Thibaut Dernoncourt, directeur conseil chez Cap Collectif, a eu le plaisir de répondre à l’invitation de l’Assemblée nationale pour participer à la table ronde sur le thème Évaluation des politiques publiques et innovations démocratiques, organisée par la Mission d’évaluation des dispositifs d’évaluation des politiques publiques et ouverte à la presse. Les autres participants à cette table ronde étaient Ilaria Casillo, vice-présidente de la Commission nationale du débat public, Béatrice Plottu, directrice de recherche à la Faculté de droit, d’économie et de gestion de l’université d’Angers, Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, Henri Jacot, membre de la Société française d’évaluation et Valentin Chaput, gérant de l’entreprise Open Source Politics.

 

 

En résumé

Saucisson — J’ai du mal à adhérer à la vision du citoyen qu’on arriverait à saucissonner en tranches — qui serait parfois « pur citoyen », le lendemain usager, un autre jour dans une association, dans une entreprise, ou simple contribuable. Cela me paraît assez contestable.

Dr Michu — « Madame Michu » ou le « Citoyen Lambda » ce sont toutes ces personnes dont on rêverait qu’elles arrivent sur les dispositifs de participation, mais d’une part on sait qu’ils sont très durs à atteindre et d’autre part on va finir par avoir des gens qui seront des professionnels de Madame Michu et dont l’activité principale sera de répondre aux consultations qu’on aurait organisées pour eux.

Casser les briques — Ce saucissonnage aboutit à créer des dispositifs parallèles. On va avoir des briques pour les experts, une brique pour les parlementaires, une brique pour la société civile, une brique pour les syndicats… C’est l’inverse de ce que nous [Cap Collectif] essayons de faire : nous n’essayons pas de créer un dispositif dédié auprès des citoyens qui seraient les exclus d’un autre dispositif — nous essayons d’ouvrir un dispositif existant.

Rigueur et droit — Un élément qu’il paraît important de rappeler, notamment à l’Assemblée nationale, c’est que la participation est un droit. Ce n’est pas parce que c’est compliqué qu’on ne peut pas le faire. Que ce soit compliqué n’est pas un problème, notamment si l’on souhaite que l’évaluation présente une certaine rigueur méthodologique.

Regard critique — Si on considère que l’évaluation c’est tout regard critique sur une politique publique, alors nous [Cap Collectif] en faisons puisque nous invitons les citoyens à critiquer des politiques publiques, actuelles et passées.

Objectif — Là où ça bloque, ce n’est pas forcément sur l’évaluation en soi, mais c’est souvent pour se rappeler de ce qu’était l’objectif initial. Il existe un risque d’évaluer un dispositif dont on est tenté de réécrire l’objectif a posteriori.

Volume — Il existe déjà des choses permettant d’associer les citoyens dans l’évaluation, comme les jurys ou les panels. Ces dispositifs ont l’avantage de permettre de travailler en profondeur et en qualité avec les citoyens. Notre parti-pris, à l’inverse, c’est la question du volume, car l’inconvénient des dispositifs de panels et de jurys c’est qu’ils n’ont d’impact qu’auprès de ceux qui participent.

Impact et numérique — Pour nous [Cap Collectif], la question de l’impact passe nécessaire par la question du volume. Une évaluation qu’on expérimente aujourd’hui à 20 personnes, est-ce qu’on est capables de le faire à 20 000 ? Ce n’est pas un chiffre délirant au regard des moyens de communication et des outils numériques dont nous disposons.