Nous avons eu le plaisir de participer ce matin à une table ronde présentant les écosystèmes qui gravitent autour de la #LegalTech, proposée par SNCF Développement et Séraphin Legal. Cette invitation fait suite à notre présence dans l’ouvrage “Génération FrenchTech”, qui liste les “1 000 qui font l’économie française de demain”.

Le monde du droit n’échappe évidemment pas aux profonds bouleversements engendrés par le numérique. Si les questions de protection des données personnelles ou de propriété intellectuelle, ou encore l’intégrité des transactions juridiques (via la blockchain) font partie des questions fondamentales traitées aujourd’hui par cet écosystème, celui-ci est également curieux de comprendre l’impact que peut produire le numérique sur la production de la loi.

A ce titre, nous avons donc présenté la démarche de Capco, plateforme d’intelligence collective au service de la co-construction de la décision, portée sur les fonts baptismaux du projet Parlement & Citoyens. Devant un auditoire composé principalement de juristes et d’entrepreneurs, nous avons partagé nos convictions qu’une décision — et a fortiori une loi — écrite à ciel ouvert avec la participation de tous était mécaniquement et intrinsèquement plus efficace et son contenu plus légitime aux yeux de l’intérêt général.

Après avoir évoqué les exemples de la consultation de Joël Labbé visant à co-construire sa proposition de loi pour interdire les pesticides à usage non-agricole puis celui de la consultation sur le projet de loi République Numérique portée par le gouvernement sur la plateforme Capco, un échange avec la salle a permis d’évoquer le risque de la sur-représentativité des lobbys et plus généralement de la question de la représentativité des participants à ces consultations.

Nous avons eu l’opportunité d’expliquer notre méthodologie :  au moment de réaliser la synthèse cartographique des arguments déposés durant la phase de participation, notre attention se porte sur la diversité des arguments apportés par les participants. La présence de groupes d’intérêts ne pose pas de problème en soi — comme il est possible de l’observer sur la plateforme des Etats généraux de l’alimentation que nous propulsons également — tant que la manifestation de ces intérêts s’effectue à la lumière du jour, au même niveau que les arguments proposés par les citoyens. En regroupant l’ensemble des arguments identiques en un seul, nous offrons un affichage clair des forces en présence, réduisons à néant le risque de « spam » de la plateforme sous la pression d’un lobby et permettons la préparation d’un débat serein et lisible.

A l’approche de la deuxième édition de Mulhouse c’est Vous, nous nous sommes entretenus avec Cécile Sornin, adjointe au maire, en charge de la démocratie participative, de la vie associative et de l’économie sociale et solidaire. Mulhouse (Haut-Rhin) est la 4e agglomération de la région Grand Est en nombre d’habitants. De culture profondément industrielle, Mulhouse possède le plus grand musée ferroviaire d’Europe et le plus grand musée de l’automobile du monde.

Bonjour Cécile, samedi 7 octobre la ville de Mulhouse lance le deuxième acte de Mulhouse c’est Vous. Pouvez-vous nous détailler les festivités ?

Pour comprendre le 2ème acte, il faut que je vous dise un mot du 1er acte. Le maire, Jean Rottner, a placé ce mandat sous le signe de la démocratie participative, et dès octobre 2014, on a organisé avec Libération le forum MCV : 2 jours de conférences, débats, ateliers… Plus de 5 000 personnes (il y a 111 000 habitants à Mulhouse). Pour le 2ème acte, 3 ans plus tard, l’idée était de sortir du « dire » pour être davantage dans le « faire » avec des propositions concrètes, émanant de collectifs citoyens, d’associations ou de l’Agence de la Participation citoyenne, des offres concrètes de participation. On trouve donc des ateliers cuisine, des balades urbaines, du théâtre, de la musique, des diagnostics en marchant.. Au total, plus de 70 propositions, gratuites, pour tous, partout dans la Ville, avec un point de convergence à 18h, l’inauguration festive et participative des nouveaux locaux de l’Agence de la Participation Citoyenne.

« Nous avons depuis un an une personne spécialisée qui consacre le plus clair de son temps à la plateforme. »

Capco a une relation particulière avec Mulhouse puisque techniquement vous êtes notre premier client historique : lors de la fondation de la start-up en 2014, Jean Rottner nous avait vivement encouragé à nous lancer car il voulait s’équiper d’une plateforme de participation citoyenne telle que Parlement & Citoyens. Quel est son état d’esprit et le vôtre après trois ans d’expérimentations ?

Nous sommes toujours convaincus de la nécessité d’avoir une plateforme et nous avons appris à travailler avec celle de Capco. Mais nous avons découvert aussi la difficulté à l’animer en continu et à répondre au quotidien aux attentes des habitants, des services de la collectivité, et des élus. Ces difficultés réelles ne sont pas des freins mais nous encouragent, jour après jour, à expérimenter de nouvelles façons de faire, à communiquer de nouvelles informations, toujours dans un souci de transparence. Nous avons depuis un an une personne spécialisée qui consacre le plus clair de son temps à la plateforme mulhousecestvous.fr. C’est dire notre conviction d’avoir aux côtés d’une participation « réelle » une offre « virtuelle ». Dans notre objectif de permettre au plus grand nombre de participer, nous avons des conseils participatifs géographiques, et la plateforme représente aussi notre Conseil participatif, ouvert 24h/24 !

L’engouement actuel pour la “civic tech” ne nous fait pas oublier, chez Capco, que parmi les enjeux et défis majeurs de la démocratie numérique, sinon le plus important, est l’impact apporté par la technologie à la participation citoyenne. Votre recul sur le sujet vous permet-il de dresser un constat lucide sur cette question d’impact ?

Vaste sujet. Nous travaillons beaucoup pour que cet impact existe et soit positif. En clair depuis le début nous avons eu des jeunes qui sont allés au-devant des habitants pour expliquer le fonctionnement et l’intérêt de la plateforme. Nous venons de recruter une équipe en service civique qui vont tester de nouvelles formes de mobilisation, au plus près du terrain. Ils seront les ambassadeurs de l’Agence, sur le terrain pour tester des réunions et des concertations dans les cages d’escalier, les supermarchés, le marché… mais ils suivront aussi le programme D-Codeurs de la Ligue de l’enseignement pour favoriser le numérique dans les quartiers. Mulhouse est une ville jeune, avec 43% du territoire classé Politique de la Ville. On doit en tenir compte si on veut être une ville inclusive. Je pourrais aussi dire un mot sur notre budget participatif où son existence sur la plateforme aujourd’hui, clairement, ne suffit pas à le faire vivre ; nous articulons sans cesse le réel au virtuel. C’est à cette condition que nous pouvons garantir un impact, un impact positif.

« Nous semons pour l’avenir. »

Vous avez lancé ce budget participatif au milieu de l’été à travers votre plateforme Capco, et la participation est relativement… peu élevée. Avez-vous identifié des freins ou des obstacles qui vous auraient empêché de réaliser un “BP” tel que ceux de Rennes (6 000 puis 11 000 participants) ou même Orléans (500) ?

Clairement nous n’avons pas le même budget communication que Rennes, ni la même sociologie, ni la même aire de jeux ; et je ne sais même pas si cette quantification est pertinente… Quoi qu’il en soit, à Mulhouse, à ce jour, nous avons recueilli plus de 300 idées, mais le passage à l’acte virtuel a besoin d’être accompagné, pour ne pas dire souvent d’être formalisé avec le porteur de projet. Pour illustrer le propos, nous avons des concitoyens qui n’ont pas d’adresse email… ! C’est une des données terrain qu’il ne faut absolument pas négliger. Nous considérons que nous avons besoin de faire preuve de pédagogie et de patience, que nous semons pour l’avenir et qu’il faut, de notre côté, jour après jour, apprendre à ouvrir et à faire vivre les espaces de confiance et de participation, et ceux-là doivent être tout autant virtuels que réels !

Merci Cécile 🙂

Mulhouse C’est Vous — 2e édition — samedi 7 octobre 2017

En l’espace de quelques jours en ce début d’automne, la ville de Montreuil et les métropoles de Rennes et d’Orléans ont déclenché des processus de participation citoyenne. Ces trois collectivités territoriales, dirigées par trois sensibilités politiques différentes, représentent plus de 800 000 habitants. Elles ont un point commun : elles utilisent l’application « budget participatif » (BP) de la plateforme Capco.

Rennes est notre client historique côté BP. C’est même grâce à cette collectivité que nous avons ajouté le budget participatif à notre panoplie d’applications, puisqu’ils nous ont encouragé à répondre à leur besoin en conservant les principes méthodologiques de l’application de consultation. Grâce à un gros travail d’implication et de communication des élus, la première édition de la Fabrique Citoyenne a quasiment atteint les 7 000 participants — un beau résultat à ce stade de l’expérimentation. Partant de cette expérience positive, Rennes a déroulé sa deuxième édition, dont le vote des habitants (plus de 11 000 participants !) s’est tenu début 2017. Et depuis aujourd’hui, pour plus d’un mois, les citoyens de la métropole sont invités à déposer leurs projets sur la 3e saison du BP !

Orléans nous a rejoints cet été. Inscrits dans une démarche identique — augmenter la participation des citoyens dans les processus décisionnels du territoire — les porteurs du projet sont toutefois dans les mêmes conditions que l’expérimentateur qui débute son expérimentation. Si le budget alloué est moins important, la municipalité veut toutefois s’inscrire sur le long terme, en affichant son optimisme et sa prudence. Finalement, après un mois de dépôt de propositions et au terme de deux mois d’analyse par les services, le vote des citoyens (un peu moins de 500 participants à ce jour) se terminera le 6 octobre au bout d’une étape de deux semaines et d’une cinquantaine de projets examinés.

Montreuil n’est pas un novice en la matière. Après avoir expérimenté le BP une première fois, la municipalité nous a fait l’honneur de choisir Capco pour propulser la 2e édition du budget participatif de la 5e ville la plus peuplée d’Ile-de-France. Pour l’occasion, nous avons développé de nouvelles fonctionnalités et amélioré l’interface d’administration.

Nous encourageons toutes les Montreuilloises et les tous Montreuillois à participer !

 

 

C’est avec un plaisir non feint que nous avons reçu ce matin à l’Hôtel de Roquelaure notre trophée « Participation & Concertation » organisé par La Gazette des Communes et Décider Ensemble. Le plaisir était d’autant plus intense que le jury a eu la gentillesse de récompenser avant tout notre méthodologie de co-construction de la décision, à travers la consultation des députés Luc Belot et Patrice Martin-Lalande qui s’est déroulée l’hiver dernier sur la plateforme Parlement & Citoyens.

Un plaisir intense car cette consultation de la fin 2016 a été, sans aucun doute, un jalon de la plus haute importance dans notre petite histoire personnelle, comme l’a été le lancement de Parlement & Citoyens en février 2013. A cette époque, nous n’avions recueilli que (très) peu de soutiens côté politique. Beaucoup de « ça ne marchera jamais » et de « ça ne m’intéresse pas » — dans le meilleur des cas. La consultation du sénateur Joël Labbé — puis la promulgation de la loi qui porte son nom — a commencé à en convaincre certains. Un immense travail de pédagogie, de terrain, un gigantesque labeur que nous poursuivons au quotidien à travers Cap Collectif pour essaimer nos convictions et notre méthodologie, commence à porter des fruits. Et nous commençons tout doucement à les récolter, hier avec République Numérique, aujourd’hui avec les Etats généraux de l’alimentation.

Attention aux gloires éphémères

Lorsque deux députés de deux partis différents (PS et LR) ont donc mis en ligne l’hiver passé leurs propositions pour « généraliser les consultations en ligne » au Parlement, nous avons célébré la nouvelle comme il se doit. Pas comme l’aboutissement d’une mission qui nous aurait échappée — car le travail n’est jamais fini et les gloires éphémères ne remplacent les grandes victoires de fond — mais comme la terminaison d’un cycle positif débuté trois ans plus tôt : celui consistant à changer les pratiques des lieux de décision, de transformer les institutions de l’intérieur, de mettre la participation des citoyens et la transparence des processus décisionnels au centre de notre système démocratique.

Ce trophée, décerné par des spécialistes indiscutés de la participation et des territoires (Loïc Blondiaux, Marylise Lebranchu, Laurence Allard, Damien Bertrand, Emma Bothorel, Patrice Carré, Brigitte Menguy et Apolline Prêtre — que nous remercions ici vivement) est une fierté. Il ne nous fait cependant pas oublier d’où nous venons, les obstacles que nous avons franchis et surtout le chemin qui reste à parcourir pour disséminer notre vision d’une société fondée sur la collaboration entre les individus qui la composent.

Ce chemin, nous l’observons avec un esprit positif, constructif, inclusif et confiant.