Thibaut était invité ce matin par les ministères de l’Agriculture et de l’Economie à la journée de restitution des Etats généraux de l’alimentation (#EGAlim), où il a eu le plaisir de prendre la parole devant la salle bien garnie pour fournir les chiffres-clés de la consultation et rappeler les principes généraux d’une consultation publique.

Notre directeur conseil n’a pas manqué de dérouler un peu de théorie :

“Ouvrir à toutes et tous une réflexion collective orientée vers la recherche de solutions et préalable à une décision”

Quels principes pour une consultation en ligne ?

Ouverture totale : tout un chacun peut participer, sans critère de sélection ou déclinaison d’identité. Toute personne disposant d’une adresse mail peut participer sous son nom propre ou via un pseudo. Si la barrière technique est donc faible, il ne faut pas minimiser la barrière symbolique ou lexicale : pour que réellement “tout un chacun” puisse participer, il faut que les contenus soient accessibles et les questions posées suffisamment simples pour pouvoir répondre sans être un expert du sujet. Ainsi, la possibilité de vote représente une facilité de participation considérable. Par exemple, sur les Etats généraux de l’alimentation, 75% des participants sont de “simples votants”. Enlever le vote présente donc le risque de se priver d’une grande partie du public. Il reste toutefois bien clair que les compteurs de vote sont une modalité de participation mais qu’il ne s’agit pas d’un référendum.

Inclusion : une consultation citoyenne n’est pas dédiée aux citoyens « lambda ». Elle est un espace où l’avis des citoyens est récolté au même titre que celui des experts, des sachants, des organisations représentatives. Il ne s’agit pas de créer un espace de discussion propre aux citoyens mais de les inclure, au même titre que les acteurs classiquement consultés, dans un exercice de réflexion. En cela, la consultation s’apparente fortement à la mécanique de l’audition.

Egalité “a priori” des points de vue : chaque participant sur la plateforme dispose d’un compte et d’un vote. Ainsi, ce que le participant va dire compte bien davantage que ce qu’il est. Le contenu prime sur le statut.

Liberté des participants : via la navigation sur Internet, les participants seront libres de participer (#oupas) au thème de leur choix et de lire (#oupas) les contenus préalables. Chacun peut ainsi participer après s’être documenté (#oupas). Après avoir lu les contributions des autres (#oupas). Il est illusoire de vouloir imposer un parcours de lecture ou de participation à l’internaute, en revanche il est impératif de lui proposer une navigation aisée — ce qui nécessite une clarté des messages et une hiérarchisation des informations.

Traçabilité des contenus : le numérique est un support écrit. L’apport majeur du numérique au processus de consultation — au-delà de permettre la participation de chacun depuis son canapé ! — réside dans la capacité à introduire une traçabilité entre ce qui va être dit par les participants et ce qui va devenir une décision. Cette traçabilité est un apport mais aussi un risque quand la consultation est purement cosmétique ou trop pauvre qualitativement : tout le monde est en capacité de voir que la consultation n’a eu aucun impact réel. En cela, une consultation en ligne est assez différente d’une consultation en présentiel via un jury citoyen qui permet : de former les participants, de les sélectionner, de rechercher le consensus, de maîtriser les débats. Les jurys ont hélas l’inconvénient de n’avoir qu’un impact limité dans la mesure où ils ne touchent que les participants, par définition en nombre restreint.

Le défi d’une consultation en ligne est donc d’allier le volume — faire connaître la consultation et rendre vraiment accessible ses contenus — et la qualité — permettre des contributions de qualité dans un cadre très souple et permettre leur exploitation réelle dans le cadre du livrable final que doit produire l’organisateur de la consultation.

La petite coupure d’entre les fêtes va faire du bien à toute l’équipe après un dernier trimestre complètement dingo. C’est le bon moment pour jeter un oeil dans le rétroviseur et dresser un bilan de cette année 2017 qui a tenu toutes ses promesses.

Les feuilles de route des différents pôles sont désormais bouclées, et nous savons donc — pour ce que nous pouvons maîtriser en tout cas ! — dans quelle direction nous allons. Nous gardons évidemment les surprises pour nous. Et nous pouvons également annoncer un investissement massif dans la plateforme en tant que telle : recrutement de développeurs, polissage de l’infrastructure, lustrage du code, graissage des jointures… et évidemment mise en orbite de très nombreuses nouvelles fonctionnalités.

Le bichonnage de notre bébé est la résultante d’une année 2017 riche en lancements et des prévisions d’une année 2018 encore plus folle : rien qu’en janvier seront propulsés les budgets participatifs de Clermont-Ferrand et Lille, des consultations pour le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), l’Agence Française de Développement (AFD) et Pôle Emploi, des Etats généraux de la bioéthique, un Plan Croissance Entreprises du Ministère de l’Economie… et c’est sans compter sur nos petits voyages déjà programmés en Suisse et en Belgique 🙂

L’année 2017 restera à jamais un beau et grand souvenir dans la petite histoire de la start-up. Non seulement nous avons reçu le témoignage de la confiance portée à notre plateforme à travers le Trophée Participation & Concertation, le Trophée de l’Innovation Politique Européenne et notre indexation dans le classement Génération French Tech, mais c’est aussi l’année où nous avons franchi le seuil (très) symbolique du million de votes sur nos instances. Où nous avons franchi le seuil des 300 000 contributeurs et des 150 000 contributions.

Bien sûr, il ne s’agit que de 0,7 % de la population en âge de voter : on est encore loin de la généralisation de ces projets participatifs. Mais les signes d’une évolution inexorable de cette participation sont visibles, bien au-delà des nombres.

Quelques centaines de milliers de personnes ont choisi de participer à un processus décisionnel transparent : une consultation, un budget participatif, une enquête, une votation, un appel à projet, une boîte à idées… En bref un moment démocratique où l’intelligence collective a permis à un.e élu.e, un.e dirigeant.e, un.e responsable — que ce soit l’Etat, une collectivité locale, une ONG, une entreprise privée — d’améliorer la qualité et la légitimité d’une décision prise pour un collectif.

Un grand merci, donc, à ces innovateurs qui ont poursuivi leur partenariat ou rejoint la communauté Capco cette année !

Gouvernementsle Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation — le Ministère de l’Éducation nationale — le Ministère des Outre-mer — le Ministère de l’Action et des Comptes Publicsle Ministère de la Transition écologique et solidaire — le Secrétariat d’Etat au Numérique — le Gouvernement du Québec

Collectivités territoriales : la Région Centre-Val de Loire — la Métropole Européenne de Lille — le département de Loire-Atlantique — les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines — la Région Île-de-France — la Ville d’Orléans — la Ville de Rezé — la Région Bretagne — la Ville de Montreuil — la Ville de Courbevoie

Autres : la CFDT — Benoît Hamon — Le Groupe La Poste — UFC Que Choisir — Admical — la Fédération Des Particuliers Employeurs De France — DAHER — Le Groupe Caisse des Dépôts —  l’Alliance Industrie du Futurl’Association Vélo Québecle Conseil national du numérique — les Musées d’Orsay et de l’Orangerie — la Fédération Française des Diabétiques — la Fondation Positive Planet 🙂

 


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Vendredi dernier, dans l’amphithéatre flambant neuf du vaisseau Station F, nous avons assisté à la présentation d’une étude [.pdf] réalisée par la filiale états-unienne de l’Atelier BNP Paribas : “la civic tech peut-elle sauver la démocratie ?

Pour une raison que l’auditoire (assez clairsemé malgré l’affiche, alléchante) n’a pas réussi à entendre, la présentation a finalement choisi de s’intituler “la civic tech peut-elle changer la démocratie ?”. Au-delà du chipotage sémantique — qui laisse toutefois à penser que la démocratie ne souffre pas du même mal aux Etats-Unis, où on voudrait la sauver, et en France, où on préfèrerait la changer — le sujet a été maîtrisé de bout en bout. Le discours était limpide, la méthodologie employée pour récolter les informations plutôt claire : la “keynote” de Ramy Ghorayeb était parfaite.

Ou plutôt : quasi parfaite, car une question est restée suspendue à la communication autour du lancement de cette étude :

Poudre de perlimpinpin

Nous passons rapidement sur l’association rapide « civic tech » = « ces technologies », car nous avons déjà eu l’occasion de dire le danger réel consistant à réduire la civic tech à un ustensile politique au service d’un hypothétique mouvement citoyen.

Mais quand même : « Comment ces technologies redonnent-elles le pouvoir au citoyen ? ». Il y a là un postulat discret qui pose implicitement un vrai débat de fond. D’un côté nous avons une étude qui tente de répondre à une problématique : il faut sauver la démocratie. De l’autre côté nous avons une communication qui questionne de façon rhétorique une solution : il suffit de redonner le pouvoir aux citoyens.

On a donc décidé par syllogisme d’insinuer une vision : le problème de la démocratie, c’est juste un problème de citoyens qui auraient perdu le pouvoir et à qui il suffirait de « redonner » ce pouvoir. Par ruissellement, ce fameux empowerment qui fait rêver la ménagère serait donc LA solution à la crise de confiance qui plombe gentiment nos institutions. Une autre manière de dédouaner ces dernières en faisant miroiter un nouvel âge au peuple.

En bref, une vision hyper « bottom-up » qui participe au fantasme de l’outil miracle (comme contestation de l’ordre gestionnaire, dirait Michael Vicente), de la combinaison spatiale qu’il nous suffirait d’enfiler pour vaincre la méchante crise de la démocratie.

Outiller les innovateurs démocratiques

Ce que nous proposons repose sur l’observation d’une réalité beaucoup plus concrète à nos yeux : il n’existe pas d’outil qui puisse délivrer le moindre résultat sans une implication forte du politique dans sa mise en oeuvre. Plutôt que de draguer le citoyen en lui promettant le pouvoir à partir d’un outil, nous préférons identifier les décideurs qui partagent la vision d’une société basée sur la collaboration des individus qui la composent, et nous attacher à les outiller pour qu’ils appliquent concrètement cette vision.

La question n’est donc pas de « redonner le pouvoir au citoyen » à travers la technologie. Mais plutôt de mettre à niveau la société pour qu’elle passe à l’échelle et rentre pleinement dans une époque où les attentes des citoyens en matière de volonté de participer à la décision — par l’augmentation sensible des moyens (techniques, culturels, intellectuels) — sont démontrées par les enquêtes et par l’expérimentation.

Ce n’est pas la civic tech qui sauvera la démocratie : c’est la démocratie qui se sauvera elle-même. Notre travail est de la poursuivre, de la convaincre et de la former à se transformer.

 

Thibaut Dernoncourt, directeur conseil chez Cap Collectif, a eu le plaisir de répondre à l’invitation de l’Assemblée nationale pour participer à la table ronde sur le thème Évaluation des politiques publiques et innovations démocratiques, organisée par la Mission d’évaluation des dispositifs d’évaluation des politiques publiques et ouverte à la presse. Les autres participants à cette table ronde étaient Ilaria Casillo, vice-présidente de la Commission nationale du débat public, Béatrice Plottu, directrice de recherche à la Faculté de droit, d’économie et de gestion de l’université d’Angers, Loïc Blondiaux, professeur de science politique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, Henri Jacot, membre de la Société française d’évaluation et Valentin Chaput, gérant de l’entreprise Open Source Politics.

 

 

En résumé

Saucisson — J’ai du mal à adhérer à la vision du citoyen qu’on arriverait à saucissonner en tranches — qui serait parfois « pur citoyen », le lendemain usager, un autre jour dans une association, dans une entreprise, ou simple contribuable. Cela me paraît assez contestable.

Dr Michu — « Madame Michu » ou le « Citoyen Lambda » ce sont toutes ces personnes dont on rêverait qu’elles arrivent sur les dispositifs de participation, mais d’une part on sait qu’ils sont très durs à atteindre et d’autre part on va finir par avoir des gens qui seront des professionnels de Madame Michu et dont l’activité principale sera de répondre aux consultations qu’on aurait organisées pour eux.

Casser les briques — Ce saucissonnage aboutit à créer des dispositifs parallèles. On va avoir des briques pour les experts, une brique pour les parlementaires, une brique pour la société civile, une brique pour les syndicats… C’est l’inverse de ce que nous [Cap Collectif] essayons de faire : nous n’essayons pas de créer un dispositif dédié auprès des citoyens qui seraient les exclus d’un autre dispositif — nous essayons d’ouvrir un dispositif existant.

Rigueur et droit — Un élément qu’il paraît important de rappeler, notamment à l’Assemblée nationale, c’est que la participation est un droit. Ce n’est pas parce que c’est compliqué qu’on ne peut pas le faire. Que ce soit compliqué n’est pas un problème, notamment si l’on souhaite que l’évaluation présente une certaine rigueur méthodologique.

Regard critique — Si on considère que l’évaluation c’est tout regard critique sur une politique publique, alors nous [Cap Collectif] en faisons puisque nous invitons les citoyens à critiquer des politiques publiques, actuelles et passées.

Objectif — Là où ça bloque, ce n’est pas forcément sur l’évaluation en soi, mais c’est souvent pour se rappeler de ce qu’était l’objectif initial. Il existe un risque d’évaluer un dispositif dont on est tenté de réécrire l’objectif a posteriori.

Volume — Il existe déjà des choses permettant d’associer les citoyens dans l’évaluation, comme les jurys ou les panels. Ces dispositifs ont l’avantage de permettre de travailler en profondeur et en qualité avec les citoyens. Notre parti-pris, à l’inverse, c’est la question du volume, car l’inconvénient des dispositifs de panels et de jurys c’est qu’ils n’ont d’impact qu’auprès de ceux qui participent.

Impact et numérique — Pour nous [Cap Collectif], la question de l’impact passe nécessaire par la question du volume. Une évaluation qu’on expérimente aujourd’hui à 20 personnes, est-ce qu’on est capables de le faire à 20 000 ? Ce n’est pas un chiffre délirant au regard des moyens de communication et des outils numériques dont nous disposons.

C’est avec une grande satisfaction que nous étions présents mercredi dernier à Vienne, splendide capitale autrichienne, pour assister à la remise des trophées de l’innovation politique. Ce fut l’occasion d’une nouvelle consécration pour la consultation pour le projet de loi République Numérique, défendu par l’ancienne secrétaire d’Etat Axelle Lemaire — récompensée ici pour son initiative inédite : celle de co-construire un projet de loi gouvernemental avec les citoyens.

Ce prix est décerné chaque année par l’Innovation in Politics Institute, un « groupe de citoyens européens non-partisans mais politiquement vigilants ». C’est une récompense qui veut célébrer les hommes et les femmes politiques européens « créatifs et courageux », et mettre en avant les projets innovants et inspirants qui permettront notamment de regagner la confiance des citoyens.

Un processus transparent et collaboratif

Axelle Lemaire est une convertie de la première heure. C’est elle qui, convaincue de la nécessité de mettre en place une expérimentation telle que Parlement & Citoyens (également finaliste à Vienne grâce au sénateur Joël Labbé) afin de co-construire « son » projet de loi pour une République numérique, s’est battue pour disséminer la bonne parole au sein du Gouvernement. C’est aussi elle qui a compris très tôt l’importance de suivre une méthodologie rigoureuse et de s’investir personnellement dans le processus.

Grâce à l’opiniâtreté de la ministre, ce sont plus de 21 000 citoyens qui ont réellement « co-construit » la loi à travers leur participation (quasi 8 500 contributions directes et 150 000 votes), poussant le Gouvernement à modifier le texte initial à 90 reprises et à créer cinq nouveaux articles de loi « citoyens ». Cette loi sera d’ailleurs adoptée à l’unanimité au Parlement, démontrant la pertinence de la démarche — pour sa part largement plébiscitée par l’enquête de satisfaction produite à l’issue de la consultation.

Toute l’équipe de Capco est infiniment fière d’avoir très modestement contribué au succès de cette consultation. Au-delà des petites gloires éphémères, il restera la certitude que République Numérique a permis de franchir une marche dans le grand escalier de la participation citoyenne à la co-construction de la décision publique. Cependant l’escalier est encore bien long et bien haut : il convient donc de jouir des honneurs mais de ne pas se détourner du travail trop longtemps 🙂

 

La Fondation Positive Planet, présidée par Jacques Attali, lance aujourd’hui une plateforme de contributions citoyennes qui marque le départ d’une vaste opération : les Etats généraux des générations futures — en anglais Up For The Planet.

Cette plateforme internationale vise à recueillir les contributions de tous ceux qui, quelle que soit leur origine — pays, condition sociale, sexe, âge — veulent être une force de proposition pour réformer la manière d’affronter les problèmes de la planète. Elle va recueillir les arguments et les propositions des internautes du monde entier jusqu’en février 2018 sur trois thèmes :

Au terme de cette phase d’échanges, de discussions et de votes, 20 propositions seront défendues devant les dirigeants du G20. La Fondation Positive Planet s’engage sur plusieurs points :

  • Retenir une vingtaine de propositions citoyennes dans leur rapport final, sur la base de critères de faisabilité, d’impact et d’applicabilité dans les pays du G20 ;
  • Intégrer l’ensemble des contributions dans une synthèse qui sera rendue publique sur la plateforme ;
  • Apporter un retour argumenté sur les 3 propositions les plus soutenues pour chaque question, qu’elles soient retenues ou non dans la sélection finale.

Pour participer à l’opération : https://fr.upfortheplanet.org/

Dans le cadre de son programme hebdomadaire Soft Power, Frédéric Martel recevait ce dimanche 3 décembre Henri Verdier, directeur interministériel du numérique de l’Etat français, pour une émission sur « le numérique de l’Etat ». Ils ont été rejoints en seconde partie par Paula Forteza, députée La République en Marche, et Nicolas Princen, ancien conseiller au numérique de Nicolas Sarkozy, pour un débat : « Où en sont les civic techs en France ? ». Nous avons relevé et annoté quelques passages.

La révolution numérique

Ces révolutions-là, qui sont des révolutions industrielles totales, ne réussissent jamais si on n’a pas les institutions adaptées. — Henri Verdier

Nous rejoignons complètement Henri Verdier. C’est le sens de la mission première de Parlement & Citoyens (le projet fondateur de Capco) que d’outiller le Parlement français pour lui permettre de s’adapter aux besoins et aux moyens de l’époque. Nous ne nous sommes jamais posés en contradicteur du système mais en accompagnateur de sa transformation, en travaillant de l’intérieur avec celles et ceux — quelle que soit leur sensibilité politique — qui veulent et peuvent le changer, et tendre vers davantage de transparence et de participation.

J’espère que l’Etat redeviendra ce coeur d’intelligence collective qui permettra à la société française toute entière de réussir sa révolution numérique. — Henri Verdier

Nous espérons que cette réussite passera effectivement par un énorme élan d’intelligence collective. Reste une condition : que la révolution numérique ne soit pas une fin en soi, mais un formidable moyen pour un Etat-plateforme de transformer les institutions pour les rendre plus efficaces, plus ouvertes à la participation des citoyens à la co-construction des décisions qui les concernent.

La « civic tech »

On décrit sous civic tech un certain nombre d’entreprises enthousiasmantes menées par des gens qui veulent changer le monde et qui utilisent pour cela les données ou les missions de l’Etat, des missions d’intérêt général. […] Cela recouvre des univers extraordinairement divers. — Nicolas Princen

C’est un monde très hétérogène. Il existe deux grandes familles de civic tech : d’abord, plutôt celle des start-ups, des entreprises, qui cherchent à développer un business model autour, par exemple, de la vente de logiciels, de services, ou de l’exploitation de données personnelles, et qui cherchent à nouer des contrats avec le secteur privé ou le secteur public. D’un autre côté, les acteurs qui proviennent plutôt des associations, des mouvements sociaux, et qui travaillent plutôt sur des briques de logiciels libres, qui contribuent de façon un peu plus bénévole à ce qu’ils appellent des « communs numériques », des outils qui peuvent être partagés, réutilisés par tout le monde, auquel tout le monde peut contribuer. — Paula Forteza

Si ces deux spécialistes du numérique sont d’accord sur l’hétérogénéité des propositions faites par la civic tech aujourd’hui, la description des « entreprises enthousiasmantes », « qui veulent changer le monde », nous convient mieux que la classification un poil manichéenne suggérée par la députée en marche. Cette représentation d’une réalité ressentie et son vocabulaire très étudié  — d’un côté les « start-ups », « entreprises », « business model », « vente », « contrats » et d’un autre côté les « associations », « mouvements sociaux » (sic), « logiciels libres », « bénévole », « communs », « partagés » — est relativement surprenante venant d’une députée issue d’un mouvement politique qui veut dépasser le clivage gauche-droite, ici maladroitement reconstitué à travers le prisme de la technologie.

On passera aussi sur la naïveté de l’expression « un peu plus bénévole » : aujourd’hui, le marché de la civic tech, que nous connaissons bien car Cap Collectif en fait partie, est partagé par deux ou trois dizaines d’acteurs, dont certains font effectivement la promotion de logiciels open source. Or, à notre connaissance, ces acteurs ne travaillent ni de manière « bénévole », ni « un peu plus bénévole » : ils ont eux aussi à vivre de leur activité, qui passe souvent par des prestations de services autour du logiciel qu’ils promeuvent, comme le développement de fonctionnalités spécifiques ou l’accompagnement intellectuel de la démarche. Récemment, la SARL Open Source Politics a ainsi été choisie par l’Assemblée nationale pour mener une consultation numérique sur la réforme de l’institution, au terme d’un appel d’offres commercial mené à la régulière.

La grande problématique étant : est-ce qu’elles [les civic techs] développent un savoir-faire, une technologie ou un angle suffisant pour pouvoir durer et accompagner le débat démocratique qu’elles souhaitent contribuer à structurer, après une élection ? C’est ce qui reste à vérifier. — Nicolas Princen

Cet excellent point permet de rebondir sur une question plus large, débroussaillée par Henri Verdier dans son propos introductif. Que voulons-nous faire avec la civic tech ? Créer, dans le meilleur des cas, une force de proposition ou un contre-poids citoyen, voire un contre-pouvoir ? Nous parions sur une troisième voie que n’aborde même pas l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy : celle qui considère la civic tech comme un accompagnateur de la transformation politique, et non la matérialisation d’un courant citoyen qui aurait pour mission de « faire (bonne ou mauvaise) pression » sur le politique pour parvenir à ses fins.

Réduire la civic tech à un mouvement citoyen (civic) est le piège dans lequel de nombreux observateurs sont tombés par ignorance, naïveté ou calcul. Car il réduit la technologie (tech) à un ustensile politique qu’il conviendrait de sortir lorsque l’actualité et/ou l’agenda du pouvoir décideraient qu’il est temps de « mettre les citoyens » en avant — notamment au moment des élections, où il est de bon ton (électoraliste) de glorifier la citoyenneté qui sommeille en nous.

Chez Capco nous pensons (comme l’excellent programme Datagueule) que la démocratie n’est pas un rendez-vous. Et la civic tech n’est pas une finalité citoyenne qu’il suffit d’agiter au bon moment pour obtenir des résultats, simplement parce que, comme insistera Verdier en conclusion, « le simple fait de venir de la société civile vous rend[r]ait compétent ». Intégrer la machine grâce à une connaissance pointue de ses rouages, dénicher les innovateurs, les outiller et les accompagner dans la transformation : c’est le parti-pris que nous avons adopté dès 2013 avec Parlement & Citoyens puis à partir de 2014 avec Cap Collectif. Il s’agit d’un travail de chaque jour, éprouvant mais gratifiant, qui répond à une vision — celle d’une société fondée sur la collaboration des individus qui la composent — et non à une dérisoire logique d’agenda.

L’impact

Les civic techs sont rentrées dans une espèce d’impasse par rapport à la promesse initiale : il y a un manque d’impact politique, un manque d’impact social, d’impact économique. En termes politiques les citoyens sont de plus en plus exigeants donc ils ne vont plus participer à des initiatives sans être certains que leurs contributions va avoir un impact dans la décision politique. Donc il faut coordonner de façon plus proche avec les acteurs politiques. Du point de vue économique on se disait que tous les VC (capitaux-risqueurs – NDLR) de la Silicon Valley recherchaient des investissements et que les civic techs étaient le pari d’avenir. Là maintenant elles sont toutes en train de devenir des fondations plutôt que des entreprises. Et pour l’impact social, il y a une espèce d’élite numérique qui est en train de monter, qui arrive à avoir un impact majeur dans ses consultations et à pouvoir faire ressortir leurs contributions. — Paula Forteza

Nous saluons ici la grande clairvoyance de la députée, malgré notre scepticisme concernant « la promesse initiale » dont nous n’avons pas réussi à retrouver la trace.

Nous partageons évidemment le constat qu’il existe un risque important de fracture d’usage des plateformes participatives, concrétisé par « une espèce d’élite » doublement acculturée au numérique et à la politique. Mais s’il est difficile aujourd’hui de percevoir cette population déconnectée (que cette fracture numérique et/ou de la chose publique soit volontaire ou pas), nous notons que cette difficulté à générer de la représentativité n’est pas propre à la civic tech : il suffit de comparer le nombre d’ouvriers et d’employés à l’Assemblée nationale (3% des 577 élu.e.s) avec leur nombre effectif dans la population (grosso modo 50%).

Sur le regret exprimé par la députée que la civic tech n’ait pas été largement investie par les capitaux, nous sommes plus perplexes : en effet, plusieurs entreprises actives du secteur, comme Make.org, bluenove, Fluicity ou encore Cap Collectif, ont eu recours depuis 2014 à des levées de fonds leur permettant de prolonger leur développement et de poursuivre leur mission d’essaimage de cette culture de la participation. Mais la règle de ces apports capitalistiques est relativement simple : on ne prête qu’à ceux dont le modèle est viable, documenté et compréhensible. C’est apparemment le cas pour ceux cités plus haut, qui rassemblent à eux quatre un très grand nombre de projets participatifs, dont certains d’envergure, ayant permis à plusieurs centaines de milliers de citoyens (pas forcément des espèces d’élites, d’ailleurs) de co-construire de la décision publique.

On en vient donc à la question de l’impact. Et si les entreprises qui proposent des solutions générant directement ou indirectement de l’impact avaient davantage de chance de réussir leur développement que celles qui théorisent sans pratiquer ou qui cherchent finalement à remplacer plutôt qu’à renforcer ? Paula Forteza a raison : les citoyens sont de plus en plus exigeants. C’est en partie le fruit de notre travail collectif. Et s’ils sont prêts à participer à la condition que cette participation aura un impact sur la décision publique, il s’agit bien de la responsabilité de celui ou celle qui est responsable de la décision publique. Tout l’enjeu repose donc sur l’investissement réel du politique, sur ses engagements et sur l’action concrète qu’il ou elle engage après la phase de participation citoyenne.

Ce qui implique de cesser de faire reposer le succès de la participation sur un outil ou sur un peuple et de se décharger sur eux lorsqu’une « impasse » surgit. L’outil et le peuple donneront le meilleur d’eux-mêmes si le décideur politique fait sa part 😉

D’ailleurs Paula Forteza reste lucide, et Nicolas Princen ne dit pas mieux  :

Il y a une grosse défiance vis-à-vis des responsables politiques, mais les civic techs peuvent aider à répondre à cette défiance. Mais ça va se faire uniquement si les civic techs travaillent main dans la main avec les responsables politiques, ce n’est que de cette façon qu’on aura un vrai impact. — Paula Forteza

L’impact, on le constate déjà : il vient des gens qui ne se disent pas nécessairement qu’il faut contester ce qui existe, qu’il faut une solution de remplacement, mais ceux qui créent de vrais outils qui ont de la valeur pour l’Etat, pour prolonger son effort. — Nicolas Princen

Demain

« Main dans la main », « prolonger l’effort ». La conclusion de l’émission est donnée à Henri Verdier, chargé de faire cohérence dans un système complexe et qui tente d’envoyer un peu de rêve à la multitude :

D’un côté il y a des gens qui font des outils, c’est formidable : il faut des budgets participatifs, des concertations ouvertes, transparentes, auditables et vérifiables, etc. Ensuite il y a des civic techs qui se posent en contre-pouvoir — mais dans ce cas-là qu’ils le fassent, qu’ils ne demandent pas à l’Etat de les aider à être des contre-pouvoirs. […] Et puis au milieu il y a cette zone : est-ce qu’on peut penser une action publique plus distribuée, mieux assise ? […] Il y a des zones de co-construction où, si l’Etat fait un bout de chemin et la société civile structurée et réfléchie fait un bout de chemin, on peut faire des choses magnifiques. — Henri Verdier

Faire des choses magnifiques : et si, au-delà des « business models », il restait à disséminer une simple et véritable vision du monde ?