Nous avons fait un petit tour en Bretagne jeudi dernier pour la seconde journée des deuxièmes Rencontres nationales des budgets participatifs, co-organisées par les mairies de Rennes, Montreuil, Paris et Grenoble — qui avait initié la première édition.

Ce fut l’occasion pour Capco de s’immerger davantage dans la réalité concrète du budget participatif. En effet, une série d’ateliers thématiques ont permis aux parties prenantes de ces dispositifs de participation citoyenne (élus, agents des services, citoyens, associations…) de se rencontrer pour avancer sur les sujets de la participation, de l’égalité des chances, des mutations de l’administration, de la vie des projets, des problématiques d’intercommunalité, d’innovation sociale, etc.

Pour nous, 2017 a été une année phare en matière de “BP” car riche en développements : le lancement d’une plateforme à Orléans — qui a plutôt bien marché compte tenu des attendus et du caractère expérimental assumé par le porteur de projet —, la « récupération » du budget participatif de Montreuil pour sa deuxième édition, la troisième édition d’affilée à Rennes. Et la liste devrait rapidement s’allonger.

De nombreuses collectivités avaient fait le déplacement dans la capitale bretonne : Poitiers, Angers, Saint-Herblain, Dijon, Pantin, Clermont-Ferrand, Ivry-sur-Seine, Rouen, Bayonne, La Rochelle, Bagneux, Lanester, Courdimanche, Fougères, le département de Loire-Atlantique… certains déjà expérimentés, d’autres en recherche d’informations.

Une grande diversité de participants ont animé les échanges.

 

Un outil idéal d’acculturation

Premier enseignement du budget participatif : il intéresse des collectivités de toutes tailles. Si les élus hésitent encore sur les modalités précises à mettre en place (budget de fonctionnement versus budget d’investissement, notamment) peu ont de doutes de l’impact — réel ou présumé — sur la participation. D’autant que les municipalités ont aujourd’hui un atout important, celui d’un dispositif pour lequel l’articulation numérique-présentiel est relativement facile à mettre en place et dont le fonctionnement est très simple à appréhender par la population.

A Paris, “ce qui marche c’est le vote papier” explique Pauline Veron, l’adjointe à la maire en charge de la démocratie participative. Tania Assouline, qui occupe la même fonction à Montreuil, rappelle pour sa part que “le budget participatif est un outil idéal d’acculturation à la participation des publics moins bavards car il s’agit de participation concrète”, mettant notamment en avant les comités de suivi des habitants dans une commune possédant un tissu associatif très dense.

Le phénomène devrait donc aller en s’accroissant alors qu’à ce jour plus de 4 millions de Français peuvent voter dans le cadre d’un budget participatif, comme le notait récemment Gil Pradeau, chercheur spécialiste de la question. A condition bien sûr que les élus sortent de la logique “com” pour faire de la vraie communication et qu’il y ait un engagement réel et sincère du politique, martèlent en choeur les organisateurs grenoblois et rennais.

Le rôle central des agents

Deuxième enseignement : les difficultés de mise en place ne sont peut-être pas situées où on les imagine. Un territoire comme Paris, qui semble un peu plus rodé que la moyenne grâce à plusieurs années d’expérience et grâce au volume de projets brassé à ce jour, se pose clairement la question de l’accompagnement des citoyens vers davantage de “profondeur” et d’implication. Voire de chiffrage. En bref il faut que les Parisiens mettent la main dans le cambouis et sortent des projets un peu “plan-plan” des débuts pour passer à de la véritable co-construction de vivre ensemble.

Mais Paris fait figure d’exception. Aujourd’hui pour la majorité des élus, à l’instar de Rennes, le défi du budget participatif c’est la transformation des organisations professionnelles à travers la collectivité et la gestion des actions de transversalité. La question des agents est souvent revenue dans les échanges durant les ateliers : si le budget est correctement provisionné pour les projets, les ressources humaines ne sont pas forcément bien prises en compte pour l’instruction des projets et leur mise en oeuvre par les services. D’où l’émergence de petites tensions inter-services, voire des fonctionnaires des directions interrogées pour mesurer la faisabilité d’un projet qui vont être tentés de “gonfler” les prix d’une estimation pour que celle-ci soit rejetée. D’ailleurs, à Montreuil, la priorité n’est pas d’augmenter l’enveloppe budgétaire destinée au budget participatif, mais plutôt d’accorder des moyens aux équipes en charge de la mise en oeuvre des projets retenus.

Au global, on en revient à l’idée déjà évoquée du rôle essentiel des fonctionnaires et des agents dans la mise en place d’un Etat-plateforme. Et d’aucuns, comme à Pantin, se mettent à rêver d’un “observatoire des budgets participatifs” où les administrateurs pourraient s’échanger les meilleures pratiques et permettre plus facilement aux collectivités dans le doute de se jeter à l’eau en leur offrant un espace d’acculturation spécifiquement destiné aux agents des services.

Et, comme certains le formalisent déjà, sortir d’un “monde-objet” pour rentrer de plain-pied dans un “monde-projet”.

 

Capco a fait le voyage à Hazebrouck (Nord) jeudi dernier pour les deuxièmes Assises de la démocratie participative.

L’intérêt indéniable de ces Assises 2017 — après le succès de la première édition en 2015 — a été le parti-pris de créer une dynamique créative autour de la belle centaine de participants en leur proposant de contribuer à des ateliers de travail dénommés « ruches ». Chacune des 15 ruches a donné l’opportunité à la diversité des participants — techniciens et élus issus de collectivités de la région, habitants, étudiants,  public issu du tissu associatif ou d’entreprises — de s’exprimer et de participer à la création d’un nouvel « outil » qui permette aux citoyens de s’impliquer dans leur ville.

L’exercice d’intelligence collective a été mené avec rigueur et méthodologie et a offert une belle vision d’un projet participatif. Finalement, une douzaine « d’outils » démocratiques ont émergé, tels qu’une généralisation des chartes de participation, des élections sans candidat, un ambassadeur citoyen, une agora mobile… Personne n’est dupe : ce deuxième rendez-vous attendu en appellera un troisième à la condition sine qua non qu’une restitution concrète de ces échanges nourris et qu’une vision soient proposées à la communauté.

Aucun doute avec une équipe aussi motivée 🙂

 


Coline a la chance d’avoir été invitée à intervenir ce 24 octobre 2017 à Bratislava au Forum bilatéral « Ville intelligente, Inteligentné mesto » organisé par le ministère des Affaires européennes slovaque et l’ambassade de France en Slovaquie.

En tout, plus de 150 participants auront l’opportunité d’échanger sur les problématiques rencontrées en France et en Slovaquie et liées au développement de solutions intelligentes et innovantes au service des citoyens, ainsi que développement durable des territoires urbains. Et nous, le citoyen au centre de la smart city, on apprécie beaucoup.

Le maire d’Orléans, Olivier Carré, y tiendra pour sa part une conférence où il ne manquera sans doute pas de partager sa vision de la participation, notamment à travers le budget participatif d’Orléans qui se tient en ce moment même.

Le 11 octobre, nous étions présents à la conférence “Enjeux numériques et territoires” organisée par l’Ecole d’affaires publiques de Sciences po Paris, qui faisait témoigner quatre régions françaises sur les principaux défis numériques auxquels elles sont confrontées dans leur fonctionnement quotidien. Nous avons interrogé la directrice de l’Ecole, Sana de Courcelles, sur les problématiques soulevées par les intervenants lors de cette conférence et par les solutions qu’il est déjà possible d’entrevoir à travers ces échanges.

D’où vient cette idée de “conférence-défis” et quel est l’objectif d’un tel exercice pour l’Ecole d’affaires publiques ?

L’Ecole d’Affaires publiques existe dans sa version actuelle depuis septembre 2015. Ce nouvel élan est porté par deux axes principaux : 1° renforcer notre internationalisation avec l’Ecole européenne de référence en matière d’affaires publiques et 2° faire de notre Ecole le lieu de débat sur le Bien Commun, avec des étudiants qui vivent deux années de Master combinant savoirs fondamentaux et mise en action pour être confrontés aux grands enjeux contemporains et être en position de penser les solutions.

Sciences po a toujours accueilli des personnalités des affaires publiques issues du secteur public, privé ou associatif et des échelons local, national, européen et international ; cela ne nous suffisait pas ! Nous avons souhaité que ces personnalités viennent non seulement à la rencontre de nos étudiants, mais aussi qu’ils s’adressent à eux comme des vecteurs de transformation de notre société, et qu’ils viennent non pas seulement montrer tout ce qu’ils font de bien (c’est utile !), mais aussi partager concrètement leur « caillou dans la chaussure », et qu’ils lancent des défis à la future génération.

L’audace de cette initiative a payé avec une première rencontre sur la thématique « numérique et territoires » et une salle comble d’étudiants prêts à y répondre. Nos invités étaient également heureux du format, plus dynamique et constructif. L’étape suivante consistera en la proposition d’étudiants pour répondre à ses défis. Les modalités sont multiples : stage, apprentissage et même incubation via notre « incubateur des politiques publiques », qui permet à nos étudiants de remplacer leur stage obligatoire de fin d’études par une incubation de projet qui répond aux enjeux contemporains.

J’adorerais voir naître une plateforme ouverte à tous, où les acteurs locaux pourraient présenter « leurs pépites »

Quelles sont les premières mesures concrètes que les territoires pourraient mettre en oeuvre pour mieux prendre en compte la demande des citoyens à participer aux décisions publiques et pour mieux rendre compte de l’action publique locale ?

Elles sont multiples et elles existent déjà ! La multiplicité des actions et des acteurs engendre d’ailleurs une difficulté à les recenser toutes et à les analyser… finalement, la première mesure concrète que j’adorerais voir naître est une plateforme ouverte à tous, où les acteurs locaux pourraient présenter « leurs pépites », qui laisserait les citoyens de nous dire ce qui leur plait, s’il faut poursuivre et comment.

La question de la fracture de confiance avec une partie de la population, déconnectée du numérique et du politique en général, est souvent revenue sur le tapis durant la conférence. Quelles sont les solutions de Sciences po pour résoudre ce problème fondamental qui mine notre société ?

Nous n’avons pas de solution pré-établie, c’est toute la difficulté du sujet. Nous présidons depuis un an le Global Public Policy Network, qui réuni les plus grandes écoles d’affaires publiques mondiales. Nous parlons régulièrement de ce sujet avec nos collègues de Londres, Berlin, Singapour, Tokyo, Sao Paulo et New York… cette fracture est mondiale et nous avons constaté notre impuissance face à cela. Depuis un an, l’Ecole d’Affaires publiques de Sciences po a lancé dans le cadre de son laboratoire des politiques publiques (Policy Lab) un module d’innovation démocratique. Nos étudiants travaillent à l’établissement d’un dialogue renouvelé, y compris en sollicitant les nouveaux outils numériques, entre la société civile et le monde politique, mais aussi les pouvoirs économique et médiatique, sans oublier le monde académique. A chaque fois, il faut remettre l’ouvrage sur le métier, et avoir une attention particulière pour les populations les plus éloignées du débat, alors même qu’elles sont les premières concernées.

A ce stade, existe-t-il au sein de ce Policy Lab des pistes concrètes d’innovations démocratiques qui permettraient d’articuler le présentiel et le numérique pour une participation plus efficace de la population à la co-construction de la décision publique ?

Il y en a beaucoup ! Mais pour citer un exemple, nos étudiants ont travaillé sur le programme #Inventons2017 [.pdf], qui visait à formuler des propositions de réforme des moins de 30 ans aux candidats à l’élection présidentielle. Un groupe a travaillé sur la vie politique, et comptait faire des propositions sur le renouvellement de la vie démocratique… après trois mois de consultations d’experts et de citoyens, ils ont finalement proposé non pas une solution, mais une méthode : les assises citoyennes. Composées d’élus, d’experts et de citoyens tirés aux sorts, ces assises visaient à concevoir autrement les règles de la vie publique.

Se faire confiance les uns les autres

Quel est, finalement, notre plus grand défi collectif ?

Se faire confiance les uns les autres, pour oser se parler, se dire les choses et avancer ensemble. C’est ce que nous souhaitons initier avec nos conférences-défis ; lorsque les décideurs viennent soumettre leur défis à nos étudiants au cours de ces conférences, ils établissent une relation de confiance et offrent les conditions d’un engagement de nos étudiants à contribuer à la résolution de ces défis.

 

Des territoires et des défis :

  • Hauts-de-France : Comment développer la participation démocratique grâce aux outils numériques ?
  • Nouvelle Aquitaine : Comment mieux prendre en compte la demande des citoyens et rendre compte de l’action publique locale ?
  • Bourgogne-Franche-Comté : Comment réduire les inégalités d’accès aux services numériques ?
  • Auvergne-Rhône-Alpes : Comment favoriser le développement économique des territoires en renforçant l’accès, l’offre et la sensibilisation aux outils numériques ?

Les Assises des Outre-mer est une plateforme qui vise à faire participer le plus grand nombre d’Ultra-marins à la recherche de solutions en provenance des territoires sur des sujets tels que la création d’entreprise, la culture, l’emploi, l’environnement, la jeunesse, la santé, la sécurité.

Ces Assises seront articulées sur trois temps : un questionnaire, disponible au lancement, permettant d’établir une phase de diagnostic importante pour identifier les besoins et les envies de chacun. Un appel à projet, à partir du 18 octobre, permettant la proposition de projets sur les territoires qui souhaiteraient obtenir le label Bleu outre-mer. Enfin, une consultation permettra, en janvier 2018, de choisir les projets les plus populaires.

Une équipe Projets Ultramarins a été réunie pour donner son avis sur les projets et participer à la rédaction du Livre Bleu-Outre-mer.

Nous nous réjouissons de cette utilisation conjointe de plusieurs applications participatives disponibles sur la plateforme Capco (questionnaire, appel à projet, consultation) au sein d’un même projet.

Dans le cadre des Rencontres des acteurs publics, organisées au Conseil d’État le 9 octobre, Cyril a été interviewé par Bastien Scordia, journaliste pour Acteurs Publics TV. Occasion d’aborder les questions de participation, d’Etat-plateforme et de politiques publiques.

Verbatim

Bastien Scordia — « Vous êtes le président de Cap Collectif et de Parlement & Citoyens. Ces deux structures ont pour ambition de contribuer à l’émergence d’une démocratie basée sur la transparence, la participation et la consultation : ces trois valeurs sont-elles les conditions préalables à la réussite du développement d’un Etat-plateforme ? »

Cyril Lage — « On le pense, mais avant nous c’est le président Obama qui a pensé cette vision de la démocratie puisque lors de son premier mandat, de son entrée à la Maison Blanche, il avait signé un memorendum pour la transparence et le gouvernement ouvert — l’open government pour les Anglo-saxons — qui vise à considérer qu’on doit effectivement transformer les modes de décision et de fonctionnement des démocraties représentatives en mettant au coeur de leur fonctionnement la transparence, la participation et la collaboration. Ce sont les trois piliers qui ont ensuite donné naissance à ce concept d’Etat-plateforme.

BS — « Comment la société civile peut contribuer au développement de cet Etat-plateforme ? »

CL — « Principalement par la place qui va lui être accordée par la puissance publique, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Soit — quand on parle de transparence on parle souvent d’open data — à travers la mise à disposition de ces données, c’est-à-dire la façon dont les citoyens peuvent s’en emparer pour mener des analyses voire des projets concrets, qui leur permettent d’avoir une compréhension du fonctionnement des institutions. Egalement à travers le levier de la participation, où on pourra, comme on l’a déjà fait pour de nombreux projets comme le projet de loi République Numérique, associer le citoyen à la fabrique de la loi. Il y a aussi la mécanique des budgets participatifs, où il ne s’agit pas de co-construire une décision mais de proposer des idées qui seront ensuite, par un système de sélection qui peut impliquer le citoyen, aboutir à la réalisation de projets financés par les collectivités locales. »

Les fonctionnaires et les agents ont une place essentielle

BS — « L’idée c’est de co-construire véritablement cet Etat-plateforme ? »

CL — « Oui absolument, et aussi de ne pas considérer que ce n’est qu’un jeu à deux, entre l’élu et les citoyens, puisque les fonctionnaires et les agents ont une place essentielle dans ce dispositif. La notion d’Etat-plateforme tend aussi à considérer qu’on doit casser les silos au sein des organisations et faire en sorte que l’information circule mieux au sein de l’organisation et qu’on développe les collaborations entre les différents services de l’Etat. C’est vraiment un troisième acteur à ne pas oublier. »

BS — « Un changement de paradigme qui est nécessaire sur cet Etat en silo que cite le Conseil d’Etat dans son rapport annuel. »

CL — « Absolument, c’est un changment de paradigme. C’est passer d’une logique dans laquelle l’Etat centralise des moyens pour servir les citoyens à une logique où il deviendrait le chef d’orchestre qui organise la transversalité et recherche à stimuler l’implication des citoyens et l’initiative des agents. »

BS — « L’Etat-plateforme peut-il être une composante essentielle de l’autonomie du citoyen et un accélérateur démocratique ? »

CL — « On ne peut pas avoir un plan de construction de l’Etat-plateforme, c’est quelque chose qui se fait par touches successives et par expérimentations. On peut avoir la perspective d’arriver à ça, mais c’est la multiplicité des expérimentations au niveau national et au niveau local qui peut nous aider à construire cette vision dans laquelle on est — on  parlait de changement de paradigme — dans une conduite du changement. Ce qui veut dire résistance. Donc faire un « switch » d’un système pyramidal et centralisé à un système plus horizontal d’un seul coup paraît peu opérant.

BS — « Une véritable diffusion de culture ? »

CL — « Oui. Plutôt être dans une logique expérimentale, de pouvoir se donner ce droit à l’erreur dans ces nouvelles façons de faire, et essayer de tirer des apprentissages et de casser les résistances en démontrant que ces nouvelles façons de faire génèrent du bénéfice par tout le monde. C’est aussi ça dont il est question : que chacun trouve son compte dans cette transformation. »

Nous allons tenter une expérimentation au niveau des écoles

BS — « La culture c’est aussi une question de formation. Y a-t-il un déficit en la matière ? »

CL — « N’ayant pas une connaissance de la formation des agents, je ne dirais pas forcément qu’il y a un déficit. Ce qu’on sait, culturellement, c’est que notre modèle d’éducation est basé sur l’apprentissage et la restitution de savoirs et pas franchement sur la collaboration. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous allons tenter une expérimentation au niveau des écoles parce qu’on pense, effectivement, qu’il y a matière — dès le début, pas en attendant des années de rentrer dans la fonction publique — dès le départ dans le parcours éducatif, d’avoir des temps collaboratifs dans lesquels on peut amener les enfants à devenir des citoyens demain, à pouvoir confronter leurs connaissances et leurs points de vue à la contradiction de l’autre. C’est comme ça qu’on peut développer cette culture, et pas simplement par des formations qui viendraient à l’issue d’un parcours académique avant de rentrer dans la fonction publique. »

BS — « C’est essentiel maintenant cette co-construction, cette collaboration ? »

CL — « Ça paraît assez indispensable quand on voit l’état de rupture des relations et de la confiance entre les citoyens et les élus, et avec les agents dans une moindre mesure. Le taux d’abstention, le rejet des citoyens pour tout ce qui a une coloration politique, plaide pour sortir du statu quo. On ne peut plus rester comme ça, comme on l’a fait pendant des décennies. Ce dont on parle — la participation, la transparence — ce concept d’open gov qui aurait 10 ans, en réalité il est inscrit dans la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen depuis 1789 : le droit à la participation, l’obligation pour un agent public de rendre compte de son administration. Aujourd’hui on a des populations qui sont matures, avec des niveaux d’éducation qui sont extrêmement élevés — 85% de bacheliers dans les classes d’âge aujourd’hui contre moins de 10% en 1958, date d’entrée en vigueur de la Constitution actuelle. Aujourd’hui les citoyens attendent ça, ils attendent véritablement qu’on leur rende des comptes et d’être impliqués dans l’élaboration des décisions. Ils ne veulent pas être des consommateurs passifs des politiques publiques. »

 

Le Conseil national du numérique lance une plateforme sur la confiance à l’ère des plateformes. Elle s’articule autour de trois démarches : Comprendre, Débattre, Agir.

Entre le 10 octobre et le 17 novembre 2017, chacun est invité à participer aux deux consultations publiques (propulsées par la méthodologie Capco) qui visent à inventer les scénarios institutionnels « pour répondre au besoin d’une régulation nouvelle génération« .

Les contributions recueillies au terme de cette séquence de participation alimenteront le rapport que le CNNum remettra au Gouvernement en 2018.

 

Cyril a eu le grand plaisir d’intervenir lors du Positive Economy Forum en fin de semaine dernière, dans le cadre d’une conférence intitulée « Les Etats Généraux des générations futures. Co-construire un monde positif », en présence de Jacques Attali, président de Positive Planet, Nouhad Awwad, activiste environnementaliste, Thomas Friang, directeur des Etudes et du Plaidoyer international de Positive Planet et Darío Celaya Alvarez, chef de chancellerie à l’ambassade argentine en France.

Nous avons pu exprimer sa joie de profiter de cette opportunité pour démarrer l’internationalisation de la plateforme Capco grâce à un projet aussi ambitieux, qui veut faire participer les citoyens du monde entier à une vaste réflexion sur les générations futures.

En marge de cette conférence, il a pu également présenter notre motivation à participer à ce projet.

 

Verbatim

Bonjour je suis Cyril Lage, président de Cap Collectif, qui est une « civic tech » — c’est-à-dire une start-up qui utilise le numérique pour moderniser le fonctionnement, notamment, de nos institutions politiques. Cette société, nous l’avons créée en 2014, après une première expérimentation qui s’appelait Parlement & Citoyens, qui visait à expérimenter une méthode de rédaction collaborative de la loi, qui a connu un grand succès et qui a attiré l’attention de beaucoup de décideurs.

On a créé cette start-up à la fois pour assurer la continuité du projet Parlement & Citoyens, qui un projet bénévole, et aussi pour essaimer le concept dans d’autres univers.

Notre motivation à l’origine c’est bien une préoccupation du futur, et le constat qu’on est aujourd’hui des millions à rêver d’un monde meilleur, tant social qu’économique ou environnemental, mais pourtant la situation ne fait que se dégrader.

Notre conviction c’est que dans la fabrique de la décision, la « masse », nous, les gens, ne sommes pas présents et que seule une minorité d’acteurs, qu’on appelle les lobbies, ont le droit de citer dans les négociations.

Notre objectif c’est donc, avec cette plateforme et notre démarche, non pas de contester les politiques ou les lobbies qui sont présents, mais de faire en sorte que leur participation devienne transparente et que les citoyens gagnent ce même droit de participer.

Donc lorsque s’est présentée la proposition de participer aux Etats généraux des générations futures, on a immédiatement plongé et décidé de soutenir le projet puisque c’est notre objectif de départ.

Capco a été invité la semaine dernière au forum SmartCity+SmartGrid pour intervenir à la table ronde « Applis connectées, réseaux sociaux, sites web : les canaux le plus pertinents pour dialoguer avec les citoyens« .

Nous avons eu l’occasion d’y discuter en public avec des élus, de faire un point sur les problématiques des collectivités en matière de participation citoyenne et de répondre à quelques questions dans la salle.

Nous avons évidemment partagé notre expérience à la communauté rassemblée, grâce aux différents projets participatifs mis en place par nos clients depuis trois ans, notamment Mulhouse C’est Vous et les budgets participatifs de Rennes, Orléans et Montreuil. Nous avons également pu discuter des enjeux — comme le rétablissement de la confiance entre élus et citoyens — et des facteurs-clés de succès que constituent l’implication et la prise d’engagement du décideur au moment de mettre en place un projet participatif.

C’est donc avec plaisir que nous avons pu mesurer le vif intérêt porté à notre méthodologie de co-construction de la décision, sur laquelle nous avons été largement questionnés.

La possible manipulation de la plateforme par des intérêts catégoriels est, depuis toujours, un facteur naturel d’inquiétude de la part d’un(e) élu(e) lorsqu’il consulte les citoyens en ligne. Cette manipulation est écartée par notre méthodologie : en effet, les arguments proposés par les contributeurs sont préalablement regroupés par similitude et catégorisés sous la forme d’un arbre argumentaire reflétant la diversité des solutions possibles. Ainsi, le débat qui précède la prise de décision n’est pas pollué par les déséquilibres qui pourraient résulter de l’acharnement d’un groupe de pression. Tout le monde peut participer à pied d’égalité et à la lumière du jour.

De manière plus générale, nous avons suggéré que les promesses de la smart city seraient vaines si l’on devait considérer le citoyen, même paré du costume de « consommateur fûté et responsable », comme une variable d’ajustement de la cité du futur. Ainsi, la ville intelligente ne saurait être intelligente qu’à la condition que le citoyen participe à tout processus décisionnel, de manière transparente, portant sur des questions et des problématiques qui le concernent.

Joie en ce début octobre ! La rentrée est un peu folle et pour qu’elle soit encore plus folle nous avons le plaisir d’accueillir Omar et Naïm, 13e et 14e membres de l’équipe.

Omar rejoint l’équipe Produit. Jeune étudiant en alternance aux Gobelins, c’est un fondu du web dans lequel il est quasiment tombé à la naissance. Omar est le genre de petit garçon qui passait son temps à « emprunter » l’ordinateur de sa soeur pour lui installer des jolis skins Windows XP. Comme tous les membres de l’équipe dédiée au développement de la plateforme, c’est un pur profil « full stack » qui sait déjà un peu tout faire — et qui en veut encore plus.

Naïm rejoint l’équipe Conseil. Passé par une école de commerce après avoir décliné une offre de contrat pro dans le seul et unique club de football 100% parisien, il a étudié les maths, bossé dans un think tank, dans une banque d’affaires, dans le monde associatif — avant de réaliser sa passion pour la chose publique. Du coup, petit master 2 en administration publique au sein de la prep’ENA de Paris 1-ENS, direction « cab » dans une grande commune d’Ile-de-France. Convaincu que c’est en favorisant la réflexion et la prise de décision collectives que nous « revivifierons nos démocraties fragilisées » (sic), il a naturellement rejoint Capco et la merveilleuse équipe Conseil, en compagnie de Thibaut et Solenn.

Toute l’équipe est ici 🙂