Entretien avec Sana de Courcelles, directrice de l’Ecole d’Affaires publiques de Sciences po

Le 11 octobre, nous étions présents à la conférence “Enjeux numériques et territoires” organisée par l’Ecole d’affaires publiques de Sciences po Paris, qui faisait témoigner quatre régions françaises sur les principaux défis numériques auxquels elles sont confrontées dans leur fonctionnement quotidien. Nous avons interrogé la directrice de l’Ecole, Sana de Courcelles, sur les problématiques soulevées par les intervenants lors de cette conférence et par les solutions qu’il est déjà possible d’entrevoir à travers ces échanges.

D’où vient cette idée de “conférence-défis” et quel est l’objectif d’un tel exercice pour l’Ecole d’affaires publiques ?

L’Ecole d’Affaires publiques existe dans sa version actuelle depuis septembre 2015. Ce nouvel élan est porté par deux axes principaux : 1° renforcer notre internationalisation avec l’Ecole européenne de référence en matière d’affaires publiques et 2° faire de notre Ecole le lieu de débat sur le Bien Commun, avec des étudiants qui vivent deux années de Master combinant savoirs fondamentaux et mise en action pour être confrontés aux grands enjeux contemporains et être en position de penser les solutions.

Sciences po a toujours accueilli des personnalités des affaires publiques issues du secteur public, privé ou associatif et des échelons local, national, européen et international ; cela ne nous suffisait pas ! Nous avons souhaité que ces personnalités viennent non seulement à la rencontre de nos étudiants, mais aussi qu’ils s’adressent à eux comme des vecteurs de transformation de notre société, et qu’ils viennent non pas seulement montrer tout ce qu’ils font de bien (c’est utile !), mais aussi partager concrètement leur “caillou dans la chaussure”, et qu’ils lancent des défis à la future génération.

L’audace de cette initiative a payé avec une première rencontre sur la thématique “numérique et territoires” et une salle comble d’étudiants prêts à y répondre. Nos invités étaient également heureux du format, plus dynamique et constructif. L’étape suivante consistera en la proposition d’étudiants pour répondre à ses défis. Les modalités sont multiples : stage, apprentissage et même incubation via notre “incubateur des politiques publiques”, qui permet à nos étudiants de remplacer leur stage obligatoire de fin d’études par une incubation de projet qui répond aux enjeux contemporains.

J’adorerais voir naître une plateforme ouverte à tous, où les acteurs locaux pourraient présenter “leurs pépites”

Quelles sont les premières mesures concrètes que les territoires pourraient mettre en oeuvre pour mieux prendre en compte la demande des citoyens à participer aux décisions publiques et pour mieux rendre compte de l’action publique locale ?

Elles sont multiples et elles existent déjà ! La multiplicité des actions et des acteurs engendre d’ailleurs une difficulté à les recenser toutes et à les analyser… finalement, la première mesure concrète que j’adorerais voir naître est une plateforme ouverte à tous, où les acteurs locaux pourraient présenter “leurs pépites”, qui laisserait les citoyens de nous dire ce qui leur plait, s’il faut poursuivre et comment.

La question de la fracture de confiance avec une partie de la population, déconnectée du numérique et du politique en général, est souvent revenue sur le tapis durant la conférence. Quelles sont les solutions de Sciences po pour résoudre ce problème fondamental qui mine notre société ?

Nous n’avons pas de solution pré-établie, c’est toute la difficulté du sujet. Nous présidons depuis un an le Global Public Policy Network, qui réuni les plus grandes écoles d’affaires publiques mondiales. Nous parlons régulièrement de ce sujet avec nos collègues de Londres, Berlin, Singapour, Tokyo, Sao Paulo et New York… cette fracture est mondiale et nous avons constaté notre impuissance face à cela. Depuis un an, l’Ecole d’Affaires publiques de Sciences po a lancé dans le cadre de son laboratoire des politiques publiques (Policy Lab) un module d’innovation démocratique. Nos étudiants travaillent à l’établissement d’un dialogue renouvelé, y compris en sollicitant les nouveaux outils numériques, entre la société civile et le monde politique, mais aussi les pouvoirs économique et médiatique, sans oublier le monde académique. A chaque fois, il faut remettre l’ouvrage sur le métier, et avoir une attention particulière pour les populations les plus éloignées du débat, alors même qu’elles sont les premières concernées.

A ce stade, existe-t-il au sein de ce Policy Lab des pistes concrètes d’innovations démocratiques qui permettraient d’articuler le présentiel et le numérique pour une participation plus efficace de la population à la co-construction de la décision publique ?

Il y en a beaucoup ! Mais pour citer un exemple, nos étudiants ont travaillé sur le programme #Inventons2017 [.pdf], qui visait à formuler des propositions de réforme des moins de 30 ans aux candidats à l’élection présidentielle. Un groupe a travaillé sur la vie politique, et comptait faire des propositions sur le renouvellement de la vie démocratique… après trois mois de consultations d’experts et de citoyens, ils ont finalement proposé non pas une solution, mais une méthode : les assises citoyennes. Composées d’élus, d’experts et de citoyens tirés aux sorts, ces assises visaient à concevoir autrement les règles de la vie publique.

Se faire confiance les uns les autres

Quel est, finalement, notre plus grand défi collectif ?

Se faire confiance les uns les autres, pour oser se parler, se dire les choses et avancer ensemble. C’est ce que nous souhaitons initier avec nos conférences-défis ; lorsque les décideurs viennent soumettre leur défis à nos étudiants au cours de ces conférences, ils établissent une relation de confiance et offrent les conditions d’un engagement de nos étudiants à contribuer à la résolution de ces défis.

 

Des territoires et des défis :

  • Hauts-de-France : Comment développer la participation démocratique grâce aux outils numériques ?
  • Nouvelle Aquitaine : Comment mieux prendre en compte la demande des citoyens et rendre compte de l’action publique locale ?
  • Bourgogne-Franche-Comté : Comment réduire les inégalités d’accès aux services numériques ?
  • Auvergne-Rhône-Alpes : Comment favoriser le développement économique des territoires en renforçant l’accès, l’offre et la sensibilisation aux outils numériques ?