Note de la rédaction : Après plusieurs tentatives non concluantes et pour cause de rupture générationnelle, cet article ne fera hélas aucune référence à Prince ni même aux tubes de légende du groupe Kiss.

Le Budget Participatif, un exercice très prisé


Actuellement en France, ce sont 180 collectivités, 25 départements, 2 régions et 15 universités qui ont mis en place un Budget participatif. Ce “succès” ne doit rien au hasard : il tient au fait qu’il apporte des bénéfices aussi bien aux participants qu’aux organisateurs. Nous avons parfois trop tendance à oublier que ces deux acteurs doivent trouver leur compte pour qu’un projet participatif réussisse et perdure dans le temps.

La simplicité, premier atout du Budget participatif


Le KISS, c’est un dicton “Keep it simple, stupid” devenu un principe clé en design et en programmation informatique, appliqué notamment lors des revues de code pour savoir si le raisonnement et la solution proposés sont bien les plus simples.

Les choses simples sont celles qui fonctionnent le mieux. Ce qui est vrai pour la tech (mais également pour chacune des choses de notre vie quotidienne) n’a pas de raison de fonctionner différemment en matière de participation.

C’est l’une des grandes forces du Budget Participatif : 

  • un principe simple : « vous proposez, vous choisissez, nous réalisons »
  • une participation simple : 
    • les participants déposent leur idée et non un business plan associé à un formulaire de 72 questions et 13 attestations de conformité,
    • les participants votent pour le ou les projets de leur choix selon leur bon vouloir. 

La simplicité, une espèce menacée ?


Le BP a pour avantage d’être un exercice sécurisé pour une collectivité qui bénéficie des expériences passées de toutes les collectivités qui l’ont précédée. Mais cette sécurité ne répond pas au besoin d’innover. Nombre de collectivités sont ainsi tentées de se singulariser et d’apporter à chaque édition nouvelle du BP une nouveauté.

Par exemple, le système de vote concentre beaucoup d’attention actuellement et une tendance semble se dégager à vouloir imposer un vote minimum : un participant, pour valider son vote, devra obligatoirement voter pour au moins X projets. Le plus souvent, X = 3 projets minimum.

Nous sommes assez sceptiques chez Cap Collectif sur l’activation de ce type de vote, notamment à la lueur des statistiques suivantes.

CollectivitéNombre total de votants Nombre de votants qui n’ont voté que pour un seul projet% de votants uniques / sur total votants
Rennes11749651655,5%
Orléans140882959%
Occitanie268892036175%

En activant le vote minimum, quelle sera la réaction des 55, 59, 75% de participants qui n’ont souhaité voter qu’une fois alors qu’il leur était possible de voter plusieurs fois ?

Quelle est la probabilité qu’ils acceptent cette nouvelle règle du jeu contraignante ?

Si ces participants préfèrent majoritairement quitter la page plutôt que sélectionner deux autres projets, donc si le volume final de participants diminue d’un quart, d’un tiers ou de la moitié, les résultats du vote seront-ils plus crédibles et légitimes ?

Si le vote minimum est une stratégie pour contrer les porteurs de projets les plus insistants, actifs, militants, va-t-il réellement freiner leurs ardeurs ou au contraire renforcer leur “domination” sur l’exercice, par opposition aux autres porteurs de projets qui n’ont pas la même capacité de mobilisation ni la même ténacité ?

Ultime question : pourquoi changer ce qui fonctionne bien, notamment si le risque de faire moins bien est réel ? N’y a-t-il pas pour approfondir la logique du BP et s’améliorer en continu d’autres idées à investiguer que le système de vote en ligne : massification et diversification des publics, augmentation du budget, accompagnement des porteurs de projet, suivi de la réalisation des projets…