Depuis 2015, Cap Collectif accompagne de nombreuses collectivités locales sur la voie d’une forme d’expérimentation que nous apprécions particulièrement : le budget participatif. Aujourd’hui leader des budgets participatifs en France, nous avons réalisé une étude statistique auprès de nos collectivités clientes, dont nous vous partageons dans ce dossier les principaux enseignements.


Cyril Lage, président de Cap Collectif, réagit à notre étude « 4 années de budgets participatifs à Capco ».

Question : Le budget participatif connaît un beau succès ces dernières années. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Pas vraiment. A vrai dire, lorsque l’on a créé l’application de budget participatif en 2015, j’étais à l’époque moyennement convaincu par l’intérêt d’un tel dispositif, car il ne portait que sur une petite proportion du budget d’investissement. Par rapport au volume global du budget d’une collectivité, on était sur un trait de crayon.

Ce dont je me suis rendu compte à l’usage, c’est que contrairement à beaucoup d’autres projets participatifs de type consultation ou enquête, qui malheureusement ont bien souvent du mal à faire le lien entre la participation et la décision, il n’y a pas de doute possible dans le cas du budget participatif. Les projets mis en oeuvre sont des projets qui sont à l’initiative des acteurs du territoire, des citoyens, proposés et votés par eux. On est dans une vraie démarche du partage du pouvoir, même si c’est sur une portion congrue. On serait presque tenté de dire : heureusement qu’il y a le budget participatif pour concrétiser la promesse du participatif aujourd’hui !

Nous constatons d’ailleurs une forte accélération ces 2 dernières années : parmi nos 45 collectivités clientes, 1 collectivité sur 2 met en oeuvre un budget participatif. Ce dispositif commence également à essaimer au sein des entreprises et des universités avec lesquelles nous travaillons. 

Comment a été conçue l’application de budget participatif ?

Nous avons répondu à un appel d’offre de la Ville et Métropole de Rennes en 2015. Nous leur avons proposé de développer l’application de budget participatif avec les mêmes exigences que celles que nous avions pour l’application de consultation. Nous avons notamment formalisé une approche en étapes (dépôt des projets – analyse – vote – suivi de réalisation des projets lauréats), qui tend à devenir un standard aujourd’hui. 

Cette approche et notre niveau d’exigence facilite en partie la participation du public dont on sait, malgré les études sur les intentions de participation, qu’elle est difficile à assurer. Le chiffre de 2,7 % de participation en moyenne pour les budgets participatifs menés en est la preuve, même si ce chiffre serait plus élevé s’il était ramené au corps électoral. Il est difficile de faire participer le public, même dans les conditions pourtant idéales du budget participatif, qui assure une vraie prise en compte des attentes des citoyens.

“Le budget participatif amène du décloisonnement”

Ce chiffre illustre l’enjeu et le défi de tous ceux qui prônent et qui oeuvrent au développement de la participation citoyenne : l’élargissement de la base des participants. Mais il faut aussi faire preuve de réalisme : considérer que l’objectif est de faire participer tout le monde est un leurre qui nous réduirait à l’impuissance. Si l’on pense que la participation perd en ambition et en puissance si les participants ne sont pas représentatifs, on accepte alors l’idée de ne faire entrer les citoyens dans le processus de l’élaboration des politiques publiques que s’ils viennent tous, et en même temps. Je pense qu’à un horizon de dix ans, on ne peut pas avoir pour ambition d’aller au-delà de 20 à 25% de la population qui participe à des projets tels que ceux-ci.

Le budget participatif a t-il selon vous d’autres impacts qui ne sont pas traités dans l’étude ? 

Il y a un impact peu visible mais déterminant sur les modes d’organisation au sein des collectivités. Les collectivités sont souvent l’archétype d’un modèle pyramidal et vertical, avec un faible niveau de collaboration entre les services. Le budget participatif amène du décloisonnement, car l’analyse des projets par les services suppose de travailler en transversalité.

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