Nous avons assisté récemment à une conférence autour de la question suivante : À l’ère numérique, peut-on encore débattre ?. Les réponses à cette question se placent traditionnellement sur le plan des réseaux sociaux, qui n’ont pourtant pas grand-chose à voir avec les plateformes numériques spécialisées dans la participation citoyenne. 

La violence du débat, première caractéristique des débats en ligne réseaux sociaux


Les réseaux sociaux et leurs modes de fonctionnement mènent traditionnellement à des logiques d’interpellation directe entre utilisateurs, et d’argumentations vives si ce n’est violentes dans leur modes d’énonciations. Les analyses menées sur ces débats en ligne expliquent que ces logiques découlent des formats propres aux réseaux sociaux : écriture oralisée, utilisation de pseudonymes, pollution du débat par des informations erronées (volontairement ou non), ou encore présence d’un fil de commentaires qui encouragent chacun à se répondre.

La justesse de cette analyse s’applique aux réseaux sociaux, à l’image de Facebook ou de Twitter mais aussi aux espaces de commentaire sous les articles proposés par les médias sur leur site web. Il y a quelques années, devant ce constat d’un débat en ligne impossible, nombre de médias avaient ainsi choisi de supprimer de leur site les espaces de commentaires et fermer ainsi la porte pour quelques temps au participatif.

Néanmoins, nous pensons que ces formats de débats en ligne ne doivent pas être calqués à ceux que l’on observe sur des plateformes spécialisées dans la co-construction de la décision. 

Une consultation n’est pas un débat en ligne 


D’une part, les objectifs recherchés dans le cadre d’une plateforme de participation sont bien différents : l’enjeu est ici de co-construire une politique publique (loi, rapport, etc.) et ainsi d’aider les décideurs politiques à prendre la meilleure décision – celle qui serait la plus juste et la plus efficace au regard des divers arguments et positions qui peuvent exister sur un sujet.

De ces objectifs, découlent par conséquent des modalités particulières de recueil des opinions : celles-ci sont davantage cadrées (dans la plateforme de Cap Collectif, cela passe notamment par les colonnes dédiées aux arguments pour et contre sur une proposition, et à la structure problématisée du sujet dont il est question). Cela permet aux contributions d’être synthétisées, puis analysées, afin de fournir un document d’aide à la décision à travers une cartographie des opinions exprimées. Ainsi, l’idée première n’est donc pas l’échange entre les participants, mais bien le recueil de la plus grande diversité des opinions pouvant exister sur un sujet, qui seront utiles dans l’optique de la prise de décision finale. 

Le principe des arguments “miroir” sur la plateforme Cap Collectif, en réaction aux propositions

Ces objectifs et modalités, fondamentalement différents de ceux que l’on observe dans le cadre des réseaux sociaux ou forums, aboutissent à des effets différents. L’invective entre participants est quasi-inexistante et les contributions “violentes” sont infimes, comme le montre le taux de modération moyen sur nos plateformes, de 0,01% en moyenne. 

La corbeille apparente, garante du principe de transparence dans la modération, est notamment une des modalités qui différencie une plateforme d’un réseau social et oeuvre en faveur de contributions “apaisées” 


C’est bien face au constat de l’inexistence d’outils adaptés aux objectifs de co-construction et d’aide à la décision, et face à l’inadaptation des outils dont les modalités sont calquées sur celles des forums de discussion, qu’est née l’initiative des plateformes comme la nôtre.

La forme (d’un débat) et le fond 


L’analyse des débats en ligne tels qu’on les observe sur les réseaux sociaux ne doit donc pas être calquée sur les plateformes en ligne. Cette confusion généralisée est néfaste. Nos clients (aussi bien dans le domaine public que privé), ont la plupart du temps un regard sur le numérique marqué par leur usage des réseaux sociaux. Ces derniers ont donc tendance à porter un regard méfiant sur l’idée de plateforme en ligne, avec un fort tropisme sur la question de la modération, marqué par la peur des “trolls” ou des dérapages. Pourtant, sur les plans technique et méthodologique, avec plus de 800 projets participatifs menés sur nos plateformes, tous contextes confondus (de la consultation sur la PMA aux rythmes scolaires en passant par le nucléaire), nous sommes capables de prouver que cela est un non-sujet. 

À l’inverse, ce tropisme empêche bien souvent de se concentrer sur les questions essentielles : comment stimuler la participation, comment analyser les contributions et, surtout, comment les intégrer à la décision finale ? De notre point de vue, c’est bien sur ces plans que la méthode mérite d’être encore améliorée. Se départir de la croyance selon laquelle les participants en ligne adopteront une position violente permettrait de se concentrer sur les vrais sujets et d’approfondir la méthodologie utilisée. Précisément pour faire d’internet un espace de construction et tirer parti de l’intelligence de celles et ceux qui souhaitent construire intelligemment. Pour rappel, un exercice de consultation crédible avec des règles du jeu claires pour toutes et tous est bien le premier repoussoir pour les trolls ; à l’inverse, les consultations bancales leur offrent un merveilleux terrain de jeu.

Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie des consultations citoyennes et de la démocratie participative. Ces collectivités clientes font partie d’un réseau qui leur est dédié permettant d’échanger ensemble au sujet des enjeux et problématiques communes identifiées. 

La notion de “droit de suite” s’est révélée être un sujet d’enjeu majeur pour les collectivités territoriales souhaitant garantir un retour aux citoyens et un suivi de la réalisation et de l’impact des actions réalisées dans le cadre de projets participatifs.

Lancement d’un groupe de travail


Initié par des discussions communes avec la Région Occitanie et la Métropole de Nantes, un groupe de travail a été lancé le 16 octobre 2019 avec les collectivités territoriales volontaires de notre réseau. Ce groupe de travail apparaît comme une nouvelle modalité d’échange, complémentaire aux désormais traditionnelles rencontres semestrielles du réseau des collectivités. Intitulé “Projets participatifs & Droit(s) de suite”, ce groupe de travail fera l’objet de 4 ou 5 séances de travail permettant de répondre aux questions principales entourant cette notion.

Même si la recherche d’une définition exacte serait vaine, le droit de suite peut être résumé par la garantie apportée aux citoyens d’être informés sur le long terme de l’évolution de la réalisation et de la suite donnée aux projets issus d’une démarche participative (budget participatif, appel à projets, enquête publique ou consultation notamment).

Quel périmètre pour quels engagements ?


Ce groupe de travail devra permettre de formaliser cette notion grâce à des réflexions communes sur la temporalité du droit de suite, sa terminologie, la pertinence des comités de suivi citoyen et le besoin d’animation de cette communauté, les ressources humaines et financières à déployer ou bien encore sur la traduction des besoins graphiques et techniques sur la plateforme Cap Collectif afin d’en faciliter le suivi. 

Toutes ces réflexions feront l’objet de la rédaction d’un document final à l’attention de toutes les collectivités territoriales de notre réseau qui souhaitent se saisir de cette question, essentielle dans un processus de transparence et de tenue des engagements.

« Un étudiant, c’est fait pour étudier ». Cette phrase, entendue lorsque je travaillais à Animafac de la bouche d’un président d’Université, illustre assez bien la conception que l’on a de l’enseignement en France en général, et de la place des étudiants en particulier. A l’Université, par exemple, ces derniers restent encore largement considérés comme des usagers et non comme des acteurs de la vie de leur établissement. 

A la décharge des Universités, qui ont quelques chats à fouetter, un net virage est à l’oeuvre depuis plusieurs années, dans un contexte de réformes successives qui ont largement modifié le paysage universitaire. 

Un monde en profonde mutation 


Depuis une dizaine d’années, une attention beaucoup plus forte est ainsi portée à l’animation de la vie de campus. L’arithmétique est connue et relativement simple : un campus qui est un véritable lieu de vie favorise la socialisation des étudiants et leur bien-être ; un étudiant heureux et à l’aise dans son environnement a plus de chances de réussir ses études. 

La question des engagements étudiants est, elle aussi, beaucoup plus considérée qu’elle ne l’était auparavant, même si elle l’est avant tout sous le prisme de l’employabilité. Les expériences informelles et extra-scolaires des étudiants (engagement associatif, année de césure, volontariat en service civique…) leur permettent d’acquérir des compétences précieuses pour la suite de leur parcours.

Au croisement de ces deux notions (la vie de campus et l’engagement des étudiants), se pose la question de la participation des étudiants à la vie de leur établissement. Sur ce point, la situation est peu reluisante. Le taux de participation aux élections étudiantes est chroniquement faible (10% en moyenne) et les espaces de dialogue et de co-construction en dehors des instances électives restent marginaux. 

Face à cette situation, certains établissements ont pris les devants et lancé des démarches de consultation ambitieuses auprès de leur communauté. Depuis un peu plus d’un an, ce sont ainsi 8 établissements qui ont sollicité les services de Cap Collectif.

“Je crois que cela n’aura échappé à personne, nous vivons actuellement dans un monde en pleine transformation…” témoigne Céline Roy Goupil, cheffe de projet communication digitale de la future Université Gustave Eiffel. “Face aux enjeux sociétaux qui sont devant nous, les personnes, sur un plan individuel, ont un besoin accru de pouvoir s’exprimer et même de participer à la construction de nouvelles solutions. Utiliser la plateforme de Cap Collectif  nous ouvre énormément de possibilités pour faire avancer les projets en mode « co-construction ». C’est une attente forte de nos personnels et étudiants, et une opportunité pour les managers et dirigeants”.

Ouvrir les réflexions à l’ensemble de la communauté universitaire


Si le dispositif spécifique du budget participatif étudiant a sans doute de beaux jours devant lui (voir l’article que nous y consacrons dans ce dossier), les projets participatifs menés par les établissements d’enseignement supérieur vont au-delà. Ainsi, l’Université de Rennes et celle de Nanterre ont été les premières à nous solliciter, pour des consultations portant sur leur projet d’établissement

Une démarche ambitieuse car l’impact de ce type de consultation stratégique est difficilement mesurable pour les participants, qui n’y voient pas de débouchés tangibles ni immédiats, a fortiori pour des étudiants dont le temps sur les bancs de la fac est (normalement) compté.  

Les contextes de l’Université de Rennes et de l’Université de Nanterre étaient par ailleurs particuliers : l’UniR est un regroupement d’établissements (ce qui ajoute un niveau de complexité supplémentaire), tandis que Nanterre connaissait une nouvelle situation de blocage.

Un pari néanmoins gagnant pour ces deux établissements qui ont su mobiliser à la fois étudiants, enseignants-chercheurs et personnels sur des axes stratégiques pour leur avenir.


Infographie réalisée par l’équipe projet de l’Université de Rennes suite à la consultation menée sur le projet stratégique de ce regroupement d’établissements

Ces deux universités ont d’ailleurs depuis inscrit leur démarche dans la durée, avec le lancement de nouveaux projets (lire par exemple le cas d’usage détaillé de l’Université de Nanterre).

Quels sont les types de projets menés par nos établissements clients ?
4 universités ont consulté la communauté sur leur stratégie ou sur leur projet d’établissement (UniR, Unistra, UPEC, Paris Nanterre). Les autres établissements ont consulté sur des thématiques aussi diverses que l’environnement (Science Po), le numérique (Sorbonne Université) ou encore la création d’un parlement étudiant (future Université Gustave Eiffel). 2 ont lancé leur premier budget participatif en ligne
(Universités Paris Nanterre et Lumière Lyon 2).

Entretenir une dynamique participative


Réussir à entretenir une dynamique participative est d’ailleurs l’un des principaux défis des établissements désireux de faire évoluer leur mode de décision vers plus de transparence et d’inclusion. En effet, si les démarches et outils collaboratifs sont destinés à endiguer les phénomènes puissants de défiance et de démobilisation qui touchent les institutions, ils ne produisent des bénéfices pérennes (efficacité, adhésion, mobilisation, confiance) qu’à deux conditions : un engagement sur la durée et en profondeur

Pour relever ce défi avec nos établissements clients, nous avons récemment lancé un réseau d’échanges d’expériences et de bonnes pratiques pour travailler ensemble sur des problématiques communes. Une première réunion s’est tenue en juin et a notamment permis d’aborder la question de la mobilisation du public étudiant. Une deuxième est programmée cet automne. On a hâte.



Voir les autres articles du dossier :

Très prisé des collectivités territoriales, le budget participatif a fait une apparition récente au sein des universités. L’Université de Rennes 2 et l’Université de Tours (en partenariat avec Animafac) ont été les premières à se lancer en 2017.

 Depuis, 8 autres établissements ont mis en place un budget participatif étudiant (BPE) ou sont sur le point de le faire, dont 6 sur la seule année 2019.

Université Année de
lancement 
Budget alloué Budget moyen / étudiantModalités de
financement
Rennes 2201734 000 € 1,55 €FSDIE
Tours201720 000 € Le BPE concerne un campus de l’Université
chaque année
Université +
CROUS Orléans-Tours
Grenoble Alpes201837 000 € 0,82 €n/a
Toulon201811 500 € 1,21 €FSDIE
Paris 13201920 000 €0,83 €n/a
Sorbonne201930 000 €0,56 €FSDIE
Nanterre201950 000 €1,38 €CVEC
Lyon 2201940 000 €1,33 €CVEC
Lille (à venir)2019n/an/an/a
Reims
Champagne Ardenne
(à venir)
2019n/an/an/a

Tableau comparatif des Universités mettant en place un BPE – @CapCollectif

Booster la vie de campus


Le BPE, qui consiste à affecter un budget spécifique à la réalisation de projets proposés et choisis par les étudiants (et les personnels), constitue un puissant levier d’action pour renforcer le sentiment d’appartenance des étudiants à leur établissement et proposer des aménagements ou des animations de campus qui répondent à leurs besoins.

“Pour nous, l’objectif premier du budget paticipatif réside dans l’appropriation du campus par les étudiants de l’Université. C’est très important qu’ils s’en sentent acteurs, et qu’ils le transforment à leur image, en fonction de leurs besoins.” confirme ainsi Carole Fournel, responsable du service vie étudiante de l’Université de Lyon 2. 

Verdir le campus, réduire le gaspillage, créer de nouveaux espaces ou en aménager d’autres, renforcer la solidarité entre les étudiants… Les thématiques peuvent être diverses, mais les projets toujours concrets.

Exemples de projets déposés dans le cadre du budget participatif de l’Université de Nanterre

Autre avantage : la somme allouée aux BPE est généralement suffisamment significative pour que les étudiants proposent des projets structurants, sans pour autant engager l’université dans des travaux d’aménagement lourds – et donc longs. Un participant étudiant a donc plus de chances de voir son projet aboutir à un moment où il sera encore sur les bancs de la fac.

Vous hésitez à franchir le pas ? Voici quelques (bonnes) raisons de mettre en oeuvre un BPE dans son établissement.

5 bonnes raisons de mettre en oeuvre un BPE


1. Un dispositif balisé  


La mécanique d’un budget participatif en ligne est désormais bien huilée. Un séquençage en étapes (dépôt des projets – analyse – vote – suivi de réalisation) et un règlement garantissent des règles du jeu claires pour tous. En cela, l’exercice est à la fois plus sécurisant pour l’organisateur et plus crédible pour un participant qu’une consultation qui serait mal maîtrisée.

La CVEC (Contribution de Vie Étudiante et de Campus), instaurée par la Loi ORE, offre par ailleurs une modalité de financement intéressante de ce dispositif.

2. Un dispositif impactant 


Un BPE permet de recueillir des idées concrètes qui améliorent les conditions de vie sur un campus dans des délais relativement courts. Il contribue plus largement à faire des campus de véritables lieux de vie, investis par les membres de la communauté universitaire, plutôt que de simples lieux de passage (voir l’article La démocratie participative gagne les campus sur les enjeux liés à la vie de campus et à une meilleure socialisation étudiante).

3. Un dispositif pédagogique 


Un BPE permet aux étudiants de mieux saisir le contexte dans lequel ils évoluent en leur donnant des clés de compréhension sur un point particulier du fonctionnement de leur établissement : le budget. 

La phase d’analyse permet également aux services d’expliciter leur évaluation, par l’intermédiaire d’une réponse officielle publique.

Un exemple de réponse officielle de la Ville de Rennes 
(avec une faute d’orthographe, oui, mais cela arrive à tout le monde. Toi-même tu sais.)

4. Un dispositif qui favorise le décloisonnement 


Un BPE concerne les différents campus d’un même établissement (voire les différents établissements d’un même regroupement) et l’ensemble des UFR. Il est aussi le plus souvent ouvert aux personnels et aux enseignants-chercheurs en plus des étudiants, avec pour mérite de créer un cadre réflexif commun pour améliorer les conditions de vie et de travail sur le campus.

Le décloisonnement concerne aussi les services de l’Université, dans leur fonctionnement interne. Ces derniers sont en effet amenés à collaborer au moment de l’analyse des projets. C’est un effet de bord méconnu mais bien réel des budgets participatifs, au sein des collectivités comme des universités (lire à ce sujet l’interview éclairante du directeur du développement social et urbain de la Ville de Clermont-Ferrand). 

5. Un dispositif citoyen… qui en appelle d’autres ? 


Suite logique du premier point de ce topito, le budget participatif peut être une première incursion réussie dans le domaine de la démocratie participative. Consultation sur la stratégie de développement durable de votre campus, votation sur le nom d’un établissement issu d’une fusion, création d’un droit d’interpellation des étudiants… Les perspectives ne manquent pas pour qui sait qu’une démarche de participation doit s’inscrire dans le temps pour en produire tous les bénéfices.



Voir les autres articles du dossier :

Carole Fournel est responsable du Service Vie étudiante de l’Université Lumière Lyon 2, qui lancera son premier budget participatif dans quelques jours !

Cap Collectif : L’université Lumière Lyon 2 lance son premier budget participatif étudiant (BPE) en cette rentrée 2019. Comment est venue l’idée du BPE ? 

Carole Fournel : L’idée du budget participatif est venue dans un contexte où nous nous interrogions sur la manière dont on peut associer beaucoup plus les étudiants dans la programmation des animations qui sont sur le campus, dans la vie de la Maison de l’Étudiant, etc.

J’ai assisté à une réunion de travail entre plusieurs universités, grâce au Réseau national Vie étudiante. J’ai eu à cette occasion un retour d’expérience des universités de Tours et de Rennes II, et je me suis dit que c’était super ! Le BPE semblait être un dispositif qui pouvait être mis en place chez nous. J’ai donc gagné beaucoup de temps dans l’assimilation de ce qu’est ce dispositif, parce qu’il y a vraiment eu un très fort partenariat avec ces deux universités pour transmettre les éléments et la manière dont ils avaient travaillé. Cela m’a permis de faire avancer facilement le sujet au niveau de l’Université Lyon 2. 

Par ailleurs, nous avons à Lyon 2 une équipe présidentielle qui est très ouverte sur ces démarches de démocratie participative. Le contexte était donc favorable sur plusieurs points.

Quel est selon vous l’intérêt d’un tel dispositif pour les étudiants ? 

Pour nous, l’objectif premier réside dans l’appropriation du campus par les étudiants de l’Université. C’est très important qu’ils s’en sentent acteurs, et qu’ils le transforment à leur image, en fonction de leurs besoins. 

Comment avez-vous été accompagnée par Cap Collectif ? 

Dans un premier temps, Cap Collectif a permis d’apporter une visibilité sur l’ossature des différentes étapes qu’on allait devoir traverser dans la construction du projet. Ça donne vraiment le squelette, une structuration de la gestion de projet, et c’est vraiment important lorsque l’on démarre.

Par la suite, nous avons été accompagnés sur de nombreux points. Par exemple sur la  rédaction du règlement, sur lequel Cap Collectif a insisté : finalement, on commence à comprendre pourquoi c’était si important. Nous avons aussi été accompagnés dans le cadrage, ou encore dans le benchmark que Cap Collectif a pu faire par ailleurs sur des règlements d’autres universités… Tout ça nous a fait gagner du temps.

Enfin, cet accompagnement a été utile sur la manière de mobiliser les services de l’Université, en les associant en amont de la démarche (via l’organisation d’un séminaire entre les services notamment). Cette mobilisation des services nous a permis de leur montrer que le BPE est un dispositif qui a été mis en place ailleurs et que ça marche !

À votre avis, le BPE peut-il être une première étape vers davantage de participation, ou via d’autres modalités ?

On voit vraiment le budget participatif comme un dispositif qui peut être plus facile ou plus attractif que d’autres, pour ensuite aller vers des processus participatifs plus réflexifs. 

On teste aussi beaucoup de choses à côté, avec l’espoir de trouver les bons outils suite à ces expérimentations. Par exemple, on réfléchit en ce moment à mettre en place une sorte de comité d’usagers de la Maison de l’Étudiant. La Maison de l’Étudiant, c’est à peu près 400 étudiants par jour qui viennent pour des choses diverses. Actuellement, on essaie de s’interroger : comment on créé une culture, une communauté ? Ces étudiants viennent souvent, et pour le moment ils viennent plutôt prendre du service, ce qui est très bien, c’est fait pour. Mais comment arrive t-on à les faire basculer aussi en tant qu’acteurs de ces services ? 

L’objectif est d’acquérir cette année un peu d’expérimentation, et d’en tirer les conclusions en fin d’année.



Lire les autres articles du dossier :

Visuel Nanterre

Cas d’usage – Université de Nanterre

Nanterre infographie 2

Contexte du projet

Au printemps 2018, un vaste mouvement étudiant s’organise en France contre la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants. Ce mouvement conduit à des blocages dans certaines universités françaises, dont l’Université Paris Nanterre. Après des semaines de mobilisation, la Présidence de l’Université a souhaité renouer un dialogue serein entre les différentes parties prenantes de sa communauté universitaire (étudiants, enseignants-chercheurs, personnels), en mettant à disposition une plateforme numérique de participation. L’objectif était d’aboutir à des propositions concrètes pour construire le projet d’établissement et le soumettre au Ministère de l’Enseignement Supérieur dans le cadre de la négociation contractuelle entre l’Université et le Ministère.

Il s’agit de la première université française à avoir expérimenté la consultation numérique de sa communauté pour élaborer son projet d’établissement.

Les principales étapes de la démarche de concertation

Etape 1 : rédaction des pistes de réflexion initiales de la consultation (juin 2018)

En amont de la consultation, l’équipe présidentielle a travaillé sur des propositions d’actions à soumettre à la communauté au lancement de la consultation. La consultation était structurée autour de sept thématiques :

  1. L’accès à l’enseignement supérieur
  2. Les parcours de la réussite étudiante
  3. Lieux et formes de travail et d’études
  4. La recherche
  5. Le modèle économique
  6. La vie de campus
  7. La démocratie universitaire
Illustration 1
Exemples de pistes de réflexion initiales rédigées par l’équipe présidentielle dans la catégorie “La vie de campus”

Etape 2 : pré-ouverture de la plateforme auprès des instances élues (début juillet 2018)

Avant son ouverture officielle, la présidence de l’Université a souhaité réaliser une “pré-ouverture” de la plateforme auprès des instances élues. L’objectif était d’améliorer la qualité des contenus initiaux de consultation auprès d’un public expert, ainsi que de crédibiliser la démarche auprès de la communauté universitaire afin de démontrer qu’il ne s’agissait pas d’une consultation de la présidence mais d’une consultation de la communauté universitaire initiée par la présidence.

A l’occasion de cette pré-ouverture, les membres des instances élues ont pu tester la plateforme et ses fonctionnalités en avant-première et participer à la consultation en réagissant aux pistes de réflexion initiales ou en proposant des idées complémentaires. Cette étape a permis de rassurer les élu.es sur l’outil utilisé ainsi que sur le processus choisi pour cette première expérimentation de consultation.

Etape 3 : phase de consultation en ligne et hors ligne (11 juillet – 21 septembre 2018)

La consultation s’est déroulée du 11 juillet au 21 septembre 2018 sur la plateforme numérique et lors d’ateliers déployés sur le campus. Sur la plateforme, chaque participant.e avait la possibilité de déposer de nouvelles propositions, d’argumenter sur les différentes propositions (pour ou contre) et de s’exprimer par un vote (d’accord, mitigé, pas d’accord).

Etape 4 : réalisation de la synthèse en lien avec le comité de suivi (24 septembre – 15 octobre 2018)

Pour la réalisation de la synthèse de la consultation, un comité de suivi a été créé afin de garantir la neutralité et la transparence de cette étape. Le comité de suivi était ainsi composé d’un.e représentant.e de chaque liste élue dans les organes décisionnaires de l’Université.

Cette synthèse a ensuite été présentée et discutée au sein des instances élues qui ont décidé de retenir certaines propositions issues de la consultation dans le projet final de l’établissement.

Etape 5 : rédaction du projet d’établissement et validation par les conseils (16 octobre – 19 novembre)

A partir des propositions retenues lors de la consultation, l’équipe présidentielle a rédigé un projet d’établissement visant à présenter au Ministère les principaux axes stratégiques de l’Université pour les quatre prochaines années (2020-2024).

Etape 6 : mise en oeuvre des actions stratégiques (novembre 2019 – rentrée 2020)

Certaines actions retenues pourront avoir une application dès la rentrée 2019 (c’est par exemple le cas de la mise en place d’un budget participatif) tandis que d’autres actions devront attendre la validation du contrat d’établissement par le Ministère, afin d’obtenir les financements nécessaires à leur mise en oeuvre.

Rôle et accompagnement de Cap Collectif tout au long de ce projet

L’Université Paris Nanterre a souhaité recourir aux prestations d’accompagnement de Cap Collectif pour la mise en place de sa démarche de concertation. Cet accompagnement visait notamment à :

  • Définir un processus de consultation crédible, susceptible de convaincre l’ensemble des parties prenantes de l’Université, dans un climat de tensions et de revendications
  • Accompagner les différentes instances élues dans l’appropriation d’une démarche nouvelle, les rassurer sur le déroulement du processus et leur garantir la mise en oeuvre de tous les moyens nécessaires à la bonne réalisation d’une telle consultation.

En première phase, Cap Collectif a accompagné l’équipe présidentielle dans la conception du processus de consultation, c’est-à-dire la définition des différentes phases du projet et leurs enjeux. L’accompagnement visait notamment à partager les différents facteurs clés de succès d’un projet de consultation identifiés par Cap Collectif lors de précédentes expérimentations, tout en prenant en compte des spécificités du projet de l’Université Paris Nanterre.

En s’appuyant sur les précédentes opérations menées sur la participation et l’ouverture de la gouvernance d’une organisation, Cap Collectif a également été présent aux côtés de l’équipe présidentielle pour organiser la pré-ouverture de la plateforme auprès des instances élues et répondre à leurs interrogations.

illustration 2

Les principaux enseignements du projet

La phase de participation aura, au final, duré 10 semaines en ligne et sur le campus. Au total, près de 500 contributions et 3000 votes ont été déposés sur la plateforme.

Plus de la moitié des contributeurs ont déclaré participer en tant qu’étudiant et les enseignants-chercheurs et les personnels représentaient chacun 15% des contributeurs.

Ce projet est désormais considéré comme la première phase d’une démarche plus globale de modernisation de la gouvernance de l’Université, souhaitant aller vers plus de transparence et de participation. A ce titre, les premiers axes stratégiques du projet d’établissement mettent en avant la mise en place d’un budget participatif auprès de l’ensemble de la communauté universitaire ainsi que l’inscription “dans les statuts du principe d’une consultation large de la communauté (type plateforme numérique) préalable à l’adoption du projet quinquennal d’établissement par les instances

Le budget participatif de l’Université a été lancé le 18 avril 2019.

Il y a quelques jours, nous vous avons présenté notre API publique. Une Application Programming Interface est une interface vous permettant de générer des données depuis une plateforme. Imaginez-vous un menu de restaurant. Grâce à la liste proposée dans ce menu, vous échangez avec la cuisine et choisissez vos plats. Une fois votre choix fait, vous êtes servi. L’API fonctionne de la même façon. 

Cette interface vous permet donc d’exporter des fichiers Open Data, à partir de votre plateforme, d’intégrer ces données à d’autres outils ou encore de synchroniser des applications existantes avec votre plateforme. Vous choisissez votre jeu de données, vous l’exportez et vous voilà servi. Comme au restaurant. 

Notre API a été pensée dès les débuts de Cap Collectif, mais a d’abord été développée pour l’interne. Avec le temps, et en parallèle d’une demande de nos collectivités clientes comme Nantes, son ouverture a été envisagée. Cette ouverture a demandé du temps car il ne s’agit pas d’activer un simple bouton : sans documentation claire et fournie et sans stabilité dans son évolution, cette interface s’avèrerait inutilisable et donc inutile. De plus, la création d’une API nécessite de prévoir un certain nombre de contraintes afin de définir comment, quand et à quoi les autres plateformes pourront accéder. 

Pourquoi a-t-on voulu créer une API publique ? 

Nous pensons que la participation citoyenne et l’Open Data sont des alliées. Les données fournies grâce à l’Open Data peuvent ainsi alimenter un cercle vertueux de participation. On vous détaille cette idée en fin d’article mais d’abord revenons sur le concept d’open data.

L’Open Data, c’est quoi ? 

Prenons un petit temps pour vous présenter l’Open Data (ou “données ouvertes”). 

Les données dites ouvertes sont des données accessibles et utilisables par tous les citoyens, et ce gratuitement (à ne pas confondre avec l’Open source, on vous en parlait ici).  

Pour être considérées comme ouvertes, celles-ci doivent répondre à plusieurs critères et être : 

  • complètes : les données mises en ligne doivent représenter l’intégralité des données collectées par l’organisation les mettant à disposition
  • brutes : ces données doivent être disponibles dans leur version primaire et ne pas avoir été soumises à des traitements ou mises en forme
  • accessibles : aucun enregistrement et inscription ne doivent être nécessaires pour accéder aux données
  • exploitables : les données doivent pouvoir être lues et exploitées automatiquement par une machine
  • sous licence ouverte : la transformation, combinaison et réutilisation des données doivent être autorisées, et même à des fins commerciales 

Du côté des collectivités et des organismes publics, l’ouverture des données est obligatoire depuis 2016. 

Et concrètement ? 

Un jeu de données peut être une liste d’équipements, un agenda, un rapport financier, un plan des infrastructures ou une carte d’un territoire, un rapport sur la pollution de l’air, comme la liste de tous les prénoms donnés aux enfants nés dans une collectivité en 2018. Tous les types de données sont donc concernés, sauf celles comportant des informations confidentielles et personnelles. 

Quel lien avec la participation ?

Les enjeux de l’Open Data sont multiples. En donnant à interagir avec les données et en abolissant la complexité technique pour les récolter, l’Open Data permet ainsi de démocratiser l’utilisation de la donnée et de moderniser les pratiques. C’est aussi une source d’innovation et de création de nouveaux outils, usages ou services, construits grâce à une meilleure compréhension d’un territoire, d’un public ou d’une organisation. 

Un des enjeux principaux de l’Open Data concerne également la transparence. La demande d’ouverture des données s’inscrit dans l’Open Gov, qui promeut la transparence de l’action publique et son ouverture à de nouvelles formes de concertation et collaboration avec la société civile, donc de participation citoyenne (c’est ici qu’on intervient). Open Data et participation sont deux des piliers du projet de démocratie ouverte. 

Schéma des piliers de la démocratie ouverte

Dans ce sens, Open Data et participation des citoyens se rejoignent. Elles visent toutes les deux à mieux conduire l’action publique, par la transparence et l’inclusion des citoyens, tout en transformant les processus décisionnels. 

Elles ont donc un objectif commun, auquel l’API publique contribue en permettant aux citoyens de vérifier en temps réel que des contributions ne sont pas censurées sur une plateforme de consultation en ligne. 

Un cercle vertueux 

Indépendamment de leur objectif commun, l’open data et la participation peuvent s’alimenter l’une l’autre. Quelques exemples concrets, en amont et après un projet participatif :  

  • Utiliser les données en amont d’un projet participatif vous permet de créer un processus adapté à vos besoins. 

Vous avez un projet de Plan Climat ? 

Partagez votre diagnostic environnemental, votre plan routier, vos données sur la gestion des déchets et l’historique des actions que vous avez déjà menées ou que vous souhaitez mettre en place. 

Les citoyens seront mieux armés pour participer. Avec davantage d’informations, ils seront à même de mieux comprendre le projet et ses enjeux, et pourront proposer des contributions potentiellement plus pertinentes et fondées.  

  • Utiliser les données issues d’un projet participatif. Vous pouvez par exemple : 
    • Organiser un hackathon comme pour le Grand Débat national (et toujours grâce à notre API), lors duquel les données issues de la plateforme ont été traitées et analysées afin d’étudier les participants et leurs contributions 
    • Créer de nouvelles visualisations de données, croisées et traitées à des niveaux plus fins 
    • Assurer une synchronisation de vos différents services et plateformes web
    • Afficher des compteurs de participation en temps réel pour animer vos ateliers en présentiel, comme le fait la Ville de Rennes lors de la phase de vote de son budget participatif
  • A l’issue d’un projet participatif, l’Open Data participe également à la crédibilité d’une démarche participative. Elle permet d’assurer à tous que les contributions n’ont pas fait l’objet de manipulations et que les règles du jeu ont bien été respectées.

Une alliance à créer

Si l’Open Data et la participation sont proches, leur utilisation en commun n’est pas si évidente. 

En pratique, et dans les services, les deux sujets peuvent être vus comme des thématiques assez hermétiques : les personnes en charge de la participation ignorent souvent tout des sujets et projets de celles en charge de l’Open Data, et inversement. Une collaboration entre les services doit donc se faire, afin que les initiatives partagées puissent se multiplier. Tout cela ne sera possible que grâce à une bonne compréhension et un portage de la part des décideurs, qui sont encore trop peu nombreux à s’y intéresser. 

Un travail de pédagogie est également nécessaire : 

  • Pédagogie destinée à tous, pour présenter l’Open Data et son lien avec la participation : les données ouvertes sont encore méconnues de beaucoup de citoyens, et utilisées par un petit nombre d’experts. 
  • Pédagogie destinée aux participants de vos futurs projets, de compréhension des jeux de données : les données brutes peuvent être incompréhensibles pour une bonne partie des citoyens. Des visualisations, éditorialisations ou autres informations semblent donc indispensables afin que ces données soient mieux appréhendées par tous les participants. 

On aura donc pris un peu de temps pour vous présenter cette API et toutes les possibilités qu’elle vous offre. Et on en est assez fier (pas du temps, mais de l’API). À vous maintenant de l’utiliser pour créer d’autres projets et d’autres outils et continuer le cercle vertueux de l’Open Data et de la participation citoyenne. 

Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui leader des budgets participatifs en France, nous avons réalisé une étude statistique auprès de nos collectivités clientes, dont nous vous partageons dans ce dossier les principaux enseignements.


Jean-Damien Colombeau, directeur du Développement Social et Urbain de la Ville de Clermont-Ferrand, réagit à notre étude « 4 années de budgets participatifs à Capco ».

Question : Qu’est-ce qui a poussé la Ville de Clermont-Ferrand à mettre en place un budget participatif ?

Le Maire élu en 2014 a souhaité moderniser les politiques publiques existantes, en y associant les habitants. De grandes concertations ont été lancées en début de mandat, comme les Etats généraux de la culture, le Projet éducatif Ville… Un chantier de refonte de la participation à Clermont-Ferrand a ensuite été initié, avec l’idée de privilégier les démarches participatives aux instances de participation. Nous avons mis en place un certain nombre d’instances bien sûr, mais nous avons fait le choix de concentrer l’énergie des services sur des démarches de participation nouvelles, dans l’objectif de toucher un public élargi et de travailler différemment en interne. Le lancement de notre budget participatif début 2018 s’inscrit dans cette dynamique.

Comment le projet a-t-il été reçu par les services ? 

Il a fallu argumenter mais on a affaire à des agents qui sont sensibles à ce type de démarches. Il y a une vraie évolution culturelle à l’oeuvre, y compris au sein des services techniques. Les agents aussi voient bien qu’on ne peut plus fonctionner comme avant, ils aspirent à faire des choses plus utiles pour les habitants, plus reconnues. L’accueil réservé au budget participatif a donc été bienveillant. 

La mise en oeuvre de projets lauréats a même été un élément de motivation pour certains agents, car il s’agissait de projets assez semblables à des projets qu’eux-mêmes avaient porté en interne, mais qui n’avaient alors pas été retenus. 

“Les agents aussi voient bien qu’on ne peut plus fonctionner comme avant.”

Au sein de l’équipe projet, on s’est questionné sur la perception que pouvaient avoir les agents de l’impact du budget participatif sur leurs missions. Car au final, le budget participatif est un dispositif de « mise à l’agenda ». On savait donc que les services techniques allaient être impactés. Mais cela restait théorique. C’est devenu concret au moment de la phase d’étude de faisabilité. Là, on est entrés dans le vif du sujet en termes de transversalité. 

Pouvez-vous détailler ce point sur la transversalité induite par le budget participatif ? 

Il y a eu une évolution en cours de projet sur les types de compétences que nous devions déployer. Au début du projet, nous étions dans un schéma classique de mobilisation de la population, durant laquelle nous avons communiqué, organisé des réunions ou des ateliers de travail… Au moment de l’analyse des projets, nous avions plus besoin de profils du type “chef de projet” pour mettre les différents services autour de la table, fixer des calendriers, organiser la transversalité. 

Ce qui est intéressant dans une démarche telle que le budget participatif, c’est que les habitants ne se soucient pas des découpages entre services et encore moins entre institutions. De fait, la quasi totalité des projets lauréats sont des ovnis dans le sens où ils ne rentrent pas forcément dans une case et impliquent différents services. Or, il faut bien rendre ces projets concrets. Pour moi, il existe un lien très fort entre les politiques de participation citoyenne et la remise à plat des manières de faire dans les services, car dès lors qu’on met l’usager au centre, ça nous oblige à mettre en place de nouvelles méthodologies. 

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Cyril Lage, président de Cap Collectif, réagit à notre étude « 4 années de budgets participatifs à Capco ».

Question : Le budget participatif connaît un beau succès ces dernières années. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Pas vraiment. A vrai dire, lorsque l’on a créé l’application de budget participatif en 2015, j’étais à l’époque moyennement convaincu par l’intérêt d’un tel dispositif, car il ne portait que sur une petite proportion du budget d’investissement. Par rapport au volume global du budget d’une collectivité, on était sur un trait de crayon.

Ce dont je me suis rendu compte à l’usage, c’est que contrairement à beaucoup d’autres projets participatifs de type consultation ou enquête, qui malheureusement ont bien souvent du mal à faire le lien entre la participation et la décision, il n’y a pas de doute possible dans le cas du budget participatif. Les projets mis en oeuvre sont des projets qui sont à l’initiative des acteurs du territoire, des citoyens, proposés et votés par eux. On est dans une vraie démarche du partage du pouvoir, même si c’est sur une portion congrue. On serait presque tenté de dire : heureusement qu’il y a le budget participatif pour concrétiser la promesse du participatif aujourd’hui !

Nous constatons d’ailleurs une forte accélération ces 2 dernières années : parmi nos 45 collectivités clientes, 1 collectivité sur 2 met en oeuvre un budget participatif. Ce dispositif commence également à essaimer au sein des entreprises et des universités avec lesquelles nous travaillons. 

Comment a été conçue l’application de budget participatif ?

Nous avons répondu à un appel d’offre de la Ville et Métropole de Rennes en 2015. Nous leur avons proposé de développer l’application de budget participatif avec les mêmes exigences que celles que nous avions pour l’application de consultation. Nous avons notamment formalisé une approche en étapes (dépôt des projets – analyse – vote – suivi de réalisation des projets lauréats), qui tend à devenir un standard aujourd’hui. 

Cette approche et notre niveau d’exigence facilite en partie la participation du public dont on sait, malgré les études sur les intentions de participation, qu’elle est difficile à assurer. Le chiffre de 2,7 % de participation en moyenne pour les budgets participatifs menés en est la preuve, même si ce chiffre serait plus élevé s’il était ramené au corps électoral. Il est difficile de faire participer le public, même dans les conditions pourtant idéales du budget participatif, qui assure une vraie prise en compte des attentes des citoyens.

“Le budget participatif amène du décloisonnement”

Ce chiffre illustre l’enjeu et le défi de tous ceux qui prônent et qui oeuvrent au développement de la participation citoyenne : l’élargissement de la base des participants. Mais il faut aussi faire preuve de réalisme : considérer que l’objectif est de faire participer tout le monde est un leurre qui nous réduirait à l’impuissance. Si l’on pense que la participation perd en ambition et en puissance si les participants ne sont pas représentatifs, on accepte alors l’idée de ne faire entrer les citoyens dans le processus de l’élaboration des politiques publiques que s’ils viennent tous, et en même temps. Je pense qu’à un horizon de dix ans, on ne peut pas avoir pour ambition d’aller au-delà de 20 à 25% de la population qui participe à des projets tels que ceux-ci.

Le budget participatif a t-il selon vous d’autres impacts qui ne sont pas traités dans l’étude ? 

Il y a un impact peu visible mais déterminant sur les modes d’organisation au sein des collectivités. Les collectivités sont souvent l’archétype d’un modèle pyramidal et vertical, avec un faible niveau de collaboration entre les services. Le budget participatif amène du décloisonnement, car l’analyse des projets par les services suppose de travailler en transversalité.

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Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui leader des budgets participatifs en France, nous avons réalisé une étude statistique auprès de nos collectivités clientes, dont nous vous partageons dans ce dossier les principaux enseignements.


L’aventure de Cap Collectif avec le budget participatif commence en 2015. Cette année-là, nous remportons l’appel d’offre de la Ville de Rennes pour sa “Fabrique citoyenne”, comprenant notamment la conception d’une application de budget participatif.

Pour rappel, le budget participatif permet d’associer les habitants à la transformation d’un territoire. En effet, il offre l’opportunité à une collectivité territoriale, quelle que soit sa taille, d’affecter une partie de son budget à la réalisation de projets proposés et choisis par les habitants.

A ce jour (juillet 2019), Cap Collectif accompagne 27 collectivités avec son application de Budget Participatif, dont 22 ont mené au moins une édition complète sur la plateforme. 

L’occasion pour nous de réaliser une étude permettant de faire ressortir quelques chiffres-clés sur la mise en oeuvre d’un dispositif de plus en plus populaire dans les territoires.

Cet article a été rédigé grâce au travail mené par Pierre Le Serrec, en stage chez Cap Collectif au mois d’avril 2019.

Les pratiques majoritaires des collectivités

Chez Capco, le budget participatif se construit autour de différentes étapes : Dépôt des projets – Analyse par les services – Vote – Annonce et suivi de réalisation des projets lauréats.

A partir d’une comparaison des règlements des budgets participatifs, voici quelques pratiques majoritaires observées aux différentes phases d’un budget participatif. 

Critères de recevabilité 

La quasi totalité des collectivités refuse les projets impliquant des dépenses de fonctionnement directes. 

Autres points communs largement partagés : 

  • l’instauration d’une condition d’âge à la participation (16 ou 18 ans)
  • l’instauration d’un montant maximum par projet déposé (mais pas de projets maximum par participant)
  • l’instauration d’un délai maximum de réalisation des projets déposés

Ces deux derniers critères tendent à renforcer l’impact assez immédiat du budget participatif dans le quotidien des habitants, en s’assurant de la réalisation relativement rapide des projets déposés. 

Modalités de vote : prime à la simplicité

La plateforme de Cap Collectif permet aux collectivités de choisir parmi différentes modalités de vote possibles : 

  • le vote “simple” (je vote pour les projets qui me paraissent intéressants, éventuellement avec un nombre de votes total limité)
  • le vote par “panier” (je vote pour les projets qui me paraissent intéressants mais le coût de réalisation de ces projets ne peut pas dépasser l’enveloppe globale affectée au budget participatif)
  • le vote par classement (je vote pour un nombre limité de projets et les classe par ordre de préférence)

L’étude fait apparaître que le vote simple est très majoritairement utilisé. Le vote par panier et, plus encore, le vote par classement, restent des exceptions.

Un choix qui conforte notre conviction, que nous rappelons régulièrement : en matière de participation, la simplicité est une règle d’or

A noter que la Ville de Lille propose une modalité particulière puisqu’elle fait intervenir dans le processus de vote un jury citoyen composé de 12 citoyens tirés au sort parmi les votants de la phase de présélection.

Enfin, si l’organisation d’un vote papier en plus du vote en ligne est fréquente, elle n’est pas non plus systématique. 

Garantir un équilibre territorial : une priorité dans les grandes villes

La question de l’équilibre territorial, c’est-à-dire le fait d’assurer que chaque quartier d’un territoire bénéficie du dispositif, est une règle majoritaire dans les grandes villes. Afin de réaliser des projets dans tous les quartiers de la ville, la collectivité s’engage généralement à mettre en oeuvre au moins un projet par quartier (celui qui obtient le plus de voix). 

Les projets qui obtiendront le plus de voix seront désignés comme lauréats. Afin de favoriser la réalisation de projets dans tous les quartiers, la Ville s’engage toutefois à mettre en œuvre les deux premiers projets qui auront obtenu le plus voix dans chacun des 12 quartiers.” 

Extrait du règlement de la Métropole de Rennes.

Réalisation des projets lauréats : un suivi déficient ? 

Il y a en réalité peu d’informations disponibles à cette phase du projet, pourtant particulièrement importante pour la crédibilité du processus. L’explication personnalisée aux porteurs de projet sur la recevabilité ou non de leur projet est également minoritaire. Sans doute un point à approfondir afin d’identifier les freins à ce “droit de suite” au sein des collectivités.

Les thématiques les plus prisées

Les ⅔ des projets lauréats d’un budget participatif portent sur :

  • l’aménagement des espaces publics (mobilier urbain et valorisation du patrimoine)
  • la nature en ville (espaces verts et biodiversité)

Viennent ensuite les projets culturels, sportifs ou de loisirs (20%).

Les projets lauréats sont principalement des actions d’aménagement, d’installation ou de rénovation. Une conséquence assez logique du choix des collectivités de ne considérer comme éligibles que les projets d’investissement, par opposition aux projets qui impliquent des frais de fonctionnement.

D’un territoire à l’autre, un certain nombre de projets reviennent de manière récurrente, et notamment :

  • La rénovation d’un square
  • L’aménagement d’un jardin (partagé)
  • L’aménagement d’un parc de street workout
  • L’aménagement d’un sentier pédagogique et écologique
  • L’aménagement de jeux pour enfants
  • La végétalisation des murs ou d’une rue 
  • L’installation d’une ruche, d’une maison pour insectes

Le montant dédié aux projets lauréats

Le montant dédié aux projets lauréats est très variable d’un territoire à un autre. 

Cette diversité peut s’expliquer par les différences de taille des collectivités mais aussi par les différences de dépenses réservées pour les budgets participatifs (ces deux éléments sont dans la plupart des cas liés mais pas toujours), de 3,5M€ à Rennes à 20K€ à Villecresnes. 

De 10 k€ à 100 k€– Fréquents (⅓ des projets identifiés) – Dans la plupart des villes
De 50 k€ à 100 K€– Assez fréquents (environ 20% des projets identifiés) – Principalement dans les grandes villes 
De 100 k€ à 200 k€– Peu fréquents – Uniquement dans les BP des grandes villes (Rennes, Clermont, Lille et Montreuil)
> 200 k€– Rares (une vingtaine de projets) – Concentrés dans certaines collectivités (Rennes à 70%)

Cette différence s’explique également par les différences de nombre de projets lauréats selon les collectivités (plus ou moins grande dispersion des sommes allouées), de 44 à Rennes (2ème édition) à 1 seul à Santeny (1ère édition et 2e édition).

Pour accéder aux données complètes, téléchargez :

Lire les réactions à l’étude :

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