient empêché de réaliser un “BP” tel que ceux de Rennes (6 000 puis 11 000 participants) ou même Orléans (500) ?

Clairement nous n’avons pas le même budget communication que Rennes, ni la même sociologie, ni la même aire de jeux ; et je ne sais même pas si cette quantification est pertinente… Quoi qu’il en soit, à Mulhouse, à ce jour, nous avons recueilli plus de 300 idées, mais le passage à l’acte virtuel a besoin d’être accompagné, pour ne pas dire souvent d’être formalisé avec le porteur de projet. Pour illustrer le propos, nous avons des concitoyens qui n’ont pas d’adresse email… ! C’est une des données terrain qu’il ne faut absolument pas négliger. Nous considérons que nous avons besoin de faire preuve de pédagogie et de patience, que nous semons pour l’avenir et qu’il faut, de notre côté, jour après jour, apprendre à ouvrir et à faire vivre les espaces de confiance et de participation, et ceux-là doivent être tout autant virtuels que réels !

Merci Cécile 🙂

Mulhouse C’est Vous — 2e édition — samedi 7 octobre 2017