Il y a quelques jours, nous vous avons présenté notre API publique. Une Application Programming Interface est une interface vous permettant de générer des données depuis une plateforme. Imaginez-vous un menu de restaurant. Grâce à la liste proposée dans ce menu, vous échangez avec la cuisine et choisissez vos plats. Une fois votre choix fait, vous êtes servi. L’API fonctionne de la même façon. 

Cette interface vous permet donc d’exporter des fichiers Open Data, à partir de votre plateforme, d’intégrer ces données à d’autres outils ou encore de synchroniser des applications existantes avec votre plateforme. Vous choisissez votre jeu de données, vous l’exportez et vous voilà servi. Comme au restaurant. 

Notre API a été pensée dès les débuts de Cap Collectif, mais a d’abord été développée pour l’interne. Avec le temps, et en parallèle d’une demande de nos collectivités clientes comme Nantes, son ouverture a été envisagée. Cette ouverture a demandé du temps car il ne s’agit pas d’activer un simple bouton : sans documentation claire et fournie et sans stabilité dans son évolution, cette interface s’avèrerait inutilisable et donc inutile. De plus, la création d’une API nécessite de prévoir un certain nombre de contraintes afin de définir comment, quand et à quoi les autres plateformes pourront accéder. 

Pourquoi a-t-on voulu créer une API publique ? 

Nous pensons que la participation citoyenne et l’Open Data sont des alliées. Les données fournies grâce à l’Open Data peuvent ainsi alimenter un cercle vertueux de participation. On vous détaille cette idée en fin d’article mais d’abord revenons sur le concept d’open data.

L’Open Data, c’est quoi ? 

Prenons un petit temps pour vous présenter l’Open Data (ou “données ouvertes”). 

Les données dites ouvertes sont des données accessibles et utilisables par tous les citoyens, et ce gratuitement (à ne pas confondre avec l’Open source, on vous en parlait ici).  

Pour être considérées comme ouvertes, celles-ci doivent répondre à plusieurs critères et être : 

  • complètes : les données mises en ligne doivent représenter l’intégralité des données collectées par l’organisation les mettant à disposition
  • brutes : ces données doivent être disponibles dans leur version primaire et ne pas avoir été soumises à des traitements ou mises en forme
  • accessibles : aucun enregistrement et inscription ne doivent être nécessaires pour accéder aux données
  • exploitables : les données doivent pouvoir être lues et exploitées automatiquement par une machine
  • sous licence ouverte : la transformation, combinaison et réutilisation des données doivent être autorisées, et même à des fins commerciales 

Du côté des collectivités et des organismes publics, l’ouverture des données est obligatoire depuis 2016. 

Et concrètement ? 

Un jeu de données peut être une liste d’équipements, un agenda, un rapport financier, un plan des infrastructures ou une carte d’un territoire, un rapport sur la pollution de l’air, comme la liste de tous les prénoms donnés aux enfants nés dans une collectivité en 2018. Tous les types de données sont donc concernés, sauf celles comportant des informations confidentielles et personnelles. 

Quel lien avec la participation ?

Les enjeux de l’Open Data sont multiples. En donnant à interagir avec les données et en abolissant la complexité technique pour les récolter, l’Open Data permet ainsi de démocratiser l’utilisation de la donnée et de moderniser les pratiques. C’est aussi une source d’innovation et de création de nouveaux outils, usages ou services, construits grâce à une meilleure compréhension d’un territoire, d’un public ou d’une organisation. 

Un des enjeux principaux de l’Open Data concerne également la transparence. La demande d’ouverture des données s’inscrit dans l’Open Gov, qui promeut la transparence de l’action publique et son ouverture à de nouvelles formes de concertation et collaboration avec la société civile, donc de participation citoyenne (c’est ici qu’on intervient). Open Data et participation sont deux des piliers du projet de démocratie ouverte. 

Schéma des piliers de la démocratie ouverte

Dans ce sens, Open Data et participation des citoyens se rejoignent. Elles visent toutes les deux à mieux conduire l’action publique, par la transparence et l’inclusion des citoyens, tout en transformant les processus décisionnels. 

Elles ont donc un objectif commun, auquel l’API publique contribue en permettant aux citoyens de vérifier en temps réel que des contributions ne sont pas censurées sur une plateforme de consultation en ligne. 

Un cercle vertueux 

Indépendamment de leur objectif commun, l’open data et la participation peuvent s’alimenter l’une l’autre. Quelques exemples concrets, en amont et après un projet participatif :  

  • Utiliser les données en amont d’un projet participatif vous permet de créer un processus adapté à vos besoins. 

Vous avez un projet de Plan Climat ? 

Partagez votre diagnostic environnemental, votre plan routier, vos données sur la gestion des déchets et l’historique des actions que vous avez déjà menées ou que vous souhaitez mettre en place. 

Les citoyens seront mieux armés pour participer. Avec davantage d’informations, ils seront à même de mieux comprendre le projet et ses enjeux, et pourront proposer des contributions potentiellement plus pertinentes et fondées.  

  • Utiliser les données issues d’un projet participatif. Vous pouvez par exemple : 
    • Organiser un hackathon comme pour le Grand Débat national (et toujours grâce à notre API), lors duquel les données issues de la plateforme ont été traitées et analysées afin d’étudier les participants et leurs contributions 
    • Créer de nouvelles visualisations de données, croisées et traitées à des niveaux plus fins 
    • Assurer une synchronisation de vos différents services et plateformes web
    • Afficher des compteurs de participation en temps réel pour animer vos ateliers en présentiel, comme le fait la Ville de Rennes lors de la phase de vote de son budget participatif
  • A l’issue d’un projet participatif, l’Open Data participe également à la crédibilité d’une démarche participative. Elle permet d’assurer à tous que les contributions n’ont pas fait l’objet de manipulations et que les règles du jeu ont bien été respectées.

Une alliance à créer

Si l’Open Data et la participation sont proches, leur utilisation en commun n’est pas si évidente. 

En pratique, et dans les services, les deux sujets peuvent être vus comme des thématiques assez hermétiques : les personnes en charge de la participation ignorent souvent tout des sujets et projets de celles en charge de l’Open Data, et inversement. Une collaboration entre les services doit donc se faire, afin que les initiatives partagées puissent se multiplier. Tout cela ne sera possible que grâce à une bonne compréhension et un portage de la part des décideurs, qui sont encore trop peu nombreux à s’y intéresser. 

Un travail de pédagogie est également nécessaire : 

  • Pédagogie destinée à tous, pour présenter l’Open Data et son lien avec la participation : les données ouvertes sont encore méconnues de beaucoup de citoyens, et utilisées par un petit nombre d’experts. 
  • Pédagogie destinée aux participants de vos futurs projets, de compréhension des jeux de données : les données brutes peuvent être incompréhensibles pour une bonne partie des citoyens. Des visualisations, éditorialisations ou autres informations semblent donc indispensables afin que ces données soient mieux appréhendées par tous les participants. 

On aura donc pris un peu de temps pour vous présenter cette API et toutes les possibilités qu’elle vous offre. Et on en est assez fier (pas du temps, mais de l’API). À vous maintenant de l’utiliser pour créer d’autres projets et d’autres outils et continuer le cercle vertueux de l’Open Data et de la participation citoyenne. 

Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui leader des budgets participatifs en France, nous avons réalisé une étude statistique auprès de nos collectivités clientes, dont nous vous partageons dans ce dossier les principaux enseignements.


Jean-Damien Colombeau, directeur du Développement Social et Urbain de la Ville de Clermont-Ferrand, réagit à notre étude « 4 années de budgets participatifs à Capco ».

Question : Qu’est-ce qui a poussé la Ville de Clermont-Ferrand à mettre en place un budget participatif ?

Le Maire élu en 2014 a souhaité moderniser les politiques publiques existantes, en y associant les habitants. De grandes concertations ont été lancées en début de mandat, comme les Etats généraux de la culture, le Projet éducatif Ville… Un chantier de refonte de la participation à Clermont-Ferrand a ensuite été initié, avec l’idée de privilégier les démarches participatives aux instances de participation. Nous avons mis en place un certain nombre d’instances bien sûr, mais nous avons fait le choix de concentrer l’énergie des services sur des démarches de participation nouvelles, dans l’objectif de toucher un public élargi et de travailler différemment en interne. Le lancement de notre budget participatif début 2018 s’inscrit dans cette dynamique.

Comment le projet a-t-il été reçu par les services ? 

Il a fallu argumenter mais on a affaire à des agents qui sont sensibles à ce type de démarches. Il y a une vraie évolution culturelle à l’oeuvre, y compris au sein des services techniques. Les agents aussi voient bien qu’on ne peut plus fonctionner comme avant, ils aspirent à faire des choses plus utiles pour les habitants, plus reconnues. L’accueil réservé au budget participatif a donc été bienveillant. 

La mise en oeuvre de projets lauréats a même été un élément de motivation pour certains agents, car il s’agissait de projets assez semblables à des projets qu’eux-mêmes avaient porté en interne, mais qui n’avaient alors pas été retenus. 

“Les agents aussi voient bien qu’on ne peut plus fonctionner comme avant.”

Au sein de l’équipe projet, on s’est questionné sur la perception que pouvaient avoir les agents de l’impact du budget participatif sur leurs missions. Car au final, le budget participatif est un dispositif de « mise à l’agenda ». On savait donc que les services techniques allaient être impactés. Mais cela restait théorique. C’est devenu concret au moment de la phase d’étude de faisabilité. Là, on est entrés dans le vif du sujet en termes de transversalité. 

Pouvez-vous détailler ce point sur la transversalité induite par le budget participatif ? 

Il y a eu une évolution en cours de projet sur les types de compétences que nous devions déployer. Au début du projet, nous étions dans un schéma classique de mobilisation de la population, durant laquelle nous avons communiqué, organisé des réunions ou des ateliers de travail… Au moment de l’analyse des projets, nous avions plus besoin de profils du type “chef de projet” pour mettre les différents services autour de la table, fixer des calendriers, organiser la transversalité. 

Ce qui est intéressant dans une démarche telle que le budget participatif, c’est que les habitants ne se soucient pas des découpages entre services et encore moins entre institutions. De fait, la quasi totalité des projets lauréats sont des ovnis dans le sens où ils ne rentrent pas forcément dans une case et impliquent différents services. Or, il faut bien rendre ces projets concrets. Pour moi, il existe un lien très fort entre les politiques de participation citoyenne et la remise à plat des manières de faire dans les services, car dès lors qu’on met l’usager au centre, ça nous oblige à mettre en place de nouvelles méthodologies. 

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Intéressé·e par nos budgets participatifs ? Découvrez notre plateforme.

Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui leader des budgets participatifs en France, nous avons réalisé une étude statistique auprès de nos collectivités clientes, dont nous vous partageons dans ce dossier les principaux enseignements.


Cyril Lage, président de Cap Collectif, réagit à notre étude « 4 années de budgets participatifs à Capco ».

Question : Le budget participatif connaît un beau succès ces dernières années. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Pas vraiment. A vrai dire, lorsque l’on a créé l’application de budget participatif en 2015, j’étais à l’époque moyennement convaincu par l’intérêt d’un tel dispositif, car il ne portait que sur une petite proportion du budget d’investissement. Par rapport au volume global du budget d’une collectivité, on était sur un trait de crayon.

Ce dont je me suis rendu compte à l’usage, c’est que contrairement à beaucoup d’autres projets participatifs de type consultation ou enquête, qui malheureusement ont bien souvent du mal à faire le lien entre la participation et la décision, il n’y a pas de doute possible dans le cas du budget participatif. Les projets mis en oeuvre sont des projets qui sont à l’initiative des acteurs du territoire, des citoyens, proposés et votés par eux. On est dans une vraie démarche du partage du pouvoir, même si c’est sur une portion congrue. On serait presque tenté de dire : heureusement qu’il y a le budget participatif pour concrétiser la promesse du participatif aujourd’hui !

Nous constatons d’ailleurs une forte accélération ces 2 dernières années : parmi nos 45 collectivités clientes, 1 collectivité sur 2 met en oeuvre un budget participatif. Ce dispositif commence également à essaimer au sein des entreprises et des universités avec lesquelles nous travaillons. 

Comment a été conçue l’application de budget participatif ?

Nous avons répondu à un appel d’offre de la Ville et Métropole de Rennes en 2015. Nous leur avons proposé de développer l’application de budget participatif avec les mêmes exigences que celles que nous avions pour l’application de consultation. Nous avons notamment formalisé une approche en étapes (dépôt des projets – analyse – vote – suivi de réalisation des projets lauréats), qui tend à devenir un standard aujourd’hui. 

Cette approche et notre niveau d’exigence facilite en partie la participation du public dont on sait, malgré les études sur les intentions de participation, qu’elle est difficile à assurer. Le chiffre de 2,7 % de participation en moyenne pour les budgets participatifs menés en est la preuve, même si ce chiffre serait plus élevé s’il était ramené au corps électoral. Il est difficile de faire participer le public, même dans les conditions pourtant idéales du budget participatif, qui assure une vraie prise en compte des attentes des citoyens.

“Le budget participatif amène du décloisonnement”

Ce chiffre illustre l’enjeu et le défi de tous ceux qui prônent et qui oeuvrent au développement de la participation citoyenne : l’élargissement de la base des participants. Mais il faut aussi faire preuve de réalisme : considérer que l’objectif est de faire participer tout le monde est un leurre qui nous réduirait à l’impuissance. Si l’on pense que la participation perd en ambition et en puissance si les participants ne sont pas représentatifs, on accepte alors l’idée de ne faire entrer les citoyens dans le processus de l’élaboration des politiques publiques que s’ils viennent tous, et en même temps. Je pense qu’à un horizon de dix ans, on ne peut pas avoir pour ambition d’aller au-delà de 20 à 25% de la population qui participe à des projets tels que ceux-ci.

Le budget participatif a t-il selon vous d’autres impacts qui ne sont pas traités dans l’étude ? 

Il y a un impact peu visible mais déterminant sur les modes d’organisation au sein des collectivités. Les collectivités sont souvent l’archétype d’un modèle pyramidal et vertical, avec un faible niveau de collaboration entre les services. Le budget participatif amène du décloisonnement, car l’analyse des projets par les services suppose de travailler en transversalité.

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Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui leader des budgets participatifs en France, nous avons réalisé une étude statistique auprès de nos collectivités clientes, dont nous vous partageons dans ce dossier les principaux enseignements.


L’aventure de Cap Collectif avec le budget participatif commence en 2015. Cette année-là, nous remportons l’appel d’offre de la Ville de Rennes pour sa “Fabrique citoyenne”, comprenant notamment la conception d’une application de budget participatif.

Pour rappel, le budget participatif permet d’associer les habitants à la transformation d’un territoire. En effet, il offre l’opportunité à une collectivité territoriale, quelle que soit sa taille, d’affecter une partie de son budget à la réalisation de projets proposés et choisis par les habitants.

A ce jour (juillet 2019), Cap Collectif accompagne 27 collectivités avec son application de Budget Participatif, dont 22 ont mené au moins une édition complète sur la plateforme. 

L’occasion pour nous de réaliser une étude permettant de faire ressortir quelques chiffres-clés sur la mise en oeuvre d’un dispositif de plus en plus populaire dans les territoires.

Cet article a été rédigé grâce au travail mené par Pierre Le Serrec, en stage chez Cap Collectif au mois d’avril 2019.

Les pratiques majoritaires des collectivités

Chez Capco, le budget participatif se construit autour de différentes étapes : Dépôt des projets – Analyse par les services – Vote – Annonce et suivi de réalisation des projets lauréats.

A partir d’une comparaison des règlements des budgets participatifs, voici quelques pratiques majoritaires observées aux différentes phases d’un budget participatif. 

Critères de recevabilité 

La quasi totalité des collectivités refuse les projets impliquant des dépenses de fonctionnement directes. 

Autres points communs largement partagés : 

  • l’instauration d’une condition d’âge à la participation (16 ou 18 ans)
  • l’instauration d’un montant maximum par projet déposé (mais pas de projets maximum par participant)
  • l’instauration d’un délai maximum de réalisation des projets déposés

Ces deux derniers critères tendent à renforcer l’impact assez immédiat du budget participatif dans le quotidien des habitants, en s’assurant de la réalisation relativement rapide des projets déposés. 

Modalités de vote : prime à la simplicité

La plateforme de Cap Collectif permet aux collectivités de choisir parmi différentes modalités de vote possibles : 

  • le vote “simple” (je vote pour les projets qui me paraissent intéressants, éventuellement avec un nombre de votes total limité)
  • le vote par “panier” (je vote pour les projets qui me paraissent intéressants mais le coût de réalisation de ces projets ne peut pas dépasser l’enveloppe globale affectée au budget participatif)
  • le vote par classement (je vote pour un nombre limité de projets et les classe par ordre de préférence)

L’étude fait apparaître que le vote simple est très majoritairement utilisé. Le vote par panier et, plus encore, le vote par classement, restent des exceptions.

Un choix qui conforte notre conviction, que nous rappelons régulièrement : en matière de participation, la simplicité est une règle d’or

A noter que la Ville de Lille propose une modalité particulière puisqu’elle fait intervenir dans le processus de vote un jury citoyen composé de 12 citoyens tirés au sort parmi les votants de la phase de présélection.

Enfin, si l’organisation d’un vote papier en plus du vote en ligne est fréquente, elle n’est pas non plus systématique. 

Garantir un équilibre territorial : une priorité dans les grandes villes

La question de l’équilibre territorial, c’est-à-dire le fait d’assurer que chaque quartier d’un territoire bénéficie du dispositif, est une règle majoritaire dans les grandes villes. Afin de réaliser des projets dans tous les quartiers de la ville, la collectivité s’engage généralement à mettre en oeuvre au moins un projet par quartier (celui qui obtient le plus de voix). 

Les projets qui obtiendront le plus de voix seront désignés comme lauréats. Afin de favoriser la réalisation de projets dans tous les quartiers, la Ville s’engage toutefois à mettre en œuvre les deux premiers projets qui auront obtenu le plus voix dans chacun des 12 quartiers.” 

Extrait du règlement de la Métropole de Rennes.

Réalisation des projets lauréats : un suivi déficient ? 

Il y a en réalité peu d’informations disponibles à cette phase du projet, pourtant particulièrement importante pour la crédibilité du processus. L’explication personnalisée aux porteurs de projet sur la recevabilité ou non de leur projet est également minoritaire. Sans doute un point à approfondir afin d’identifier les freins à ce “droit de suite” au sein des collectivités.

Les thématiques les plus prisées

Les ⅔ des projets lauréats d’un budget participatif portent sur :

  • l’aménagement des espaces publics (mobilier urbain et valorisation du patrimoine)
  • la nature en ville (espaces verts et biodiversité)

Viennent ensuite les projets culturels, sportifs ou de loisirs (20%).

Les projets lauréats sont principalement des actions d’aménagement, d’installation ou de rénovation. Une conséquence assez logique du choix des collectivités de ne considérer comme éligibles que les projets d’investissement, par opposition aux projets qui impliquent des frais de fonctionnement.

D’un territoire à l’autre, un certain nombre de projets reviennent de manière récurrente, et notamment :

  • La rénovation d’un square
  • L’aménagement d’un jardin (partagé)
  • L’aménagement d’un parc de street workout
  • L’aménagement d’un sentier pédagogique et écologique
  • L’aménagement de jeux pour enfants
  • La végétalisation des murs ou d’une rue 
  • L’installation d’une ruche, d’une maison pour insectes

Le montant dédié aux projets lauréats

Le montant dédié aux projets lauréats est très variable d’un territoire à un autre. 

Cette diversité peut s’expliquer par les différences de taille des collectivités mais aussi par les différences de dépenses réservées pour les budgets participatifs (ces deux éléments sont dans la plupart des cas liés mais pas toujours), de 3,5M€ à Rennes à 20K€ à Villecresnes. 

De 10 k€ à 100 k€– Fréquents (⅓ des projets identifiés) – Dans la plupart des villes
De 50 k€ à 100 K€– Assez fréquents (environ 20% des projets identifiés) – Principalement dans les grandes villes 
De 100 k€ à 200 k€– Peu fréquents – Uniquement dans les BP des grandes villes (Rennes, Clermont, Lille et Montreuil)
> 200 k€– Rares (une vingtaine de projets) – Concentrés dans certaines collectivités (Rennes à 70%)

Cette différence s’explique également par les différences de nombre de projets lauréats selon les collectivités (plus ou moins grande dispersion des sommes allouées), de 44 à Rennes (2ème édition) à 1 seul à Santeny (1ère édition et 2e édition).

Pour accéder aux données complètes, téléchargez :

Lire les réactions à l’étude :

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Visuel Nanterre

Cas d’usage – Université de Nanterre

Nanterre infographie 2

Contexte du projet

Au printemps 2018, un vaste mouvement étudiant s’organise en France contre la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants. Ce mouvement conduit à des blocages dans certaines universités françaises, dont l’Université Paris Nanterre. Après des semaines de mobilisation, la Présidence de l’Université a souhaité renouer un dialogue serein entre les différentes parties prenantes de sa communauté universitaire (étudiants, enseignants-chercheurs, personnels), en mettant à disposition une plateforme numérique de participation. L’objectif était d’aboutir à des propositions concrètes pour construire le projet d’établissement et le soumettre au Ministère de l’Enseignement Supérieur dans le cadre de la négociation contractuelle entre l’Université et le Ministère.

Il s’agit de la première université française à avoir expérimenté la consultation numérique de sa communauté pour élaborer son projet d’établissement.

Les principales étapes de la démarche de concertation

Etape 1 : rédaction des pistes de réflexion initiales de la consultation (juin 2018)

En amont de la consultation, l’équipe présidentielle a travaillé sur des propositions d’actions à soumettre à la communauté au lancement de la consultation. La consultation était structurée autour de sept thématiques :

  1. L’accès à l’enseignement supérieur
  2. Les parcours de la réussite étudiante
  3. Lieux et formes de travail et d’études
  4. La recherche
  5. Le modèle économique
  6. La vie de campus
  7. La démocratie universitaire
Illustration 1
Exemples de pistes de réflexion initiales rédigées par l’équipe présidentielle dans la catégorie “La vie de campus”

Etape 2 : pré-ouverture de la plateforme auprès des instances élues (début juillet 2018)

Avant son ouverture officielle, la présidence de l’Université a souhaité réaliser une “pré-ouverture” de la plateforme auprès des instances élues. L’objectif était d’améliorer la qualité des contenus initiaux de consultation auprès d’un public expert, ainsi que de crédibiliser la démarche auprès de la communauté universitaire afin de démontrer qu’il ne s’agissait pas d’une consultation de la présidence mais d’une consultation de la communauté universitaire initiée par la présidence.

A l’occasion de cette pré-ouverture, les membres des instances élues ont pu tester la plateforme et ses fonctionnalités en avant-première et participer à la consultation en réagissant aux pistes de réflexion initiales ou en proposant des idées complémentaires. Cette étape a permis de rassurer les élu.es sur l’outil utilisé ainsi que sur le processus choisi pour cette première expérimentation de consultation.

Etape 3 : phase de consultation en ligne et hors ligne (11 juillet – 21 septembre 2018)

La consultation s’est déroulée du 11 juillet au 21 septembre 2018 sur la plateforme numérique et lors d’ateliers déployés sur le campus. Sur la plateforme, chaque participant.e avait la possibilité de déposer de nouvelles propositions, d’argumenter sur les différentes propositions (pour ou contre) et de s’exprimer par un vote (d’accord, mitigé, pas d’accord).

Etape 4 : réalisation de la synthèse en lien avec le comité de suivi (24 septembre – 15 octobre 2018)

Pour la réalisation de la synthèse de la consultation, un comité de suivi a été créé afin de garantir la neutralité et la transparence de cette étape. Le comité de suivi était ainsi composé d’un.e représentant.e de chaque liste élue dans les organes décisionnaires de l’Université.

Cette synthèse a ensuite été présentée et discutée au sein des instances élues qui ont décidé de retenir certaines propositions issues de la consultation dans le projet final de l’établissement.

Etape 5 : rédaction du projet d’établissement et validation par les conseils (16 octobre – 19 novembre)

A partir des propositions retenues lors de la consultation, l’équipe présidentielle a rédigé un projet d’établissement visant à présenter au Ministère les principaux axes stratégiques de l’Université pour les quatre prochaines années (2020-2024).

Etape 6 : mise en oeuvre des actions stratégiques (novembre 2019 – rentrée 2020)

Certaines actions retenues pourront avoir une application dès la rentrée 2019 (c’est par exemple le cas de la mise en place d’un budget participatif) tandis que d’autres actions devront attendre la validation du contrat d’établissement par le Ministère, afin d’obtenir les financements nécessaires à leur mise en oeuvre.

Rôle et accompagnement de Cap Collectif tout au long de ce projet

L’Université Paris Nanterre a souhaité recourir aux prestations d’accompagnement de Cap Collectif pour la mise en place de sa démarche de concertation. Cet accompagnement visait notamment à :

  • Définir un processus de consultation crédible, susceptible de convaincre l’ensemble des parties prenantes de l’Université, dans un climat de tensions et de revendications
  • Accompagner les différentes instances élues dans l’appropriation d’une démarche nouvelle, les rassurer sur le déroulement du processus et leur garantir la mise en oeuvre de tous les moyens nécessaires à la bonne réalisation d’une telle consultation.

En première phase, Cap Collectif a accompagné l’équipe présidentielle dans la conception du processus de consultation, c’est-à-dire la définition des différentes phases du projet et leurs enjeux. L’accompagnement visait notamment à partager les différents facteurs clés de succès d’un projet de consultation identifiés par Cap Collectif lors de précédentes expérimentations, tout en prenant en compte des spécificités du projet de l’Université Paris Nanterre.

En s’appuyant sur les précédentes opérations menées sur la participation et l’ouverture de la gouvernance d’une organisation, Cap Collectif a également été présent aux côtés de l’équipe présidentielle pour organiser la pré-ouverture de la plateforme auprès des instances élues et répondre à leurs interrogations.

illustration 2

Les principaux enseignements du projet

La phase de participation aura, au final, duré 10 semaines en ligne et sur le campus. Au total, près de 500 contributions et 3000 votes ont été déposés sur la plateforme.

Plus de la moitié des contributeurs ont déclaré participer en tant qu’étudiant et les enseignants-chercheurs et les personnels représentaient chacun 15% des contributeurs.

Ce projet est désormais considéré comme la première phase d’une démarche plus globale de modernisation de la gouvernance de l’Université, souhaitant aller vers plus de transparence et de participation. A ce titre, les premiers axes stratégiques du projet d’établissement mettent en avant la mise en place d’un budget participatif auprès de l’ensemble de la communauté universitaire ainsi que l’inscription “dans les statuts du principe d’une consultation large de la communauté (type plateforme numérique) préalable à l’adoption du projet quinquennal d’établissement par les instances

Le budget participatif de l’Université a été lancé le 18 avril 2019.

Carte collectivités territoriales blog

L’équipe de Cap Collectif est fière d’accompagner les communes d’Issy-les-Moulineaux, Viroflay, Chevreuse, Vaulx-en-Velin ou encore Biarritz dans le lancement de leurs projets participatifs en ce début d’année.

L’échelle régionale n’est cependant pas en reste puisque nous accompagnerons prochainement la Région Bourgogne Franche-Comté dans la mise en place du premier budget participatif régional et La Réunion, qui souhaite définir avec les habitants de l’île les modalités de mise en oeuvre d’un Conseil Constitutif Citoyen.

Ces différents lancements sont à l’image de l’ensemble des collectivités territoriales qui ont fait confiance à Cap Collectif depuis sa création : diverses !

Retour sur 4 années de collaboration, en chiffres et en images.

Infographie collectivités territoriales

Si les collectivités avec lesquelles nous travaillons sont diverses, leurs problématiques sont souvent communes d’un territoire à un autre. Pour permettre aux agents opérant des projets participatifs d’échanger sur leurs expériences, y compris dans l’utilisation de notre plateforme, nous avons donc mis en place dès 2017 un réseau apprenant de nos collectivités clientes. Ce réseau se réunit deux fois par an dans les locaux de Capco.

Ces échanges sont fondamentaux et suivent notre vision originale du développement d’un logiciel comme Capco : celle d’un échange permanent avec les utilisateurs de la plateforme grâce à une feuille de route que nous maintenons au quotidien. Ce lien – qui dépasse les réunions semestrielles, grâce notamment à la mise en place d’une liste de diffusion – nous permet de rationaliser et d’améliorer la mise en développement de nouvelles fonctionnalités. En écoutant attentivement le terrain, le prestataire que nous (ne) sommes (pas uniquement) est en mesure d’apporter le meilleur service possible à ses clients actuels. Et, à nos futurs clients, la garantie d’une solution éprouvée répondant parfaitement à leurs besoins.

Cyril Lage, Président et co-fondateur de Capco, était invité aux Rencontres des acteurs publics, le 1er octobre au Conseil d’État. Il a répondu à Acteurs Publics TV, qui l’a interrogé sur le rôle des citoyens et sur les changements de mentalité qui s’opèrent parmi les décideurs politiques.

Nous avons retranscrit cet entretien sous la vidéo.



Verbatim

 

Acteurs Publics TV — Bonjour Cyril Lage.

Cyril Lage — Bonjour.

Vous êtes le fondateur de Parlement & Citoyens et de Cap Collectif, l’entreprise qui se cache derrière la plupart des consultations citoyennes. Vous vous attaquez à tout le cycle des politiques publiques, de la définition du problème à la formulation des solutions. Quels sont les outils que vous mettez à disposition des élus et des acteurs publics pour collecter l’avis des citoyens ?

À l’origine on proposait uniquement une application de consultation, de co-production de la loi, à travers le projet Parlement & Citoyens (P&C) et c’est le succès de ce projet qui nous a amené à créer Cap Collectif ensuite, pour développer une version professionnelle du logiciel qu’on avait développé sous la forme d’un prototype. Rapidement, nos clients — principalement les collectivités — ont fait part de nouveaux besoins, de nouveaux outils de participation comme le budget participatif, des boîtes à idées, des outils d’interpellation et également de questionnaires pour les enquêtes publiques. Donc aujourd’hui notre plateforme offre une panoplie d’outils pour accompagner l’élaboration des politiques publiques à toutes les étapes du cycle.

Il apparaît aujourd’hui que les acteurs publics, au moins au niveau national, choisissent d’impliquer le citoyen surtout au moyen de la consultation, souvent en amont, afin de collecter leur avis plutôt sur les solutions et rarement pour les associer vraiment à la décision. Est-ce que c’est quelque chose qui est en train de changer ?

Je ne serai pas aussi dur dans l’analyse. L’objectif de la consultation est bien évidemment de soumettre une politique publique à l’appréciation du public — et dans la finalité d’en tenir compte. Par contre il y a quelque chose de certain : une consultation ne peut pas aboutir à la prise en compte de l’avis de chacun. Il suffit d’aller sur une plateforme pour se rendre compte que les gens ne sont pas d’accord entre eux. Le rôle du politique va être de procéder à un arbitrage. On a ce mouvement qui est déjà engagé : on l’a vu, ça a été évoqué aujourd’hui et rappelé avec République numérique qui avait déjà été très loin en la matière. La CNDP l’a rappelé aussi dans la prise en compte de l’avis des citoyens. Ce n’est pas le cas de tous les projets mais on a systématiquement dans tous les projets des aménagements qui résultent des consultations, bien heureusement.

Le rôle du politique va être de procéder à un arbitrage.

Pour vous, il faudrait que tous les projets, toutes les décisions, toutes les lois, associent le citoyen au moins à un niveau de leur étape de construction ?

Oui, absolument. On a pris pour fondement avec P&C l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme qui reconnaît le droit à chaque citoyen de participer à l’élaboration de la loi. Donc on considère que ce droit est permanent. Il n’est pas intermittent et ponctuel. Pour autant, on ne dit pas que les citoyens vont participer à l’élaboration de chaque loi, mais que chaque loi devrait être ouverte et rechercher la participation des citoyens — d’autant plus que les citoyens ne vont pas s’intéresser à toutes les lois et chacun va avoir ses centres d’intérêt. Donc choisir des sujets plutôt que d’autres c’est faire le choix d’exclure des citoyens sur des sujets qui peuvent être d’importance pour eux.

Est-ce que vous observez ces dernières années un regain d’intérêt pour les consultations citoyennes et est-ce qu’il y a un niveau de maturité par des décideurs et des porteurs sur les avantages et les contraintes de la consultation des citoyens ?

Il y a un vrai développement aujourd’hui. Nous, on a commencé l’expérience il y a cinq ans, on a travaillé avec plus de 120 organisations aujourd’hui, principalement publiques, et ça ne cesse de se développer. On a de plus en plus de collectivités, notamment, qui font appel à nous pour les accompagner. Donc on est plutôt dans un développement d’essaimage aujourd’hui. On n’est pas encore dans les logiques d’approfondissement, et elles se font par vagues successives. C’est-à-dire que ceux avec lesquels on a travaillé il y a quatre ans sont dans des itérations aujourd’hui où on commence à aller beaucoup plus en profondeur et voient comment la participation impacte le fonctionnement complet de l’organisation. Mais ça va être un cheminement extrêmement long parce qu’il faut que rentre dans les têtes que l’enjeu ce n’est pas de se doter de dispositifs numériques (ou pas, d’ailleurs) de participation citoyenne, mais de repenser l’élaboration des politiques publiques.

L’enjeu ce n’est pas de se doter de dispositifs numériques […] mais de repenser l’élaboration des politiques publiques.

Les dispositifs de participation citoyenne — ou de consultation plus largement — reposent souvent sur l’engagement du porteur politique : quels sont les autres ingrédients qui conditionnent le succès d’un projet de participation citoyenne ?

Il y en a beaucoup. Le premier, c’est d’abord de proposer aux citoyens des sujets qui correspondent à des priorités élevées. Quand on va sur des sujets marginaux, ce qui est aussi une tendance des décideurs, quand ils expérimentent ces sujets, de se dire « on va essayer avec quelque chose qui ne nous expose pas, et si ça marche on montera en gamme » — ça, ça ne fonctionne pas. Il faut ensuite la présence du décideur. Et il faut aussi que la consultation, portée par le décideur, porte sur un sujet qui lui-même va avoir une finalité. Et donc une décision au bout. Une fois qu’on a ces trois éléments, il faudra également que le décideur s’engage à la fin à rendre compte des arbitrages qu’il aura pris. Donc ça fait déjà un certain nombre de jalons à respecter. Ce sont les quatre premiers essentiels pour espérer avoir une mobilisation des citoyens dans un processus participatif.

Faire la transparence de la parole de ceux qui sont déjà dans le système.

Les processus de consultation des citoyens sur les plateformes comme vous proposez permettent aussi d’associer et de mettre en transparence des acteurs qui sont habituellement convoqués dans l’élaboration de la loi. Est-ce que c’est une tendance qu’il faut pousser, pourquoi c’est important de mettre tout le monde à la même table dans la consultation ?

J’apprécie assez peu le terme de « consultation citoyenne » ou de « participation citoyenne » parce que je suis convaincu que l’enjeu n’est pas de faire participer le citoyen, c’est de repenser l’élaboration de la politique publique. Repenser l’élaboration de la politique publique ça veut dire repenser le rôle de chacun et pas que du citoyen. Ceux, aussi, des groupes d’intérêts qui sont aujourd’hui déjà présents et qui interviennent de façon opaque. Pour moi il est effectivement indispensable que les dispositifs participatifs mis en place cherchent autant la participation de ceux qui ne sont pas aujourd’hui inclus, qu’ils cherchent à faire la transparence de la parole de ceux qui sont déjà dans le système. Et c’est effectivement ces deux conditions qui vont permettre d’engager la refonte des politiques publiques et de passer à ce changement de paradigme dont on parle à chaque fois qu’on parle de participation — de mon point de vue à tort — « citoyenne » en l’insérant simplement dans ce niveau-là.

Le 11 août dernier, Cyril Lage était invité sur le plateau de l’émission de France Inter Des idées pour demain, présentée par Valère Corréard — également auteur du livre Changer d’ère, l’air de rien, directeur de ID L’info durable et rédacteur en chef de Ushuaïa le mag. Étaient également invités à cette émission : Romain Slitine, maître de conférences à Sciences Po et co-auteur du Coup d’État citoyenChristian Proust, auteur du Guide pratique pour oser s’impliquer dans la vie politique locale et Sylvain Lapoix, journaliste et co-auteur du programme Datagueule.

 

 

L’entretien commence à 39’40

Bonjour Cyril Lage, vous êtes le fondateur de la plateforme Parlement & Citoyens. Comment fonctionne cette plateforme ?

Cette plateforme est à destination des parlementaires qui souhaitent associer les citoyens à la rédaction de leurs propositions de loi. Tout parlementaire peut nous solliciter pour ouvrir une discussion sur cette plateforme, à travers un processus un peu complexe […] qui va se situer en différentes étapes : la première étant la présentation d’un problème, des causes et des solutions identifiées par le parlementaire, pour permettre au citoyen de rentrer dans une réflexion avec lui, qui conduira par étapes successives à la rédaction d’une proposition de loi dans laquelle le parlementaire expliquera ce qu’il a retenu ou non des propositions des citoyens.

Tout le monde peut venir y écrire la loi avec le parlementaire qui a choisi de consulter le public ?

Absolument. C’est gratuit, ouvert à toute personne désireuse de s’impliquer.

Quel est le rôle du citoyen dans le processus d’échange avec le parlementaire ?

Son rôle, c’est plutôt de concrétiser un droit. À la base de ce projet, c’est l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui, depuis 1789, reconnait le droit à chaque citoyen de participer à l’élaboration de la loi. Donc la question c’est d’abord de lui rendre ce droit, et de pouvoir rentrer dans une réflexion qui, face à un problème qui va le concerner, de pouvoir dire son analyse des causes et des solutions proposées par le parlementaire et les autres citoyens, et pouvoir à son tour développer sa propre argumentation. C’est la première phase, qui est une phase d’expression, de recueil des positions individuelles, qui va être synthétisée dans un deuxième temps par notre équipe et ensuite qui va faire apparaître des éléments d’accord et de désaccord sur lesquels les citoyens vont se réunir ensuite avec le parlementaire — virtuellement sur Parlement & Citoyens — pour avoir un débat beaucoup plus contradictoire et en profondeur sur les éléments qui ne sont pas d’accord.

Il y a souvent une question qu’on se pose avec ce type d’outil audacieux et innovant : comment prendre en compte la pluralité des avis et comment donner voix au chapitre à chacun quand on est dans un grand collectif ?

Vous avez raison, c’est un des points essentiels dès lors qu’on est face à une consultation qui va être intègre, c’est-à-dire dans laquelle on a un décideur qui a une véritable volonté de tenir compte de la parole citoyenne. Sur certaines opérations qu’on a pu mener avec 40, 50 ou 60 000 contributions c’est un véritable défi. On a expérimenté beaucoup de choses, tout ce qu’on fait est assez expérimental, et on s’est arrêté sur une approche de synthèse cartographique dont l’ambition n’est pas de faire une synthèse de 2 ou 5 pages pour dire au politique « Voilà ce qui est essentiel » mais de réussir à travers cette cartographie de lui montrer toute la diversité des opinions exprimées, sans les doublons. On va catégoriser le contenu pour réassocier tout ce qui est de même nature pour lui permettre d’embrasser la diversité des opinions qui vont s’être exprimées, et donc de lui permettre ensuite d’avoir une sorte de « map » (carte) [pour] rentrer plus en détails dans les sujets sur lesquels il va vouloir approfondir.

On parle beaucoup de « green washing », de « social washing », est-ce qu’il y a du « civic washing » ?

Bien sûr, évidemment. Vous avez aujourd’hui beaucoup de politiques — on entend les buzz words « intelligence collective », « civic tech » — qui se disent qu’ils peuvent gagner des points par le simple fait d’opérer un processus participatif.

Je consulte mais j’écoute pas…

Voilà c’est ça. Alors nous on a été très clairs et on est toujours très clairs avec nos clients et on est réputés d’être durs de l’éthique sur le marché. On présente notre outil comme une arme à double tranchant : vous vous en servez bien, vous gagnez des points ; vous vous en servez mal, c’est fait pour que ça se voit et pour que les citoyens puissent de façon éclairée savoir que vous vous êtes moqué d’eux.

A partir de la plateforme Parlement & Citoyens, combien de propositions co-écrites sont devenues loi ?

Trois consultations ont abouti à la rédaction de propositions de loi et sur les trois, une a été votée — elle vous intéressera, c’est celle qui est relative aux pesticides à usage non agricole, celle qui fait qu’aujourd’hui le Roundup est interdit à la vente aux particuliers et sur les espaces publics.

 

 

Depuis que nous avons remporté l’appel d’offres de la métropole de Rennes en 2015 pour sa « Fabrique Citoyenne », nous avons accompagné de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui, nous avons eu envie d’observer le type de projets produits par l’imagination des habitants au service du collectif et de partager un petit Top 10 forcément subjectif.

Le budget participatif permet d’associer les habitants à la transformation d’un territoire. En effet, il offre l’opportunité à une collectivité territoriale, quelle que soit sa taille, d’affecter une partie de son budget à la réalisation de projets proposés et choisis par les habitants.

A ce jour, Cap Collectif équipe 13 collectivités avec l’application Budget Participatif : pour le moment neuf ont été lancés — notre premier client Rennes comptabilise déjà trois saisons, et a été rejoint par Mulhouse, Montreuil, Orléans, Clermont-Ferrand, Lille, Le Mans, Courbevoie et Magny-le-Hongre — et quatre le feront à la rentrée : Meudon, Bourg-la-Reine, Santeny et Epinay-sur-Seine.

Passe (le message) à ton voisin

Dans toutes les régions de France, les habitants promeuvent des projets qui sont utiles à la collectivité, qu’ils soient de portée sociale, environnementale, culturelle… Un point commun : ce sont les habitants qui redéfinissent le vivre-ensemble, en proposant des projets majoritairement articulés autour des notions de partage, de solidarité et convivialité, loin des préoccupations anxiogènes véhiculées par les médias. Et surtout, nous (collectivement) commençons à nous intéresser aux autres de manière visible : certains projets listés et proposés ici sont clairement inspirés par des projets développés dans d’autres villes.

Voici donc notre « florilège » de projets piochés… parmi plus de 4 000 projets déposés à date dans les 13 collectivités clientes de Capco 🙂

Solidarité

1 . Montreuil Vivre Ensemble

Ce projet porté par des associations locales et des citoyens montreuillois vise à exploiter et donner du sens aux friches de la ville en y installant des petites constructions de bois (“tiny house”) à destination des mineurs et jeunes adultes isolés sans abri, en leur garantissant un véritable projet de vie avec un accompagnement social et professionnel, une cohabitation avec des volontaires et une ouverture forte sur le quartier.

2 . La Bagagerie pour les personnes sans domicile à Rennes

Un projet inspiré et inspirant tout droit venu du budget participatif rennais. Déjà connu des Nantais, ce projet qui fait des émules dans toute la France est un outil d’intégration sociale qui permet aux bénéficiaires (des personnes sans abri) d’être également gestionnaires de ces casiers, qui sont disponibles jusqu’à ce que les personnes retrouvent un hébergement durable.

Deux projets de bagagerie pour SDF et de casiers solidaires pour les sans abri ont également été proposés aux budgets participatifs du Mans et de Lille.

Partage

3 . Installer des frigos solidaires anti gaspillage

Ce projet du budget participatif du Mans s’inspire de frigos solidaires installés à Paris, Marseille, Nantes ou encore Metz. Le principe : créer un partenariat avec un restaurateur ou un commerçant local (garant des normes d’hygiène alimentaires) qui peut y déposer ses invendus, et lutter contre le gaspillage alimentaire en favorisant la solidarité locale. Chacun pouvant déposer ou prendre de la nourriture, librement et sans obligation de réciprocité.

4 . Boîtes à livres

Ce projet clermontois propose de mettre à disposition des boîtes résistantes aux intempéries dans lesquelles les habitants pourront déposer un ou plusieurs livres et en prendre en retour. Sans faire concurrence aux établissements publics de prêt de livres, ces boîtes — déjà présentes dans de nombreuses villes de France — rapprochent les habitants d’un même quartier en favorisant les échanges autour de cet objet un peu magique qu’est le livre.

5 . La boîte à dons (Givebox)

Sur le même principe de partage (ou de troc, selon comme on le voit) que la boîte à livres, la “Givebox” rennaise est en mesure de stocker des objets en bon état mais non utilisés par leurs propriétaires : vêtements, petit électroménager, ustensiles, objets de décoration, objets culturels — la limite est l’imagination — dans l’optique que ceux qui en auraient l’usage ou le besoin puissent en profiter simplement.

Convivialité

6 . Une guinguette au bord de l’eau

Très largement plébiscité lors du budget participatif de Mulhouse, le principe d’une guinguette propose d’installer un containeur aménagé au bord de l’eau. Outre le plaisir de se rafraîchir ou se restaurer en promenade, le lieu permet aussi d’imaginer la mise en place d’une programmation culturelle : des associations pourraient animer l’espace environnant avec des spectacles, pièces de théâtre, concerts et autres rencontres citoyennes.

7 . Jeu urbain monumental et participatif

Ce projet porté par plusieurs collectifs à Rennes veut recréer l’expérience menée dans le Nord-Pas-de-Calais, à Houdain : un jeu “monumental et participatif” dans un nouveau quartier, autour d’une école, pour permettre aux habitants de co-inventer le projet et de s’approprier le nouvel espace public. Des architectes, des artistes et des médiateurs accompagnent la population dans la conduite d’un projet élaborés pour tous et par tous, afin de favoriser le vivre ensemble, l’engagement et la responsabilisation de chacun sur son cadre de vie.

8 . Pompes publiques

A l’instar de ce qui existe déjà à Paris et Montreuil, ce projet du budget participatif orléanais propose l’installation de pompes à air dans l’espace public, permettant — notamment — de “recharger” les pneus de son vélo (ou de regonfler son ballon de foot) gratuitement et à tout moment. L’avantage de ce projet est d’être peu coûteux, relativement simple à installer, de favoriser a priori la pratique du vélo en ville et de ne nécessiter quasiment aucune maintenance.

A noter qu’un projet du budget participatif de Courbevoie propose pour sa part une version encore plus raffinée : l’installation de bornes d’entretien et de réparation de vélos.

Recyclage

9 . Plastic’ Tram

Sur le modèle de ce qui existe déjà dans le métro de Pékin, en Chine, le projet proposé au budget participatif de Clermont-Ferrand voudrait la mise en place de compacteurs de bouteilles en plastique permettant d’obtenir un billet de tram en échange d’un certain nombre de bouteilles. Une idée simple qui vise à recycler le plastique (dans une région qui produit beaucoup d’eau minérale) et d’inciter la population à se déplacer plus fréquemment en transports en commun.

10 . Le geste recompensé

Ce projet préconise l’installation d’un kiosque facilitant le tri du plastique, du carton et du verre contenus dans les poubelles des habitants. En déposant leurs déchets dans ce containeur spécial placé au centre-ville, les habitants pourraient être récompensés en obtenant des bons d’achats dans les commerces de Magny-le-Hongre, voire de l’agglomération du Val d’Europe.

Améliorer le cadre de vie

Le budget participatif est un dispositif concret car les projets qui en sont issus améliorent directement le cadre de vie des habitants. C’est également un dispositif inclusif car notre plateforme permet une articulation fluide entre le numérique — tellement utile pour toucher des populations qui n’ont pas la possibilité de se déplacer aux réunions publiques, notamment les actifs — et les dispositifs en présentiel déployés par la collectivité. Enfin c’est un exercice pédagogique car il permet une meilleure compréhension du rôle et du travail des élus et des services au niveau budgétaire.

Comme beaucoup de sites internet, Capco permet à ses utilisateurs de se connecter à toutes ses plateformes d’intelligence collective grâce au système d’authenfication proposé par Facebook. Cette décision, que nous avons prise dès le début de l’aventure en 2014, est motivée par notre volonté de faire participer un maximum de citoyens à la décision. Aujourd’hui, de nombreux internautes se demandent s’ils doivent quitter Facebook suite à l’affaire Cambridge Analytica. Nous apportons ici quelques précisions.

Le bouton bleu Facebook Login est un mode de connexion qui présente l’avantage de ne pas obliger les internautes à remplir un formulaire de création de compte pour chaque site web qu’ils visitent. Ces boutons de connexion mutualisée font désormais partie du paysage de nos vies numériques et d’autres réseaux existent, comme celui de Google ou de Twitter. L’Etat français possède lui-même un tel projet : France Connect, qui relie déjà votre « compte citoyen » à différentes administrations, comme les impôts, la Poste ou la sécurité sociale.

L’enjeu (pour Capco, et pour d’autres) est de rendre la connexion à une plateforme de participation « séduisante ». Les concepteurs de sites web ont étudié la question (et ils sont formels) : plus un formulaire d’identification est long à remplir à l’entrée d’un site, plus la probabilité est élevée que l’internaute se démotive en cours de route et finisse… par ne pas participer. L’avantage du bouton Facebook c’est qu’il suffit de cliquer dessus et vous voici automatiquement identifié.e sur la plateforme.

Grand ménage de printemps

Chaque site web, en paramétrant ce bouton Facebook, décide lui-même des informations qu’il y récolte. C’est en partie la raison sur laquelle sont fondées les critiques vis-à-vis du géant américain, car la quantité et la variété d’informations personnelles que les internautes confient à ces opérateurs tiers sont relativement opaques. De fait, à tous ceux qui hésitent aujourd’hui à quitter Facebook, certains suggèrent d’ailleurs d’être plus rusé que le réseau social et de commencer à faire du ménage dans les dizaines, voire les centaines d’applications auxquelles vous avez donné votre consentement pour « emprunter » vos données personnelles. Il suffit notamment de supprimer l’accès pour celles dont vous ne vous souvenez plus.

Si vous avez participé à une opération menée sur une plateforme Cap Collectif (comme la Journée des bibliothèques, la consultation sur l’abaissement de la vitesse à 80 km/h, le budget participatif de la Ville du Mans ou les états généraux de la bioéthique — actuellement en cours) et avez choisi la connexion Facebook, nous conseillons de ne pas retirer l’application de votre collection, pour deux raisons :

  • Primo, comme nous l’avons déjà souligné ici et , vos données personnelles n’appartiennent pas à Capco. Elles sont contractuellement sous la responsabilité de notre client, pour qui il convient de suivre la règlementation en vigueur concernant les données personnelles — et tous nos clients aiment repecter la loi 😉
  • Secundo, les informations que notre plateforme demande à Facebook pour vous connecter en un clic se réduisent aux informations de votre profil public (donc uniquement ce que vous avez déjà décidé de rendre visible à tous) ainsi que votre adresse mail. Cette dernière permet souvent à l’organisateur de la consultation, du budget participatif, ou de toute autre projet participatif auquel vous avez contribué, de vous tenir informé.e des suites du projet. Et c’est tout.

En dehors de OAuth (le protocole d’identification utilisé par Google et Facebook) et de SAML (système utilisé principalement en entreprise, pour les instances sécurisées de nos clients), nous allons bientôt permettre la connexion via OpenAM et nous réfléchissons à l’utilisation de France Connect pour l’avenir.