Bataille de post-it et tracking de bullshit : la disruption à Matignon

Nous avons été invités lundi 25 septembre à participer à l’animation de la soirée d’ouverture de l’évènement France Digitale Day 2017. La soirée a été l’occasion pour France Digitale et La French Tech (qui nous avaient gentiment invités) de célébrer les lauréats du Pass French Tech 2017, un beau cortège de gens bien habillés et parlant magnifiquement l’anglais.

Notre mission du soir : « disrupter« . Autant dire que dans la cour pavée de Matignon, sous le regard gravé de notre Constitution, ce fut un honneur de nous prêter à ce jeu excitant.

Premières mesures

L’objectif que nous nous étions fixé, c’était celui de faire participer l’ensemble des personnalités présentes pour cette soirée d’ouverture à un exercice que nous adorons : susciter l’intelligence collective sur un sujet donné. De la co-construction du projet de loi République Numérique en 2015 jusqu’aux Etats généraux de l’Alimentation cette année, nous avons permis la participation de plus de 300 000 citoyens à toutes sortes de projets du genre 🙂

Le cas d’école en mode détendu que nous avons donc proposé à cette communauté massive de décideurs connectés : « Vos premiers pas à Matignon, vos premiers mesures ». Les mesures d’importance, celles qui font rentrer dans l’Histoire de France, celles qui changent la grande partition, pas celles à deux francs six sous.

#PassionDisruption

Pour afficher ces propositions, nous avons opté pour le choix tranché du tableau blanc et des petits papiers colorés repositionnables ainsi que du regard implacable de notre licorne fétiche. Alors oui, des sourcils se sont levés : pourquoi une start-up du « digital » utilise des méthodes à papa pour consulter les gens ?

L’exceptionnelle vidéo dont est tirée cette image est visible sur Linkedin.

La réponse est contenue dans la question : parce que Cap Collectif n’est pas une « civic tech » obsédée par ses outils. Nous mettons à disposition une plateforme d’intelligence collective au service d’une méthodologie de co-construction de la décision, pour éclairer ceux qui partagent notre vision d’une société fondée sur la participation citoyenne et la transparence des processus décisionnels.

Développer une plateforme numérique n’implique pas que nous soyons des technomaniaques : comme l’a récemment rappelé Clément Mabi, maître de conférence en Science de l’Information et de la Communication à l’Université de Technologie de Compiègne, « l’outil technologique est mis au service d’un projet politique mais ne constitue pas en soi un projet politique » ou encore, comme il nous l’a lui-même précisé :

« La dimension politique d’une techno, c’est la rencontre entre les propriétés de l’outil et le projet des acteurs. »

Autant dire que la méthodologie que nous proposons veut profiter de toutes les vertus du numérique, comme l’accès à un public plus diversifié, plus facile à « engager », d’une capacité de mobilisation incomparable — tant en qualité qu’en quantité — mais aussi des pièges du numérique, comme celui de ne pas pouvoir donner la parole à ceux qui sont coincés dans la fameuse « fracture ». Mais surtout, la méthodologie n’est pas contrainte par l’outil. Jamais. Donc on a décidé de chauffer les post-it sur le perron de Matignon.

La touche Mounir

Partant de là, nous avons fait défiler plein de gens sympas et éclairants en les contraignant à un mode opératoire identique pour tous : écrire sa mesure, puis la positionner sur l’un des deux tableaux.

Le premier tableau permettait de positionner sa proposition soi-même dans un graphique simple à deux axes énigmatiques, rélevant l' »impact » ou le « bullshit » de la mesure. Evidemment l’impact rencontra davantage de succès, mais c’est sans compter sur la règle impitoyable, donnant l’opportunité à n’importe quel autre participant de déplacer les post-it selon son expertise du sujet. Le second tableau était réservé aux timides ou aux prudents : on préférait y laisser en vrac les propositions, attendant des autres de déplacer eux-mêmes le petit papier sur le premier tableau.

Un secrétaire d’Etat très impliqué dans la participation au jeu disruptif

Nous avons eu la chance notamment de discuter avec le secrétaire d’Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, qui avait en tête un grand nombre de mesures à fort impact. Il en a laissé une, « cruciale », qui lui tenait particulièrement à coeur : « Accompagner les PME dans leur transformation numérique ».

La chasse au bullshit

Au final, tous les participants ont largement joué le jeu, tant pour faire des propositions que pour déplacer celles des autres. Ainsi, côté « bullshit », des mesures telles que « 20 cl », « nommer un Chief Happiness Officer pour la France », « hausse des APL de 5,01 € », « du fuel pour tous », « suppression de l’ISF », « supprimer la priorité à droite » ont trouvé assez rapidement leur refuge. Côté « impact », les post-it qui ont évolué vers ce centre de gravité proposaient en vrac de : « renforcer l’accès des start-ups à la commande publique », « utiliser les méthodes pédagogiques innovantes dès la maternelle et le primaire », « passer les congés paternité à 16 semaines pour rééquilibrer les inégalités H/F sur le marché du travail », « THD dans les territoires ruraux », »une plateforme unique de consultation des citoyens ».

Au milieu de tout ça, livrées in extenso en mode open data : « sécuriser les plateformes mobilisant des indépendants », « redéfinir et harmoniser les dispositifs d’incitation à l’innovation », « mobiliser l’épargne longue au service de l’économie collaborative entre particuliers », « orienter les jeunes sur des formations où IA ne viendra disrupter », « digitalisation des procédures d’appel d’offre », « acculturer les élites politiques et administratives au monde numérique », « remplacer l’ISF par une taxe sur le patrimoine non productif », « faire de la régulation européenne un atout pour les écosystèmes d’innovation européens », « lutter contre le chômage négatif », « associer les contributeurs non salariés au capital des plateformes », « créer un bac N comme numérique », « favoriser l’actionnariat salarié », « faire du capital investissement français une destination pour les capitaux internationaux », « rendre le CDI illégal », « montant du RSA et SMIC déterminé individuellement par le bénéficiaire », « budget French Tech x10 ou x100 », « Paris piéton le reste aussi », « prise en charge de la téléconsultation », « un nouveau pacte pour la construction écologique », « faire de la France une championne de l’économie collaborative entre particuliers », « simplifier drastiquement les fiches de paie et le contrat de travail », « repenser le système éducatif lutter contre l’échec scolaire », « ressusciter le Compte Entrepreneur Investisseur », « repenser la formation professionnelle pour les nouveaux métiers », « aplatir les hiérarchies politiques et économiques », « débloquer à date fixe automatiquement le CIR pour les entreprises Pass French Tech », « pas de charges sociales les 6 premiers mois d’une nouvelle embauche », « mobiliser l’épargne longue au service de la transformation économique », « l’invention doit être détachée des outils qui ont permis cette invention », « réduire fiscalité des plus-value Investissement à la sortie supprimer avantage fiscaux à l’entrée », « SMIC départemental », « fusion Assemblée et Sénat ».

Une farandole de propositions

Le choix dans la date

Reste à évaluer ces mesures et à les inscrire (ou pas) à l’agenda. Nous avons ressenti une excitation non feinte de l’ensemble des participants à notre consultation en plein air. Une attente est née. Toutes ces mesures (une cinquantaine) pourraient faire l’objet d’une consultation gouvernementale ouverte à tous, dans laquelle l’ensemble des contributions recueillies auprès de la société civile durant cette soirée pourraient être confrontées aux arguments et aux votes — voire aux contre-propositions — des citoyens.

Une belle opportunité de régler la question posée : disruption = impact ou bullshit ? 🙂

 

PS : notre licorne Capco a choisi de rester à Matignon, où elle sera « bien traitée ». A bientôt !