Paris, Bordeaux, Lyon, Nice et Angers explorent la possibilité de travailler ensemble sur un projet de mutualisation de données, rapportait la semaine dernière Le Journal du Net. Pour, notamment, “normaliser la structure fonctionnelle et technique d’un système d’information de la donnée et la nomenclature des champs d’application”.

Sur le fond, questionner l’interopérabilité des systèmes d’information de bassins de population aussi vastes est mille fois légitime. Travailler ensemble sur leur définition peut donc paraître attendu, voire nécessaire.

Sur la forme, le “Journal du Net” avance également la question de la souveraineté de ces métropoles, en arguant :

“Les villes ne veulent plus dépendre des licences propriétaires d’un prestataire pour gérer cette couche de données qui héberge toute la valeur de la smart city. Elles souhaitent faire un maximum appel à l’open source et utiliser leurs propres équipes techniques pour la gestion. Les villes devront forcément passer par des prestataires pour développer certaines fonctionnalités mais ceux-ci ne seront pas gestionnaires du système et n’auront aucun droit sur les données.”

On ignore à ce stade s’il s’agit d’un élément de réflexion propre au média spécialisé dans les questions du numérique ou si ces préoccupations sont directement issues des collectivités interrogées, mais ce sont des arguments qui interpellent lorsqu’on est prestataire de service.

Open data ≠ open source

L’amalgame est grossier mais il est devenu courant. Volontairement ou pas, on va dresser deux camps : les gentils vertueux du code source ouvert (open source) et les méchants profiteurs du code source fermé (logiciels propriétaires). L’article le dit textuellement : en internalisant la plateforme numérique, la collectivité va regagner en “souveraineté”. Et sous-entend sans prendre de gants qu’un prestataire de service, pourvu de droits d’administration sur un système, va forcément privatiser les données issues de la plateforme.

Le problème, c’est que le traitement et l’exploitation libre de données issues d’un système s’appelle l’open data (données ouvertes) et n’a rien à voir avec l’open source. Les deux sont parfois compatibles, parfois pas. Par exemple, la Corée du Nord a développé son propre système d’exploitation (hyper fermé) à partir de Fedora, une version de l’excellent système open source Linux.

A l’inverse un logiciel propriétaire, comme Cap Collectif, peut être un (très) fervent militant de l’open data. Tellement fervent que ce “détail” est inscrit dans le contrat que nous signons avec les collectivités (et avec tous nos clients) : les données vous appartiennent. Capco n’y touche pas, ne les exploite pas et évidemment ne les commercialise donc jamais.

Ce n’est pas le code qui fait la loi, c’est l’impact de la décision

Au coeur de notre vision de la participation citoyenne réside la transparence du processus décisionnel. C’est cette transparence qui va garantir en partie la confiance que pourra accorder celle ou celui qui décide de participer au projet. Qui lui permet d’en comprendre les tenants et les aboutissants, de prendre position ou de se faire une opinion au regard des contributions des autres participants, de déterminer le niveau de sincérité de la démarche du décideur au vu des engagements et de l’évaluation globale du projet. Il est donc impératif que les contributions des utilisateurs de la plateforme soient ouvertement et intégralement disponibles… en open data ¯\_(ツ)_/¯

Par conséquent, il est relativement malhonnête de “vendre” l’open source à une collectivité en prétendant que le modèle est plus vertueux qu’un autre et qu’il répond par nature aux exigences d’un bon service public. C’est à peu près la même faribole que de prétendre qu’il est moins cher au prétexte de son internalisation : c’est sans compter sur le coût humain de son développement, de son hébergement et de sa maintenance qu’il convient de chiffrer et de comparer, par exemple, avec une offre en SaaS d’un prestataire comme Capco.

“Il faut qu’une porte soit ouverte… ou d’une autre couleur.” — Pierre Dac

S’agissant d’interopérabilité nous travaillons depuis neuf mois à animer un réseau vertueux de collectivités clientes (à ce jour : Rennes, Mulhouse, Grenoble-Alpes Métropole, Montreuil, Orléans, Clermont-Ferrand, Le Mans, Lille, Paris et bien d’autres) afin de créer une dynamique d’échanges de pratiques sur une unique plateforme. Il est donc tout-à-fait possible d’externaliser et, en même temps, de créer des économies d’échelle.

S’agissant de souveraineté, encore une fois : les données appartiendront toujours au client. Et donc avant tout aux utilisateurs, protégés par la loi.